‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 4)Chapitre 16 sur 30 · I.A l'OÉSIE · texte numérisé non relu

I.A l'OÉSIE

duiilles yeux ne se fermaient ni le jour ni la nuit. Il délivre la belle Andromède, qui devient son épouse, mais dont les noces sont ensanglantées par un combat terrible. Il meurt enfin de la mort d'un traître : cependant il ne descend point aux sombres bords du Styx; il habite le palais des dieux, pendant que sa mémoire est honorée par toute la terre. Car Pindare veut qu'il ait pénétré bien loin dans le Nord, chez les Ilyperboréens, qui l'admirent à leurs sacrifices et le firent asseoir à leurs banquets. Son fils avait conquis la Colchide, et c'était de lui que les Perses faisaient descendre la race de leurs rois (1).

Enfin, dans l'histoire d'Achille, l'héroïsme grec se dégage des circonstances mythologiques qui l'enveloppaient : au siège de Troie on ne voit plus de dragon ni de magicienne; mais il y a une femme fatale et un trésor. Achille aussi est issu d'un sang divin. Les destins lui ont promis comme à Sigurd une courte vie, mais un nom immorlel. Il porte aussi une armure merveilleuse, et ses chevaux prophétisent. Trempé dans un bain sacré, il en est sorti invulnérable, excepté au seul endroit où la flèche de Paris doit l'atteindre. Il meurt frappé en trahison par celui dont il va épouser la sœur. Mais la croyance populaire le fait revivre dans les îles Fortunées, où il se repose de ses travaux avec le blond Ménélas; ou bien encore dans l'île Leucé, aux bouches du Danube, où on l'honore comme un dieu. D'autres

(1) Guigniaut, Religions de V Antiquité, II, 157; Pindare, Pî/i/«c., 10; Hésiode, Théogon., in fine.

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veulent qu'il ail porté la guerre au nord du l'ont-luixiii, etqu'il ail régné sur les Scythes (1).

Ainsi la tradition germanique se rencontre avec celle des Grecs, non pas en un petit nombre de points, non pas dans tous, mais dans les traits qui composent la figure du héros, (jui font rinlérèt dramati(|ue, la beaut('', la moralité de l'action. De l(ds rap|)rochemcnls ne s'expliquent ni par le hasard, (|ui n"a pas cette constance, ni par une imitation servile, où il n'y aurait pas celte variété. Ils supposent l'existence d'une fable antique, également recueillie, diversement dévelopj)ée j)ar le génie barbare du Nord et par la muse du Midi. Enfin les deux traditions se rencontrent sur la même scène. Achille, Persée, Jason, visitent précisément les rivages septentrionaux de la mer Noire, non loin du Tanaïs, au bord duquel les Scandinaves placent la mystérieuse cité d'Asgard, le séjour des dieux et le premier théâtre de leurs combats. Tout s'accorde pour rappeler lancieu voisinage des deux peuples, lorsque tous deux, encore peu éloignés de la patrie commune, sur les versants du Caucase, étaient nourris des mêmes croyances el bercés des mêmes chants.

oiiginc Mais la Colchide tenait de près à la Médie, cl les fa-

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de remarquable, qu'elles se liaient aux souvenirs d'un autre peuple, c'est-à-dire des Perses, dont la langue et la religion indiquent aussi une étroite pnrt nié a\ec les

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