LES GERMAINS EN PRÉSENCE DE L.V CIVILISATION ROMAINE
CHAPITE VI
r.A CIVILISATION KOMAINE CHEZ LES GF.P.MAl.NS.
Les événements qui ouvrirent la Germanie à la do- itcsiiuétae
■i Rome.
mination romaine remplissent une période d'environ ^^ J||,U'S' soixante-cinq ans, depuis l'an 55 avant J. G. jusqu'à l'an 10 de l'ère chrétienne. Il faut savoir ce que Rome était alors et qu'elle sorte de civilisation elle portait aux peuples conquis.
Pendant que les lieutenants d'Auguste établissaient au bord du Rhin les quartiers de leurs légions, Virgile, retiré dans quelqu'une de ses villas de Campanie ou de Sicile, dictait l'admirable discours de Jupiter, au premier livre de l'Enéide, où il résumait toute la pensée de son poëme, et probablement toute la politique du prince dont il servait les desseins. Il y faisait intervenir
le décret du ciel "pour fixer d'avance la fortune « de ces (< Romains maîtres de toutes choses, de celle nation « qui porterait la toge pacifique. Sa puissance ne devait a trouver de bornes ni dans l'espace ni dans le temps, « car un empire sans fin lui était promis. Alors se fer- « merait le temple de la guerre, et des dieux bien- « faisants donneraient des lois aux peuples désarmés. » Ce n'étaient point là des songes de poëte ; c'était la doctrine des orateurs, des historiens, des hommes d'Etat. Au langage de Cicéron et de Tite-Live, il semblait que des débats du forum dépendît la sûreté de l'univers. Mécène conseillait à Auguste de proclamer l'union du monde sous un seul pouvoir et d'effacer ces différences d'usages et de gouvernements qui divisaient les hommes. Un peu plus tard, l'iine admirait l'immense majesté <( de la paix romaine » enveloppant toute la terre. « Les dieux, disait-il, avaient choisi l'Italie pour ras- « sembler les empires divisés, pour adoucir les mœurs, « pour rapprocher par le commerce de la parole les c( langues de tant de barbares qui ne s'entendaient pas c( et pour ramener l'homme à l'humanité. » Assurément on ne pouvait exprimer en termes plus loris la mission de Rome et quelle part elle devait prendre à l'œuvre de la Providence, qui était de' rétablir l'unilé détruite de la f;\mille humaine (1).
(!) Virgile, JEneid., I. 28 et siiiv. Cf. Cicéron, pro Balbo, pasaim: Sénè(jue, Epist. xlvii. Pline, Hisl. Nul., lil, 6: « Niniiine deùm decta (Italia) (jusp... sparsa conuie^'aret iinpeiia, riliisi|iie niollinl, et loi |)opuloriini discordes rerasifue lingiiasserinoiiiscomiuercio miitralierel adiolloquiu, et luimaiiitatcui lioiniiii darel.» Les (irecs avaient liiii |>ar recoiiiK.itre
Tout semblait fait pour assurer cette destinée. La société romaine était le résultat et comme l'abrégé des civilisations antiques. Les traditions religieuses de l'Orient se conservaient encore dans les sanctuaires étrusques, d'où la ville de Romulus avait reçu ses croyances, ses rites et ses prêtres. Kien de plus remarquable chez un peuple dont les commencements sont si grossiers, que cette théologie savante qui plaçait au faîte de l'univers une puissance inconnue, immuable; au-dessous une série de dieux émanés d'elle; plus bas, les âmes considérées comme autant de divinités, mais déclines, condamnéesà descendresur la terre et jusqu'aux enfers, pour y subir les expiations prescrites, avant de remonter au ciel. De là la science des augures, le culte des mânes, et ce commerce avec le monde invisible, qui faisait le fond des institutions romaines, qui prêtait à la cité une majesté vraiment divine et la mettait en mesure d'exiger tous les sacrifices et de compter sur tous les dévouements. D'un autre côté, les lettres et les arts de la Grèce étaient venus tempérer la sévérité des mœurs latines. Les fils des patriciens, élevés par des pédagogues grecs, allaient achever leurs éludes aux écoles d'Athènes et de Rhodes. Tout ce que la poésie
cette mission de Roinc, Pliif-.irqiio, de l'ortun. Uom.; Aristide, Orat. i)t Roiuam; \oyez aussi l'hyiniie d'Ériniie, tl; ty-.v 'l'waT.v.Et, sur ce |.o:i)t. les chrétiens des premiers siècles pensaient comme les païens : Tertullien, de Anima, 50; ad Scapulam de perseculmie : « Quousque sœculum slabit, taindm enimstabil (imperiiim). » Voyez aussi Thierry, Histoire de kl Gaule wui> V administration romaine, t. I; et F. de Champagny. Tableau du monde romain, t. I liv. i.
'JXO ClIAPIïnE Yl.
avait produit de plus achevé depuis llomèie jusqu'à ïliéocrile, tout ce que les maîtres de Démoslhènes et ses émules avaient porté de raffinements dans l'art de la parole, tout ce qu'avaient pu faire six siècles de philosophie pour l'éclaircissement des questions qui tourmentent l'esprit humain, tant d'inspirations, tant de travaux, avaient passé dans la langue rustique du Latium pour la façonner, l'ennoblir, et y développer enlin les qualités incomparables qui en firent l'idiome commun du monde policé. Le génie romain profitait donc de ce qui l'avait précédé, mais en y ajoutant ce qu'il avait de propre, je veux dire le sentinentdu juste, la passion du droit et la volonté de le faire régner parmi les hommes. Sans doute, chez les Indiens cl les Grecs, on avait écrit des lois, mais pour un temps rt pour un seul peuple : la gloire des Romains fut d'en avoir voulu faire pour tous les temps et pour toute la terre. C'est à quoi ils travaillèrent, en brisant de bonne heure le cercle étroit mais puissant de leur constitution théocratique, en engageant une lutte de quatre cents ans contre le patriciat jusqu'à ce qu'ils arrivassent, par les plébiscites de leurs tribuns, par les édits de leurs préteurs, par les doctrines de leurs jurisconsultes, à ces notions de droit naturel qui ont leur source dans la raison divine et leur application dans toutes les sociétés. Je ne m'étonne plus qu'é])ris de cette justice absolue les Homains s'en soient déclarés les interprètes et les vengeurs, qu'ils aient prétendu ne servir qu'elle en contraignant par les armes les peu|)les qui résistaient à
leurs lois, et qu'enfin la plus belliqueuse nation de l'univers se soit considérée comme la gardienne de la paix universelle (1).
De si hautes pensées n'avaient rien de téméraire au temps où Auguste ferma le temple de Janus. Au delà des frontières poussées de la mer du Nord au mont Allas, et de l'océan Atlantique à l'EupIirate, l'autorité de Rome s'étendait sur un nombre infini de royaumes et de tribus qu'elle tenait dans l'épouvante ou dans le respect. Les Scythes et les Sarmales sollicitaient son alliance; les Parthes avaient rendu les aigles enlevées aux légions deCrassus ; on avait vu venir les ambassadeurs des Indiens et des Sères, avec des éléphants et des trésors : ils avaient mis quatre ans à traverser l'Asie et la moitié de l'Europe, pour apporter les hommages de leurs rois. Chaque année une flotte romaine partait de la mer Rouge et allait toucher à la côte de Malabar. Un peu plus tard, d'autres vaisseaux achevèrent le tour de la Grande-Bretagne. Au récit de ces navigations, les esprits s'échauffaient et commençaient à prévoir l'époque où, selon la parole de Sénèque, « l'Océan ouvri- « rait ses barrières et laisserait passage à d'autics Arec gonautes,vers un continent nouveau. » Rome n'ayant
(1) Otlfried Millier, die Etnislwr. — l^lularque, Vie île Romiilus. — Suétone, de lllustribiis grammalicis. — Giraud, Histoire du Droit romain. — Digeste, 1. II, de Origine jiiris. — Virgile, YI, 855 c( siiiv. :
Tu regerc imperio populos, Roninnc, mémento. Use tibi crunl arles, putisque iniponere morem...
Pline, Hist. 7mt.,\\\\\, i : «Iiiniiensi pacis romanœ niajestale.» S<''ii(*'qre, de Providentiel : « (lentfg in quiln* roir;Ti.a pox desinil. »
plus rien à vaincre, le moment lui scmbiail venu de tout régler. Elle ne paraissait avoir recueilli les traditions des peuples civilisés que pour faire à son tour l'éducation des barbares et pour étendre d'un bout du monde à l'autre le bienfait des mêmes lumières ( I ). (> qui taisait Cependant la civilisation romaine, au moment de sa
J'iinjAiissanee *
.ler.omc. piyg grande puissance, recelait déjà tous les vices qui devaient la précipiter. On a vu ailleurs comment le paganisme, en divinisant la nature, en s'atlacbant à reproduire dans son culte les deux mystères de la vie et de la mort, avait abouti à la prostitution religieuse et au sacrifice bumain. Aux fêtes de la Bonne Déesse,, les matrones, dit saint Augustin , faisaient dans le temple ce qu'elles n'auraient pas voulu regarder au théâtre. Et pourtant on sait assez ce que supportaient les spectateurs du théâtre latin, et couiment on y poussa le goût de la réalité jusqu'à déshonorer des femmes et brûler des hommes sur la scène, quand il fallait représenter les amours de Jupiter ou la mort d'Hercule. J.es lieux où se consommaient ces horreurs passaient pour sacrés. Au milieu s'élevait l'autel de Bacchus, et tout se faisait au nom des dieux. On considérait comme autant de rites religieux les combats de gladiateurs et ces jeux où les
(1) Flonis, Epitom., IV, 12 ; « Omnibus ail occasuni et nicridii'in pacatis j,rentil)us, ad septiaitrioiiem qnoque, diiiitaxal inlra Ulioiuun ati|ue l»anuliiiiiii, itt'iii ad orieiilem iiitia (Ivruiii et Kiipliralom ; illi (luoqiio reli- (liii, (|iii iimnimcs iiuiicrii eiMtit, soiitiiliaiit lauieii lua^iiitudiiieiii. ol victoreiii genlitim itopidiiin romaiiiiiii ivvorolnuitui"..., » etc. Cf. Strahoii, Tacite, Atjricoln, 10, et le célèbre passage deSciièque le Tragi([ue : «Veiiient aiuiis — S;ocula scris — (juiiiiis Oreamis — Vinciiia rtMimi — Laxet et inûciis — Patoat tellus, — Nie sit lenaniin — Ultiiiia ThuK'. »
LA CIVILISAJION RO.M.VIMi CHEZ LES GEflMAINS. 285
condamnés, parés de bandelettes à la manière des victimes, étaient jetés aux lions et aux ours. A la menace d'une grande calamité publique, on enterrait vivants deux étrangers en l'honneur des divinités de l'enfer. Jusqu'au quatrième siècle, on ne cessa pas de placer, chaque année, une coupe fumante de sang humain sur l'autel de Jupiter Latial. De tels excès contentaient les passions violentes de la multitude, mais ils soulevaient la raison. Le souvenir du sacrifice d'iphigénie indignait le poëte Lucrèce, et l'armait contre une religion qui avait pu conseiller tant de crimes. Les doctrines épicuriennes se propageaient rapidement parmi les puissants et les riches, dont elles charmaient la mollesse et dont elles endormaient les remords. César faisait profession publique au sénat de ne point croire à la vie future, et le peuple, gagné déjà par les mêmes opinions, allait volontiers siffler ses dieux, quand un poëte comique lui donnait en spectacle V Adultère d'Anubis ou Diane l>attue de reryes. La philosophie ne réparait pas les ruines qu'elle avait faites. Cicéron, le plus sage et peutêtre le meilleur des Romains, entouré de toutes les lumières de l'antiquité, employait un dialogue de ses Tusculanes à démontrer premièrement l'immortalité de l'âme, et subsidiairement que la mort ne serait point un mal, encore que l'âme dût mourir. Vainement l'interlocuteur se déclare satisfait de la première démonstration, Cicéron insiste : « Il faut, dit-il, se défiei^ de tout; on peut se laisser surprendre à la subtilité d'un raisonnement, les sages se sont trompés sur des
points plus clairs; » ol ce dogme de l'autre vie lui paraît encore enveloppé d'obscurité. Les stoïciens n'y trouvent pas plus de lumière; les plus habiles professent que les âmes survivent aux corps, mais pour un temps ; qu'elles habitent une région du ciel, mais jusqu'à ce que, l'espace étant rempli, les premières venues soient anéanties, afin de laisser place aux dernières. Je ne sais rien de plus respectable que ces efforts désespérés delà pliilosophie pour résoudre les questions religieuses qui ne lui laissent point de repos ; mais je ne sais rien de plus démontré que son insuffisance (I).
Le paganisme avait encouragé les mauvais penchants de l'humanité. Cependant il enseignait la crainte des (lieux, la distincliondu bien et du mal, tout ce qui faisait le fond de la conscience, et que l'incrédulité déh'iiisait. De là cette corruption qui marque les derniers
[l) Tite Live, Hist., \\\\\ et suiv. : Sept mille personnes enveloppées «Idns les nivstères infâmes des bacchanales. Sur les prostitutions religieuses, saint Augustin, de Civilate Dei, Yll, '21. l'iine, Hist. nni., XWllI, 4. Pline, XXX, I, le sénat rend en 669 un décret contre les immolations humaines. Mais Porplijre, de Abstinentia, 11, 56, .itteste que les immolations continuaient de son temps. Sur les deux étrangers qu'on enterrait vivants, Titc-Live, XXII, 57 ; Pline, XXVllï, 'i. Sur le caractère religieux des combats de gladiateurs, Valère Maxime, 111, -4, 7. Sacrifice liumain offert par Octave aux mânes de César, Suélonc, Oclav., 15. Lactancc, Divin. lnslitut.,\\h. 1 : « Si quidem Latialis Jupiter etiam nunc sanguine i olilur humano. » En ce qui touche les spectacles, Tite Live, Hist., VII, l, 2. Tertullicn, Apoloijclic. c\. Advers. Gnostic. Cyprien, de Spcctuculis. Magnin, Origines du théâtre. Et sur toute cette corruption du |iaganisme, Tschirner, der Fait des Heidenthums. Filon, Mémoire sur l'étal morul et religieux de la aociété romaine. Cicéron. Tuseul., I, 78 : (I -Nihil nimis oportet confidere... in liis est enim aliqua obscurilas. » Ihid., 77 : >i Stoici auteni usuram nobis largiuntur tanquam cornicibus : .!;u mansuros aiimt animes, sempor, negant..., » etc.
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temps de la république , lorsque, les anciennes vertus s'éleignant, il ne resta plus dans les cœurs que la passion de l'or, du sang et de la chair. Alors Atlicus faisait la traite des gladiateurs et prêtait à la grosse aventure ; César souriait aux sarcasmes de ses soldats, qui lui reprochaient l'infamie de ses nuits; Auguste faisait crucifier un de ses esclaves pour avoir mangé un oiseau dressé dont il aimait les jeux. Quand l'homme était tombé si bas, comment la sainteté de la famille se fûtelle soutenue? Je m'explique ainsi la contagion du célibat, la facilité du divorce, qui introduisait une sorte de polygamie successive; en même temps qu'un tribun du peuple, Helvius Ginna, se disposait à faire décréter publiquement la pluralité des femmes. Dans les proscriptions du second triumvirat, plusieurs fils avaient dénoncé leurs pères. Plus tard, il fallut qu'un sénatusconsulte interdît les emprunts d'argent aux fils de famille, que l'impatience de leurs créanciers poussait au parricide. L'État même ne conservait plus rien de ce prestige religieux que lui prêtaient les vieilles croyances. La négligence des patriciens avait laissé périr l'antique tradition des augures; on n'en retenait que de vaines cérémonies, qui ne commandaient plus le respect du peuple. Toute la morale des citoyens puissants était dans cette maxime d'Euripide : « S'il faut « violer les lois, il les faut violer pour régner ; en toute « autre chose, observez la justice. » A quoi bon rappeler la vénalité des élections, la rapacité des magistrats et des officiers du fisc, la spoliation des provinces?
'iSO CIIAI'ITIIE VI.
Au milieiule ce désordre universel grandissait la puissance impériale. Sans doute les Césars maintinrent les magistratures, mais pour s'en attribuer la meilleure part, le souverain pontificiit, le tribunal, la censure, le proconsulat, et pour ne laisser aux autres que des honneurs sans puissance. Le nom de la république subsistait, mais comme une fiction légale à laquelle personne ne croyait plus. Ce système de fictions faisait îe côté faible de la législation romaine. Le respect des règles anciennes s'attachait à en garder la lettre, pen- <Jant que la différence des temps introduisait un esprit nouveau. Ainsi la loi des douze tables ne connaissait d'héritiers que les parents par les mâles : le préteur appelait à la succession les parents par les femmes, mais en les supposant héritiers légitimes. La loi qui punissait le vol ne prévoyait ce crime qu'entre citoyens romains : en citant devant le juge l'étranger coupable, il fallait le supposer citoyen. L'antique solennité du combat judiciaire se perpétuait, mais en remplaçant la lance par la verge. Toute la procédure n'était qu'une suite de formules surannées et d'actes fictifs, que Cicéron ne craignait pas de livrer au ridicule, qui heurtaient le bon sens public, et qui menaient au mépris de la loi, et par conséquent à sa ruine (1).
(1) Sur la corruption des mœurs, Salluste, Cnliliu., 10; Juijuiih., 41. Cicéron, Lftircs familières. S, 8-, i, d \ 6, '2; à Altiens, 3, 19; 4, 4; 15. Suélono, inCsesair, 22, 50, 49, 51, 52 : « Ilclvius Ciunalribuuus jilcliis jilt'risque confcssiis ost hahuisse se scriiitaiu paratamque Ifgciii, ([uaiii (la\sar l'orre jussisset cuiii i|tse abosset, uti uxoros lilieroniiii (juaiendoruni laiisa «[uasd i|ii(il vellcl ilncirc licorti. « l.o liiiil
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Enfin, cette culture même des lettres, qui eut toute •sa fleur au siècle d'Auguste, approchait déjà de son iléclin. Les écrivains romains en étaient venus à ce moment critique où, préoccupés à l'excès de la perfection des formes, ils allaient négliger le travail de la pensée et le soin des grands intérêts, sans lesquels il n'y a pas de grandes littératures. Les signes avantcoureurs de la décadence se déclarèrent avant la mort d'Auguste. Deux beaux esprits marquent l'altération du goût, l'un dans la prose, l'autre dans la poésie : je veux dire Pollion, ce critique malveillant de Cicéron et de Tite Live, et Ovide, qui loua Virgile, mais qui n'en reproduisit ni la sobriété ni la vigueur. Dès lors la passion des exercices déclamatoires et des lectures publiques pousse les orateurs et les poêles à ces défauts qui plaisent, à ces effets de parole qui soulèvent les applaudissements de l'auditoire, mais qui n'auront que les dédains de la postérité. L'érudition succède à l'inspiration «puisée, et l'art remplace le génie (1). Voilà donc où
d'Auguste, qui fiiit un singulier contraste avec sa clémence chez Yedius Pollio, est rapporté par PUilarque. Apophtlicgm.— Digeste, I. \,adS. C. Maeedonianum : « >'e cui, qui filiofaniilias pecuniam niutuam dedissel actiopetitioque-daretur.» — Gains, Inslitut. comment., III, 23; IV, il et suiv.; 37 : « Item civitas romana pcregrino lingitur... veluti si furti agat vel cum eo agatur. » On ne finirait pas si l'on voulait énumérer toutes les fictions de la procédure romaine, tout ce qui s'v faisait de ventes simulées, per ^es et libram. On feignait de vendre Tenfant qu'on émanci|iait, Tenfant qu'on donnait en adoption, la femme qu'on voulait rendre maîtresse de ses affaires, l'hérédité qu'on voulait tranniiettre, etc. Cicérnn, pro Mtiretia, 25-27.
(1) Suétone, de llliistribits yrammaticis/incile, de Cuiisis eorruptx i'Uiquentise.Qu\nl'ûien,Yû). XU, cap. x.
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en dtail hi civilisation romaine quand elle pénélra ciiez les Germains. Elle pouvait leur bâlir des temples; mais les dieux qu'elle y devait installer ne valaient pas mieux (|ue ceux du Nord : ils inspiraient moins de foi, par ' conséquent moins de vertus. Elle avait à leur proposer des lois admirables, mais servies par de mauvais citoyens. Elle leur portait les écrits de ses plus grands maîtres, mais commentés par des disciples stériles. Il y avait assurément bien moins de poésie dans les écoles des grammairiens latins que dans les chants d'une troupe de barbares rassemblés autour d'un bûcher pour célébrer les funérailles de leur chef.
iiiaioirt (le La conquête de la Germanie fut poussée plus loin
la conquctr i i *
ei.'nërmâl'iic. qu'on ne pense communément; elle fut soutenue plus longtemps, elle eut de plus grands effets.
Déjà César avait pris possession de la rive gauche du Rhin, occupée par des populations d'origine germanique. Deux fois (55 et 55 avant J. G.) il avait passé le fleuve et poussé ses reconnaissances jusque dans l'intérieur du pays, dont la courte description fait une des plus belles pages de ses Commentaires. Après ses guerres d'Asie, il se proposait de revenir par le nord du Font-Euxin, de prendre à revers la Germanie, qu'il traverserait de l'est à l'ouest, et de rentrer dans les Gaules avec la gloire d'avoir étendu l'empire jusqu'tà l'océan Septentrional, regardé comme la limite de l'univers. Ce rôve ne fut pas réalisé; mais il est remarquable que le génie de César ait été attiré vers ces trois grands pays du monde modonio, la France, l'Angleterre
et l'AllemagQe; qu'il n'ait pas moins fallu que son épée pour commencer leur destinée et que sa plume pour écrire le premier chapitre de leur histoire (1).
Auguste se fit un devoir filial d'accomplir le vœu de son 4)rédécesseur. Après avoir affermi, par les soins de ses lieutenants, Agrippa ot Munatius Plancus, la domination romaine sur le Rhin; après que ses fils adoplifs, Drusus et Tibère, eurent soumis les peuples indomptés qui s'étendaient des Alpes au Danube, il crut le moment venu de pénétrer au delà des deux fleuves. Drusus (l'2 ans avant J. C.) attaqua la Germanie parle septentrion : sa flotte descendit l'Yssel, rasa les côtes de la Frise et vint aborder à l'emboucliure de l'Ems, où il construisit un fort. L'année suivante, il s'avança par terre jusqu'au Weser : une troisième expédition le conduisit au bord de l'Elbe. Il songeai! à forcer ce dernier obstacle, lorsqu'un jour, dans la profondeur des bois, lui apparut une femme d'une stature plus qu'humaine, qui lui ordonna, dit-on, de retourner en arrière, et l'avertit que sa dernière heure approchait. On ajoute que peu après il mourut d'une chute. C'est le récit des historiens romains : et qui sait si, dans cette apparition, il ne faut pas reconnaître quelque prêtresse de Woden, qui se crut inspirée darrêler l'étranger au
(1) Florns, III, 10 ; César, Comment., V, VI ; Plutarque, in Cxmre :
n5!.ja<iy,£'jT, <îà y,%\ yiûiu.r, ffTpaTS'iîtv u.vt iit\ nâpôvj;, jt«,7»o-;p£(}/«aîv(i» Sk TO'jTC'j; y.y.: èC 'ïsicavîa; Tïo.sà tt,v KaoTvîav 6â>.aaaav zx'. tov Ka'ix.aaov ix,- TTSpteXQî'vTi no'vTcv E'I; r/jv 2/.uO'.!4y.v saSscXaiv' /.ai tx TTcf'y/opa rspazvoïî xa*. Fcpaavtav aÙTXv iit\^09.ii.ô-tr<. 8'.% KsXtûv i-y.^it'/fiv.-i £•!; 'iTxXîav jtal a-ridi^OLi xiv y.'J/.Xcv TcÛTov TT.; r.-yvj.'.-r.y.; Tto —i.ni./ihvt 'fV.EXvû rrïp'.ojc'.iTÔîi'jr.r.
290 CllAl'Iil'.i: VI.
passage, el de sauver 1rs derniers sancluaires de ses dieux (1)?
Toutefois Home n'abandonna point les conquêtes de Drusus. IVndanI dix-huit ans les légions sillonnèrent le pays, écrasèrent toutes les résistances, accoutumèrent les peuples à la crainte, qui est le commencement de la soumission. Domitius Ahenobarbus passa l'Elbe et éleva, sur la rive droite, un autel en l'honneur d'Auguste. Des négociations s'ouvrirent avec les Burgondes, dont les tribus couvraient les bords de la Yistule. Toutes les résistances paraissaient domptées; le génie des peuples et mênic le climat semblaient s'adoucir : c'était un autre ciel, une autre terre. Des progrès si rapides furent interrompus par le désastre de Varus, écrasé avec trois légions dans la forêt de Tculoburg. Mais le jeune et vaillant Germanicus vengea l'honneur du nom romain. Après deux ans de victoires, il ne demandait plus qu'une campagne pour achever la réduction do la Germanie en province. La jalousie de Tibère le priva de cette gloire en lui décernant la vaine pompe du triomphe. Rome vit traîner au Capitole des prisonniers
(l) Dion Cassius, XLVlll, L; l.lll. LIV. Sliabon, IV, Ml. Tite Live, (;XX\V,CX\XV1, CWXVIIl. Tacite, yl«;/«/., Ml, '27; Gcnnania, XXVlli. Velléius l'alerculus, 11, 95, 97. Horace, Ctirm., IV, 4, 14. Mominicnt. Ancyr. labul. 2\Flonis, IV, ri. Sur la mort de Drusus, Tite Làvo, (IXL. Dion Cassius, LV, 1 : Vwiri "^âp xi; asi^wv Xt K'XtÔl àvôpwircu oûitv à— jvTir,aoLoy. o.'J^ù), £(ir," ■ncî ^XTOt ÎTiv.yr,. Ascjos àjtc'îîaTs, k. t. X. 11 est impossible de citer iii tous les témoignages de 1 ;mli(|uité sur une éjuH|ue si connue: on les trouvera réunis dans le savant li\re de Harlli, Dtulsililands l'rgexdiichte, 1. 1. Parmi les liistoriens modernes de IWllemagne, j'ai consulté principalement Pfisleret Lnden.
(Je toutes les nations germaniques, des prêtres, des chefs enchaînés avec leurs femmes et leurs fils. On portait autour du vainqueur les images des fleuves captifs; mais en môme temps l'armée victorieuse commençait à quitter leurs bords; elle se retira lentement et à regret. En l'an 28 de l'ère chrétienne, le poste laissé à l'embouchure de l'Emsse maintenait encore; en l'an 47, les légions campaient près du Weser. Claude ordonna qu'elles se repliassent sur le Rhin. Mais la guerre avait duré un siècle, cl c'était plus qu'il n'en fallait aux Romains pour laisser au delà du Rhin une trace ineffaçable (1).
Si les armées romaines reculaient au nord, elles reprenaient leurs avantages du côté du midi. Déjà Tibère
(1) Tacite, Annnl., IV, 44. Dion Cassius, LV, 6. Suétone, in Tiber., 9. Velléius Paterculus, II, 72, 97, 118. Florus, IV, 12: « Ea denique inGertnania pax crat ut niutati homines, alia terra, cœlum ipsum niitius molliusijue solito vi(leretur.»Cf. Dion, LVl, 18 : "e? ti tôv xo'aaov acpwv ('Pi.)aa(wv) &'. Sscpêasoi [/.ereppuÔj.tïcvTO xal à-^'opà; êvci'[Ai!^c.v , auvi^cu; tï eip/iViicàç sffoioùvTo. Le sénat regardait déjà la Germanie comme une province : (I Ipsi (Druso) quod nunquam alias, senatus romanus ex provincia dcdit. n Florus, loco citato. L'expédition de Domitius Ahenobarbus, au delà de TElbe, est surtout connue par le fragment de Dion Cassius que Morelli a publié à Bassano, 1798. — Sur la défaite de Varus, le récit le plus instructif me .semble être celui de Velléius Paterculus, II, 117, 120. Cf. Dion, LVl, 18 et suiv. Florus, IV, 12. Tacite, Annal. , \ .WAmVwi?,, Astronomie, I, 894, rapporte les signes célestes qui annoncèrent la destruction de l'armée romaine. Cf. Suétone, in Oclavian., 23, 49.Senec., Einst. lxvii. — Sur les guerres qui suivirent, Suétone, in Tiberio, 18, 21. Velléius Paterculus, 120 et suiv. Ovide, TrisL, III, 12 ; IV, 2. Tacite, I; passim, 2, 5- 26. Il faut lire dans Strabon, VII, la description du triomphe de Germanicus. En ce qui touche la domination romaine en Germanie après le rappel de Germanicus, Tacite, Annal., IV, 72 ; XII, 16-19: « Igitur Cliiudius adeo novam in Germanias vim prohibuit, ut referri prsesidia eis Hhenum juberet. »
TJl CHAPITRE VI.
(7 ans après J. C.) avait dompte la puissante nation des Marcomans, établie dans les montagnes de la Bohême, d'où elle dominait le cours du Danube. Trajaii s'attacha à soumettre la rive gauche du fleuve, depuis sa source jusqu'à ses bouches. Avant de succéder a l'empire, ce grand homme commandait en Germanie (04-9S). On y avait admiré la rapidité de ses expéditions, la fermeté de son gouvernement, le respect qu'il inspirait aux barbares, lorsque, assis sur la chaise curule, entouré des faisceaux, il rendait la justice à tant de peuples différents de mœurs et de langues. C'est alors qu'il paraît avoir achevé la conquête du territoire compris entre le Rhin, le Mein et le Danube: des colons gaulois y furent établis avec la condition de défricher le sol et de payer à l'État la dîme des récoltes. Devenu empereur, Trajan tourna ses armes contre les Daces, les plus belliqueux des Germains orientaux (102-105), et réduisit en province la contrée qui s'étend du Danube aux monts Carpathes et au Dniester. La civilisation latine y jeta des racines profondes : après dix-huit siècles, les peuples de la Yalachie et de la Moldavie, issus, si l'on veut les en croire, des soldats de Trajan, prennent encore avec orgueil le nom de Romains, /?(>?/wonni {[).
(1) Guerres contre Marbod cl les Marcomans, Strahon, VII; Velléius Valerculus, i08, 109, HO, 129. Tacite, ^mifl/., 11, 02. 65. Suétone, iw Tibcr., 7)1. Ex'péiHtion de Trajan en Germanie, Pline. Panetjyric.. l\, Xll, XIV, \VI, I.XXXII. Étalilissemeni des colon» gaulois entre le Uanube et le Rliiii, Tacite, Germanùt, 29 : « Non nunieraverim inter Germaniaj populos, quani[uani trans lUiemnii l>anubiunit[ue consederint, eos qui <lt''
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La soumission de la Germanie était devenue une des pensées dominantes de la politique impériale. Il fallait que tous les grands princes y missent la main. En 160, le soulèvement desMarcomans, soutenus par une conlédération nombreuse, appela Marc-Aurèle sur la frontière. Il y trouva une des plus formidables guerres que l'empire eût soutenues. Cependant neuf campagnes successives le rendirent maître du territoire ennemi; il s'enfonça jusque dans le pays des Buriens entre l'Oder et la Vistule, laissa partout des camps fortifiés et des garnisons; et déjà il songeait à former une province nouvelle sous le nom de Marcomannie, quand la mori le prévint. Mais on voit assez l'impression que la puissance romaine avait laissée parmi ces peuples, par les conditions qu'ils subirent. Ils s'engageaient à rester en paix avecleurs voisins, à fournir chaque année du blé et des soldats, à ne tenir l'assemblée publique qu'une fois par mois, dans un lieu déterminé, et en présence «l'un officier de l'empereur (1).
Toute l'ardeur du premier siècle s'était portée du côté du Rhin, toute l'attention du second fut tournée vers le Danube ; le troisième eut à défendre les deux fleuves contre les invasions des Francs, des Alemans et
lumalcs agros exercent. Levissimus quisquc Gallorum, et inopia a'ul;i\. ilubiae possessionis solum occupavere.Mox limite acto, promotisquesigiii-;, sinus imperii et pars provincire habentur. » — Sur les guerres de TrajaM contre les Daces, Dion Cassius, LXVIII. Vaillant, la Romanie ou Recherches sur les peuples de la langue tVOc.
(1) Dion Cassius, LXXL, LXXII. Julius Capitolinus, }larc. Anionin. : « Voluit Marcomanniain provinciam facere. » Cf. Reichart, Germatiieu iinterden Ikemern, p. 548 et suiv.
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des Golhs. Mais ces insultes provo(|uèrenl u» glorieux lelour de la forlune romaine. En 255, Maximin passa le Ilhin ; une nuée d'arcliers partîtes, arméniens et maures qui composaient son armée s'abattit sur le pays, et parcourut l'espace de trois cents milles, brûlant les habitations, enlevant les troupeaux, faisant un carnage et un butin incalculables. Probus (277) porta aux Germains un coup plus terrible encore. 11 attaqua les peuples qui avaient envahi la Gaule, leur tua quatre cent mille hommes, rejeta leurs restes au delà du Neckar et de l'Elbe, et poussa la guerre jusqu'à ce que les chefs ennemis vinssent implorer sa clémence. H exigea d'eux un tribut, des otages, et le désarmement général de leur nation. Des stations militaires, des villes nouvelles fondées chez les barbares, devaient garantir l'exécution du traité. C'est alors que l'empereui' put adresser au sénat cette lettre où respire encore le génie victorieux de l'ancienne Rome : « Je rends grâces « aux dieux immortels, pères conscrits, parce qu'ils « ont justifié le choix que vous aviez fait de moi. La « Germanie est subjuguée jusqu'à ses dernières limites. « Neuf rois de différents peuples sont venus en sup- « pliants se prosterner à mes pieds, c'est-à-dire aux « vôtres. Déjà les barbares ne labourent, ne sèment, « ne combattent plus que pour vous. Décernez donc, •:< selon l'usage, des supplications solennelles... On a « repris à l'ennemi plus de buliu qu'il n'eu avait fait. (( Les bœufs des (iermains courbent la tète sous le joug « de nos laboureurs... Nous aurions voulu, pères con-
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« scrils, réduire la Germanie on province; mais nous « avons remis celle mesure à un temps où nos vœux o seront mieux remplis, c'est-à-dire où la bienveillance « des dieux nous donnera des armées plus nom- « breuses. » Mais ce dessein n'eut pas d'effet. Toute l'habileté des successeurs de Probus ne servit qu'à défendre les anciennes limites; et l'épée de Constantin et de Théodose retarda seulement de quelques années le moment de l'invasion générale qui livra l'empire aux représailles des Germains (1).
Les guerres de Germanie sont restées dans l'ombre par la faute des abréviateurs et des biographes qui nous ont conservé une partie de l'histoire impériale. A travers l'obscurité de leurs récits on n'aperçoit que des marches rapides, des combats sans suite, des traités sans force. Mais d'autres monuments témoignent d'un plan conçu avec maturité, suivi avec persévérance : je veux parler des constructions militaires récemment découvertes en Saxe, en Lusace, en Silésie. De longs retranchements se prolongent à travers les forêts de pins qui les couvrent en plusieurs endroits, et qui leur assignent une date reculée. Leur hauteur, portée jusqu'à soixante pieds, indi(jue la main d'un peuple habitué à
(1) Jul. Capilolinus, Madiiuini duo. Yospiscus, Probus. Lettre de l'robus au sénat : « Ago diis imnioiialibus gratias, P. C, quia vestra in iiic judicia comprobarunt. Siibacta est omnis, qua tenditur late Gcrmania... Omnes jam barbaii vobis arant, vobis jam seriiiil, et contra interiores génies militant... Nnm et CCCCM hostiuni ca:'sa sunt, \VL\1 armalornm nnbis obiata... Voluer.inius, F. C, Gerniania' novuni pricsidem facere, sed hoc ad pleniora vota disliilinius. )■ etc. Zosin.e, \\h. I, complète le récit des campagnes de Pro'nis ou Cipriraiie.
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ne lien laire que ilc grand. Toutes leurs proportions ont la régularité des ouvrages auxquels les Césars employaient leurs soldats. Derrière ce rempart, on croit distinguer les postes destinés à le défendre. On les rei.'onnaît aux ruines considérables qui subsistent encore dans le haut Mein, aux noms des lieux qui s'y conservent et qui rappellent la présence des légions. La Bo= hème a de vieux châteaux auxquels la tradition donne aussi une origine romaine. Enfin, des fouilles récentes dans le pays de Liegnitz et de Breslau ont mis au jour un grand nombre de médailles impériales, d'armes, d'idoles, des vases de forme classique, des urnes sépulcrales, dont l'une portait une inscription latine, des traces d'habitation, et tout ce qui annonce, non le passage, mais le séjour d'un corps d'armée. Ainsi se dessine une ligne fortifiée qui touche d'une part à l'Elbe, limite des conquêtes d'Auguste, et de l'autre à l'Oder, où Trajan fit commencer la frontière de la Dacie. Cette construction peut se placer dans les treize années delà grande guerre des iMarcomans. L'enceinte qu'elle achève embrasse presque toute la Germanie de Tacite; elle marque la borne jusqu'à laquelle Rome étendit, sinon son domaine, au moins ses desseins, et souvent son autorité. C'est ce qu'on vit quand les Chérusques l'cçurent un chef de la main de Néron, quand le roi et la prophélesse des Semnons allèrent visiter Domilien; quand un chef des Quades, accusé par son peuple, comparut devant le tribunal de Caracalla. Ces hommages ne s'adressaient pas aux mauvais princes qui les reçurent,
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mais au pouvoir civilisateur qu'ils représenlaiciit. En parcourant dans toutes les directions le pays des Germains durant trois cents ans, en y séjournant sur plusieurs points, les Romains, ces grands serviteurs de la Providence, faisaient plus qu'ils ne pensaient. Ils donnaient à leurs ennemis un spectacle bienfaisant : le spectacle de riiitelligence disposant des plus grandes forces qui furent jamais; le spectacle de l'ordre, des lois, des arts, qui assurent la supériorité des nations civilisées. Ils réveillaient chez les barbares ces premiers sentiments d'admiration et de curiosité par où commence l'éducation des peuples comme celle des hommes (1),
(1) V\c\char\,, Gcniuanen untcr den hœiiicr)i,2><-2, 5iS. lvru.>o:i iiiidonjh. Archiv. des schlesisch-siechsichen Vcreins xitr Mifsuchuim dcr AUcvlhumer. Dans le cercle du haut Mein on trouve les noms de lieux suivants: ïiœmcrsreidh, Hœmergruiidlein, Hœmerbuhel. l'rès de Stadlsteinach, on croit reconnaître les traces de fortifications romaines. Entre TElLe et TOdcr, dans toute la basse Lusace, on trouve des vestiges semblables. Les plus frappants sont ceux d'un rempart, à une lieure au nord de Senftenberff : il a cinq milles de long. .MJ à HO pieds de haut, avec une largeur pru|iorlionnée. La régularité des angles saillants et rentrants atteste le soin duniié à ce travail, et un bois de pins qui le couvre lui donne une date nécessairement très-reculée. En Dolième, on s'accorde à regarder la tour noire d'Eger comme une conslruction roniuine. La Silésie est [ilus riche en antiquités. Des fouilles pratiijuées à Liegnitz, et surtout à Massel, Alliage du comté d'Œls, ont mis au jour un nombre considérable de vases, d'ustensiles, d'armes et d'idoles; et, ce qui est plus décisif, une urne avec cette inscription: d. mart. ossa nn oll. i.iba. On est donc tenté deieconnailrc dans le village de .Massel l'ancienne Massilia, où Sévère avait commandé la légion scylhiijue.E.Sp.ntianus, in Vila Sevcri : « Légion! IV Se tbic.e deiude [ir;eposilus est circa Massiliam.» C'est aus^i dans cette région de l'Allemagne, et près de la Vistule, que Ptolémée place les Buriens,chez lesquels Marc -Aurèle pénétra. Il faudrait proliablemcut rapportera celte expédition la pierre votive trouvée à>assenfels : i. o. m. statori n.. viiv-
l.li.NVS LtU. m ITAI,. ItKVERSVS AU EXl'ED. îiUKlCA EV VOTO IMJSVIT.
Sur l'autorité nmi'ale que Home exerçait chez les peu[)les resli's libres.