‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 4)Chapitre 19 sur 30 · K. I.. 1 -JU · texte numérisé non relu

K. I.. 1 -JU

'298 (. Il A 1' 1 T FU; VI.

nésuuais Mais roniiiirc n'allei<?nil iamai.s les limiles rèvëcs ucouqmk. pjj,, v;,^.y maîtres. Il embrassa erpendanl une grande partie du terriloire disputé, l^a frontière tracée, dit-on, par Adrien, comniençail aux bouches du lUiin, et le suivait jusque vers le coutluent de la Moselle. Là, elle s'enfonçait à l'orient eu remontant le Mein, et descendait ensuite vers le sud-est pour rejoindre le Danube aux environs de Ratisbonne et ne le quitter qu'au pied des monts Carpathes. Les terres conquises qu'elle enveloppait formèrent plusieurs provinces, dont le nombre varia selon les temps. On en compta jusqu'à huit: quatre au sud-est : les deux Noriques, la première Hhélic et la deuxième; quatre au nord-ouest : la Séquauaise, la première Belgique et les deux Germanies. Ces piHJvinces n'étaient pas toutes occupées par des peuples de même origine : les Rhétiens semblent un rameau de la famille pélasgique; les Séquanais et le plus grand nombre des Belges appartenaient à la puissante race des Celtes. Mais tôt ou tard les populations primitives devaient disparaître sous le flot des conquérants germains. L'empire comprenait donc tout ce qui devait former un jour la Flandre et le Brabant, !;• Lorraine et les quatre électorals du Rhin, l'Alsace, la Souabe, et une partie de la Franconie, la Suisse et la Bavière, la moitié de l'Autriche, le Tyrol et la Carinthie, c'est-àdire les trois quarts de l'Allemagne du moyen àge(l ).

T;(citc, Geniiania, tilt : n l'rolulit eniiu iiiagiiiludo iiopiili roiiiaiii ultr.i lUieiiiitii, iiltraquc veteics lermiiios impeiii rcvori'nliani. » Ihid., 4'2 ; « Sed vis et poteiifia re^nbus ex auclorilale romana. » (I) CiuNcriu-, Gcrwonianutiqiia. yotilifi liiijnilnlum imperii. Le rc-

•.•iPiiiaiiiir.

IkMVichi-

iiieiitsdu sol.

A CIVIMSATIO.N l'.OMAI.NE CHKZ LES GERMAINS. '2'J<J

Celait là que la civilisation laline, maîtresse pendant près de trois cents ans, devait inontrei* tout son pouvoir.

Quand les Romains prenaient possession d'un pays vaincu, ils engag-eaient pour ainsi dire une guerre nouvelle contre le sol. Ils tenaient avec raison la terre lumi^cs inculte pour la meilleure alliée des barbares qui l'avaient habitée, pour la plus dangereuse ennemie des maîtres nouveaux qui la subjuguaient. 11 fallait premièrement l'assujeltir par une chaîne de constructions fortes, et par un réseau de chemins qui la rattachassent au reste de l'empire. Il fallait ensuite la dompter par le déirichcmenl, lutter contre les éléments rebelles, assainirl'air en ménageant l'écoulement des eaux, percer les bois, féconder le désert. Les dieux avaient mis l'ordre dans le ciel ; Rome se chargeait de le réaliser sur la terre en y porlant la sécurité, la régularité, la fertilité. Voilà pourquoi son peuple, le plus guerrier du monde, fut aussi un peuple constructeur et laborieux. Voilà pourquoi le travail élait honoré comme un combat, et la culture comme une conquête.

La Germanie offrait à ces vainqueurs de la nature un champ de bataille digne d'eux. Tacite décrit avec une

li:iiichcmeiit loinaiii [uuhiil du UjuuIjc, coiniiienrait jtrèy de keliiciin. passait par Altin:iniistoiii, Weisseiiluirg, Giizcidiauscii, Maiidiarl , Jaxlliauseii, llassen, Olicriiburg, Aschadeiibiirg, el allait rejoindre le Rhin prè^ lie Uraubach. V.Wenck, Hessisrhe Laivlcxgescliiclite,\, bi).Muchner, lieisr (iiifdcr Tcufelsmcuier. Zciiss, die Deulschcn, p. 504. Lcicblen, Schwabai uiuer dcn ïiœmcm. rhillii-s, Deiitf^chr Ikiclis-und-RecfUs-Geschiclite. p. 5!».

300 ClIAlMiKH VI.

sorte d'horreur le ciel rigoureux du Nord, ses plfliiies Iristes, entrecoupées de marécages, couvertes d'une Négélalion stérile et de troupeaux cliétifs. llien de pins elTrayant que ces futaies où l'on cheminait soixante jours sans en trouver le bout; où, selon Pline, les chênes croissaient si forts et si serrés, que souvent leurs racines se rcnconlraicnl, se courbaient jusqu'à sortir (le terre, et jusqu'à former des arcades assez hautes pour laisser passcr^un homme à cheval. Ces souvenirs de l'antiquité s'accordent avec une tradition qu'on peul recueillir comme l'expression naïve de la terreur qui saisissait" les esprits à l'entrée des forêls vierges. Un ancien chroniqueur hollandais rapporte que l'empereur Claude revenait de son expédition d'Angleterre, quand il débarqua près de Slauenburg, sur la côte de Hollande. « Et après qu'il eut battu les barbares qui bordaient le rivage, il se flirigca vers un grand bois que les gens du pays appelaienl le bois sauvcific sans pitic. Là les Romains enlenùirent le grand bruit des bètesqui avaient leur gîte dans les fourrés. Il y avait des ours, des lions, des sangliers et d'autres animaux féroces, ([ui multipliaient si fort, qu'ils tenaient tous les hommes dans l'épouvante. Alors l'empereur demanda si personne n'habitait dans ce buis, et on lui dit : < Seigneur, '< il est hanté de (;uit de bètes sauvages, qu'avec tout « ce que vous avez de soldais, vous ne pourrez pas le « Iraverser. » Et l'empereur voulut savoir si le bois ('•liiit grand, et si de l'autre cùlé n'habitaient pas d'auties peuples. On lui i'('p(»ndil : u Le bois a bien (li\

« milles (le long sur trois de large, et au delà habitent « les bas Saxons, qui ne laissent de paix à qui que ce a soit sur la terre. Si donc vous avez la bonne fortune de a traverser le bois, vuus aurez affaire à ce peuple. » Alors l'empereur s'écria ; « Ce n'est pas sans raison (( qu'on l'appelle le bois saiwarje Hdus pilié. « Kt le nom, ajoute le cliroiii(jueiir, s'est conservé jusqu'à nos jours (1).

En présence de tels obstacles, les expéditions de Drusus voulaient être soutenues par des travaux immenses. 11 enchaîna d'abord le Rhin en jetant deux ponts sur ses eaux et cinquante cbâteaux sur ses rives. Trajan couvrit de forteresses le cours inférieur du Danube. Adrien lia les deux fleuves par un retranchement qui se développait sur une longueur de trois cents milles. La grandeur de ses restes étonne encore les paysans des environs : ils l'appellent le Mur du diable. Cette ligne de défense, complétée par des constructions (!('tachées sur leTaunus, sur leStinsberg et sur plusieurs autres points, rétablie à deux reprises par Probus et Valentinien F', désespéra pendant longtemps tous les assauts des barbares. En méine temps deux canaux unirent le Rbin à l'Yssel et à la Meuse; un troisième, dont l'exécution fut interrompue, devait le rattacher à la Saône et ouvrir ainsi la communication de l'Océan

(1) Tacite, Germania, 2, 5 : « Terra... aul silvis liorrùla, aiit iialiidiinis fœda. » Pline, UiU. nat. Le frayinent fie la chronique de Hollande est tiré des manuscrits de la l)il)liothèqiiede lîerne, et reproduit par .1. ("m'rres.

lUc Vœlkcrlnvcl tirs Pcntatciaii.

r.o'j ciiAi'iTiii: VI.

i\ la M('(lil(M"ian('(\ Los inondations «lu iXeckar l'iironl contenues par une dij^iio. D'antres ouvrages assurrnMil la navigation du lac de Constance, du Danu]>eet doses principaux affluents. Les panégyristes des empereurs n'ont pas assez de louanges pour célébrer la conquête de ces grands cours d'eau, qui ouvraient le territoire aux flottes romaines. Les légions y circulaient par des routes qu'elles-mêmes avaient percées. Une voie principale allait de la mer Noire à la mer du Nord : de nombreux embrancbements desservaient les provinces adjacentes et les rattachaient au grand réseau de chemins qui partait de la pierre milliaire du Capitole pour se distribuer jusqu'aux dernières extrémités de l'empire. On ne se représente pas assez la hardiesse de ce travail, ces chaussé'es superbes sillonnant les montagnes, franchissant les marais, traversant des contrées différentes de climat, d'aspect, de population : toujours avec la même solidité, la même uniformité, la même opiniâtreté que la ville élei'uelle mettait dans toutes ses œuvres (1).

(l)Florus, IV, 1-2. Tacite. Ami(iL,\\, i'O : Xlll. .'m. Ilioii, i.Wlll. Spartianus, in Adriaiw: Vopiscus, in Proho. Emuèno, Puntuiijric. Constantin., 13: u Totii?s annatis navibiis Rtiomis inslnirluï. csl, cl l'ipis omnibus usqiio ait Oceaniim ilispositiis miles iiuininet. » Syminaqiu', Lnudalio Valentiuiani, "l, 3, 7, 21 : « Brachiis ulrinqnc Ulicmis urgetiir, ni in vaiios nsus lutuni prrpbcat comineatnni. » Lamlatio Criitiani, !» : « Kbi-nus non dospicit iniptM-ia. socl intersecal casiella roinana, ri'p.t- «■iilis poiiliuni captivas nrgctur. '> T.f. Anunien Marcellin. \\\. 8. h"oc.opo, de .f'(///jr//x, -4, 5. Anloiiini llinernrium (eilit. Wosseling). J'y liitnvc rinilicalioii do donze rontcs dans les dil'rn-ntcs pro\inces qui ont ftirnii- depuis l'Allcniai^no : m A Lujidnno (Balavnrnni) Argcnloratnni — \ Tri'M'iis Aj;rippiri:i. — A Tnvcris \r'ii»nliiiato — \ (.idoiii;i Ti-.ijaiia :td

I,A CI VI F>1 S AT ION ROMAINE I IIFZ LES (GERMAINS. 5ir.

Il fallail plus. Une vieille maxime de la sagesse latine voulait que le Romain s'assît pour vaincre : Romanm mlendo vincit. Ce peuple était avare et laborieux. 11 s'attachait à la terre ; il en défendait la moindre parcelle avec tant de jalousie, que, pour consacrer les bornes de ses champs, il recourait à toutes les solennités du culle, à toutes les menaces de la loi. Une lisière de moissons couvrait les frontières mieux que la plus haute muraille. C'est pourquoi les empereurs avaient intéressé les soldais à la défense des provinces, en leur abandonnant une partie du sol. Alexandre Sévère et Probus assignaient aux troupes postées au delà du Rhin des champs, des habitations avec des esclaves, des bestiaux et des approvisionnements de blé. Valentinien accorda aux colons militaires qu'il établit le choix des meilleures terres, à chacun une paire de bœufs, à tous l'exemption des impôts. Ces mesures n'étaient prises que pour la sûreté de l'empire, elles tournèrent au profit du territoire conquis. Elles lui donnèrent une population permanente, endurcie aux fatigues et aux dangers, capable de percer les forêts, de dessécher les marécages, de soumettre enfin la nature aux savants procédés de l'agriculture italique. Les grandes inva-

Agripiiinain — A C;islelloColuni;e. — De l'aniioniis iiiGallias. — lier pcr ripain Pannonia;. — A Lauriaco Veldiileiia . — A ijonlc Œni ad castra, — Aponle Œni Vcldidona. — Alt Aiigiista Viiidelicorum Veroiv.i. — Vli Aquiloia Lauriaco.» CÂ. Tabiil. Pciili)Ujcr. — l'armi les modernes, j'ai surtout consulté Fiedler, [iœmisclie DeitrLiinvlcr nm ?iiederrhein. Mone, l'rgescliiclite desBudischcn Lande.<. .lauuiann, ddoniit Sionloceue. liudliart. .Elteate Gexchirlile fiaiieriis. Sdur-iinin, Msulin iUiiKimiii. I. 1. Welser. Un uni uutmsl(inini(i>i .

•■»0t CHAPITRE VI.

sions n'efCacèreiil pas los Iraces de ce (léfrichenienl. Les paysans du duclié de Bade iabonrent encore avec la charrue des (léorgiques, et les soldais de Probus ont planté les premiers ceps des vignes fameuses qui font la couronne du Rhin (I).

C'était beaucoup d'avoir changé le désert en campagnes fécondes : un dernier effort en fil soilir des cités. La puis'-ance romaine, née dans une viHe, n'a pas eu de repos qu'elle n'eût couvert de villes toul l'Occident. En effet, elle ne pouvait prendre possession du sol d'une manière plus impérieuse qu'en emprisonnant l'espace libre dans une enceinte de murailles, eu forçant les eaux des torrents à cheminer sur les aqueducs, et la pierre à monter en voûtes pour former ces portiques, ces thermes, ces anipliilliéàtres, qui rappelaient sous un ciel glacé les besoins et les plaisirs du Midi. Bientôt les postes militaires de la Germanie, les ports des fleuves, les stations des grandes routes, devinrent les noyaux d'autant de cités. Les anciens itinéraires en comptent cent seize, et de ce nombre soixanlecinq au moins sont encore debout. Je reconnais sous leurs anciens noms les lieux qui devinrent dans la suite

(I) VaiToii. lie fie 7-itxliia, 1, S.Vellt'iiis l':ilerculiis, II, 10 i. l.aiiijxitic, in Alcanudro Sev. Voiiiscus, in l'roho : « Agios, cl honoa, ol donios. il annoiiam tiansrlieiiaiiis omiiilms l'ecil, iis viiloliccl quos in exiiibii* cnllocavil. » Loi do Valeiilinion, Code Tliiûilnsien, Vil, 20. 8. On-lli, Inscript. r>5'2S. (T. Moue, irfieschichh' dca Uadisclwn Lnn-hsA. 1, où l'ajiriciiltiiredii |iavs d«î Bade t-sl ('liidii'-e jiis(|ni' iiai)S le dernier délail. Dis Iroiive lin j.iaii(l iiomlue d"iiiMii|iliniis iiiilitairos rilées |iar Fiedler, Itnniiniitt Denchmeler, jiar I.erscli, Cciilral Muscu)n Hht'inlœndixrlirr }nsrhriflen,i'\ par Steiner, Codex hwriplionum liheni.

LA CIVILISATION ROMAINE CHEZ LES CERMAINS. 30r>

Vienne, Salzbourg-, Passau, Ralisbonnc, Augsbourg, Bàle, Strasbourg, Worms, Spire, Mayence, Cologne, Aix-la-Chapelle. Des ruines imposantes, des inscriptions, des musées encombres d'ouvrages de toutesorlc, attestent que les Romains sont venus poser la première pierre de toutes ces villes, où l'histoire d'Allemagne devait avoir ses plus belles scènes, où s'agitèrent, pendant tant de siècles, les plus grandes affaires de la chrétienté (l).

Ainsi le territoire germanique se trouva incorporé l.s

iii>tiliiiion<

à l'empire; il en eut l'aspect pacifique et réguliei'. poiiikju.s Une terre si profondément remuée devait porter autre chose que des récoltes et des édifices: il était temps d'y asseoir des institutions. De même qu'une contrée sauvage réveille la passion de l'indépendance dans le cœur humain et l'invite à lavieerrante, ainsi les champs cultivés, les habitations qui se touchent, qui s'alignent,

(i^ Sur les douze routes décrites dans rilinoraire dWntonin, je coinpli' environ cent villes ou postes militaires. Reicliard, Gerniaiiien uiiterdcn Hœmcrn, porte à quatre-vingts environ le nombre des lieux nommés par Ptolémée et les autres écrivains anciens dans la grande (iernianie, hors de la frontière deTenipire. Moue, dont le calcul nie paraît exagéré, Li'ouve, dans le pays de Bade seulement, cent quatre villes ou villages d'origine romaine. Une inscription trouvée à lleddcrniieim mentionne un coilefiium ligtiariorum ; une autre, à Etllingen, un conlubernimn naiitarum. l'Iusieurs autres, à Mayence, à Clèves, nomment un prsefectua fahrorum, des negotiatores artis cretarix, fnimcnli, ferrnrlL argcnlarii. Voyez Mone, VrgescJiiclit.e,t. I, p. 251. Cf. Hefele. Gcschichte cler Einfulirinui des Chnsiexthiims im S. \V. deul^chlandc, p. 34-41. Jusqu'en 1837 on avait trouv(' dans le royaume de Wurtemberg plus de cent vingt inscriptions, statues ou bas-reliels. Le monument le plus inslructif est l'inscription suivante trouvée à llausen. district de Heideidieim: impep.ator. c.irsar. r.AiirF.Nvs. GKHMANicvs. iNvicTvs. AVSGVTvs. Elle prouvc que ce pays étail encore au pouvoir des l\oinain« vers l'anST)!».

50») (IIM'ITnR M.

v.l qu'un mrnio mur onvoloppe, donnent aux liommos (les leçons de slal)ililé, de subordination, ri comme le premier exemple de la vie civile.

A.iministra- La dIus foi'le des institutions romaines, hors de iinpéiwh'. \{q^y]c surtout, c'était la puissance impériale. A Rome, l'enipereur ne fut longtemps que le prince du sénat, réunissant dans ses mains les attributions de plusieurs magistratures. Mais dès le commencement il devint le souverain des provinces, de celles du moins qu'il s'était fait donner comme les plus importantes et les plus menacées, par conséquent de celles qui formaient la frontière du Nord. Il y exerçait un pouvoir proconsulaire, c'est-à-dire absolu, militaire et civil, avec le droit de , vie et de mort sur les personnes, et le domaine éminent

de toutes les terres, avec les honneurs divins et tout ce qu'exigèrent jamais les rois les plus obéis. Souvent les premiers Césars avaient paru au bord du lîhin. Plusieurs autres, et les plus guerriers, vécurent ou moururent sur les champs de bataille de la Germanie. Trêves vit passer dans ses murs une longue suite d'empereurs, depuis Maximien jusqu'à l'usurpateur Maxime. Alors le cérémonial de l'Orient envahissait la cour impériale; les peuples avaient sous les yeux les pompes de la monarchie. Ils s'y attachèrent comme on s'attache à tous les spectacles : ils s'en tirent une habitude, et à la longue un besoin.

Les empereurs avaient d'abord régi les provinces par des lieutenants chargés du commandement des troupes et du «iouvernemeiit civil, cl p;ir des procureurs

LA CIVIfJSATlON ROMAINE CHEZ LES GERMAINS. 5(»7

rosponsables de l'atlministralion financière. Dioclélicn et ses successeurs pensèrent relever leur auloriu^ en échelonnant au-dessous d'elle une hiérarchie nombreuse, dont les i-angs et les titres nous sont connus par la Notice desdujmtés de l'empire. On y voit le préfet du prétoire des Gaules Aiisant sa résidence à Trêves, avec le vicaire qui luiestsubordonné. Trois consulaires et cinq présidents siègent aux chefs-lieux des huit provinces germaniques. Ces magistrats ne coinmandeni plus les légions, ils ne conservent qu'un pouvoir administratif et judiciaire. Cependant telle est encore chez les Romains la sainteté de la justice, qu'ils ne sauraient l'entourer de trop de solennité. Le préfet (hi prétoire prend place sur la chaise curule; on porte devant lui l'image du prince. Sur une table couverte d'une nappe frangée d'or, entre quatre candélabres garnis de cierges allumés, repose le livre des constitutions impériales. On retrouve une partie de cet appareil dans les tribunaux inférieurs. L'impression de respect qu'il laissait dans les esprits était si forte, que l'Église Iransporta à ses évêqiies le cérémonial du prétoire. Comme elle avait pris les basiliques où l'on rendait la justice, pour les modèles de son architecture sacrée, elle emprunta aussi la chaise curule, qui fut le trône épiscopal, les flambeaux, la table, qui servit d'autel : seulement elle remplaça l'image du prince par celle du Christ, et le livre des lois humaines par l'Evangile. Cependant des dignitaires si honorés n'avaient aucune part au ninniement des deniers publics. Les finances se

7m ciiAPiTRr: vi.

partageaient entre deux atlminislralions indépendantes. D'un côté, le comte des largesses sacrées dxiaah la recetle et l'emploi de l'impôt, payait les Iroupes et jugeait en matière llscaic. 11 avait sous lui des agents comptables pour toutes les provinces : on voit à Augsbourg, à Trêves, les préposés du Trésor, les procureurs des monnaies, les inlendanls des chasses. D'une autre part, le comte du domaine privCy assisté d'un grand nombre d'officiers, régissait les biens-fonds et les revenus de lout genre qui formaient le patrimoine des empereurs. Oiiand on considère de près l'organisation de ces différents services, l'exaclitude du cadastre, les mesures prises pour la répartition et la perception de l'impôt, la composition des bureaux avec tout ce qu'ils employaient de directeurs, de secrétaires, de commis, d'expéditionnaires et d'appariteurs, on reconnaît, au milieu de beaucoup d'abus, la division du travail, le contrôle mutuel des fonctions, l'authenticité des écritures et tous les principes d'ordre qui devaient passer dansTadminislratiori des États modernes (1).

Mais le gouvernement impérial s'attacha les prc»vincespar un bienfîiit plus désintéressé. De même que

(I) Kmpeivurs (iiii parurent on Germanie : Augiisle, Tibère, (ialigiila, Vitclliiis, Domitien, ïrajan, Adrien, Marc Aurèlc, (loniiuode, Caraialla. Ak'xandre Sévère, Maxiniin, I\)sllmnius, (".lande II, Anrélien, IVoluis. (Constantin, Julien, Valonlinien 1". Ein|ierenrs qui résidèrent à Trêves ; Maxiniien, (lonstancc (lliKtre, Constantin, Valenlinien, Maxime. — Sur Padminislration impériale, cl". p\'otiti(i (It(jnil(Ui(i)i iiiijx'rii Occidentia ; Naudct, des Clum(jniii'nl)i Ojinrs dans teniez les /*m/7(Vs lU' radminisiinliou romaine, depuiis Diocirtien jii$(iii'à Julien. — (lains, II, 7 : « Scd in proviiiciali solo... doniininm popiili romani est, vt'l (^asaris »

LV giVILISATION l'.OMAlNE CHEZ LES GERMAINS. 509

l'image du prince figurait clans tous les tribunaux, ainsi son autorité faisait la force de tous les jugements. Les Césars avaient eu soin de s'attribuer l.i plus auguste fonclion de la puissance publique, qui était de faire régner le droit, c'est-à-dire la volonté des dieux, au milieu des contestations humaines. Ils exerçaient leur ' charge en prononçant sur les causes portées en dernier ressort jusqu'à eux, en répondant par des rescrits aux questions des magistrats ou des particuliers, en rendant des édils généraux qui éclaircissaient les obscurités de la législation ou qui suppléaient à ses lacunes. Ils étaient les interprètes des lois, ils en devinrent les réformateurs. Assistés d'un conseil où parurent Gains, Ulpien, Paul, Papinien, les plus grandes lumières que la justice temporelle ait jamais eues, ils entreprirent de continuer lœuvre des tribuns, des préteurs, des |)remiers jurisconsultes, et de corriger la rigueur du droit civil par l'équité du droit des gens. Mais le droit civil représentait l'ancienne tradition deRome ; le droit des gens se formait de ce qu'il y avait d'universel et de permanent dans les coutumes des provinces. Celaient donc elles à leur tour qui faisaient la loi, qui la faisaient égale pour tous. Tout tendait à l'unité. La politique d'Auguste et de ses successeurs s'appliquait à effacer les différences des peuples, en prodiguant aux provinciaux le titre de citoyens, jusqu'à ce qu'enfin la conslitulion de Caracalla Taccorda sans réserve à tous les sujets de l'empire. Alors le droit commun fut coiistiliK', et ce bienfait louclia si j)rofondément les }irovinces,

310 (.IIAlMThE VI.

qu'il lourlil pardonner jusqu'aux crimes des plus mauvais empereurs, et que le nom impérial, déshonorô (Kir lanl de lyrans, demeura populaire jusqu'à la fin. In reste de vénérnlion rcnlourailencorc quand il n'élail plus qu'un souvenir. Nous verrons la souvcrainelé des > princes byzantins reconnues jiar les barbares, maîtres de l'Occident. Et plus tard, quand les provinces germaniques chercheront à se donner une constitution puissante et durable, elles voudront relever ce vieil empire romain qui ne fut jamais oublie. Elles cxij^eront que leur souverain passe les Alpes pour aller au Vatican recevoir le litre d'Auguste. Il y aura des théologiens et des jurisconsultes qui démontreront commeiil la mnnarchie universelle, nécessaire au repos du monde, a passé sans interruption des Romains aux Francs. Les chroniqueurs rattacheront la généalogie des jlohenstaulïenà celle des Césars, en remontant jusqu'à Dardanus et jusqu'à Jupiter. Si tant d'efforts n'arrivent point à restaurer le passé, il en restera du moins des traditions monarchiques qui ne se perdront plus; et la jurisprudence romaine deviendra le fond de tous les codes européens i\).

[1} liigcsU', de Jusiilia et hnc, I, i : c Jus ^tMitiuin tvst qiio geiilt> liuimiue iiliintur.)» — De stutit liomiii., 1. Wll. Dion Casoius, LXXVll. (jollfrA'd (le Viterlie, Prt/(//ifO// hislorii'., o, 8.

A Jove Honiiiiii Ir^'-um miiiI ilo^'iniile pleiii Oiiii> lioilie leycs disciiuus, ipsc ilclil... In (lui) ilivitiiimis troj.iiio sanguine piolcni : l'na per llaliani sunipsil (liadeniuta riouKr; Allora Tcutoiiiic régna bcala fovel.

Vo\«'Z aussi Anii'drp Tliirn\, Histoire ilc la Hnulc m'Ks l'itil))nni!.lnitivii romaine, l. I.

D'un autre côté, le pouvoir militaire détaché des oiyamsation

militaire.

l'onctions civiles avait reparu sous des titres nouveaux. Le maître des deux milices, et, après lui, les deux maîtres de l'infanterie et de la cavalerie, avaient à leur disposition les comtes et les ducs qui commandaient les légions des fronlières. La Notice des dirjnités de l'empire nomme le comte de Strasbourg, le duc de Mayence, le duc de la seconde Germanie, celui des deux Réthies, et celui du Noricum extérieur. On voit sous leurs ordres des légions, des cohortes, des corps de cavalerie légère ou pesamment armée, postés de proche en proche sur les bords du Rhin et du Danube; des flottilles veillenl à la sûreté des deux fleuves; on trouve sur plusieurs points, à Lorch, à Strasbourg, à Trêves, des fabriques de boucliers, de balisles, d'armes de loule espèce. Cette énuméralion donne encore une grande opinion de la force mililaire de l'empire au temps de sa dernière décadence. Mais il avait fallu des liens plus forts que ceux de la discipline pour retenir les gens de guerre dans des postes si dangereux. Nous avons vu commeni Alexandre Sévère et ses successeurs avaient distribué le l(;rritoire menacé aux troupes chargées de le défendre; mais les clauses de cette concession méritent d'être étudiées. L'empereur, seul propriétaire du sol provincial, conservait le haut domaine des terres partagées. Les possesseurs n'en avaient que la jouissance héréditaire, sous les trois conditions d'entretenir le fossé, de défendre le retranchement, et d'engager au service leurs enfants ou leurs héritiers. Or, si l'on con*

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