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(le castes et de pouvoirs, à l'exemple de la hiérarchie divine de la création. Après l'avoirenfermédansce triple cercle, elle l'y retenait par la terreur des jugements; elle lui faisait voir, derrière les magistrats mortels, les dieux eux-mêmes armés pour la défense de la paix publique, qui était leur ouvrage.
Mais il est moins aisé qu'on ne pense de gouvernei' la liberté humaine. On ne s'assure d'elle que par la conscience; et chez les peuples du Nord nous avons vu comment les consciences mal contenues par le dogme s'étaient jetées dans tous les genres de superstitions. Quand l'homme était maître de se faire des dieux à son image, comment ne se fût-il pas fait des lois à son uré? A la propriété immobilière, grevée de tant de charges, il préférait la possession mobile, qui ne connaissait ni bornes ni servitudes. Dans la famille instituée pour la protection des faibles, il inlroduisail le règne de la force; et pour peu que les liens du sang le gênassent encore, il conservait la faculté de s'en défaire, et d'aller fonder ailleurs, par le concubinat, une autre famille sans amour et sans devoirs. S'il était las de vivre dans la nation pacifique et sédentaire dont il troublait l'ordre, il s'en détachait pour se jeter dans la bande conquérante, où sesobligations ne duraient qu'autant que ses volontés. Enfin, quand la justice publique mettait la main sur lui, il était libre de décliner le jugement des dieux, d'en appeler aux armes, et de remplacer le j)rocès par la guerre. Ainsi l'autorité cédait de toutes parts sous l'effort de la liberté. A côté du droit,
roniainc';.
lis Cil M'ITI'. r. III.
\o lail conlrairo snljsislail publi(juonioiil. Le propre de la liarbario iw consistait donc pas, comme on le dil souvent, à n'avoir point de lois : lesloisy étaient tonles, mais elles étaient toutes impunément désobéies.
linppoii Si la tentative civilisatrice qui avait échoué chez les insiiiuiions Germains fit aussi l'obiet de toutes les législations sa-
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i4i^rhiio*ns vantes de l'antiquité, il resterait à savoir comment elles laniirp.iié. y réussirent, ce qu'il y eut de semblable dans les moyens, de différent dans les effels. Je m'arrête surtout au droit romain, comme au plus bel effort du génie antique pour discipliner les hommes.
Lois Au premier abord, rien ne semble plus contraire
aux mœurs barbares que la lui romaine, si subtile, si j)récise, si bien obéie. Cependant, si l'on en considère les origines, on n'y trouve pas d'autres principes que ceux dont la trace subsistait dans les vieilles coutumes de la Germanie. Le droit primitif de Rome, comme celui du Nord, est un droit sacré. Aux dieux seuls appartient l'autorité, c'est-à-dire l'initiative des affaires humaines. Ils l'exercent aussi par une caste sacerdotale, celle des patriciens. Toutes les magistratures, à commencer par la royauté, sont des sacerdoces. Numa se fait inaugurer sur une pierre mystérieuse, de même que les rois Scandinaves; plus tard les consuls, les préleurs, les censeurs, conservent les auspices, le j)ouvoi!' d'interroger le ciel aux lieux, aux jours, dans les termes prescrits. Le ciel leur répond, comme aux prèlres d'Odin, par le vol et le cri des oiseaux : l'intervenlion
Li:s LUIS. \w
divine se mêle à tous les événements de la vie publi- (jue; elle les consacre, elle en fait autani d'actes religieux. Le lieu où ils s'accomplissent, \e pomœriuw, le premier asile du peuple romain, est un temple : l'enceinte en l'ut orientée et décrite avec soin, à l'imilalion du firmament, temple éternel de Jupiter. Mais on ne l'entoura pas d'une palissade mobile, comme le lieu d'assemblée des Germains; on l'enferma d'un fossé et d'un mur qui fui'ent déclarés saints, et il y eut peine de inoi't contre ceux qui les franchiraient (1).
Si la cité tire toute sa puissance de son commerce avec les dieux, toute la conslitulion de la famille romaine tient au culte des ancêtres, au dogme de la solidarité, à tout ce qui fait aussi la force de la sociéîé domestique chez les barbares. Le père, en donnant la vie, exerce un pouvoir divin, ou plutôt il est lui-même un dieu déchu, exilé sur la terre, où il peut acquérir, par ses mérites et par ceux de ses enfants, le droit de retourner à une vie meilleure, en devenant Lare ou iVmale. C'est la raison des sacrifices expiatoires qu'on répète chaque année pour les ancêtres, qui deviennent, comme dans le Nord, une charge inséparable du patrimoine, et qui passent aveclui aux agnals, c'est-à-dire aux parents par les maies. La loi romaine a poussé le res-
(1) ULlfried Millier, Die Elni!>lur. (iiiigniaul, Hcivjions de l" anliqnHc , l. 11. Tite Livc, lili. I, caii. vu, 8, 18. Pluturqiic, iti Tiomiilo. Cicéron, de Divinalione, passhn ; de Legibm, 11, 8, 12. Festus, sub verbo Spcriio : « Spectio duntiixat iis quoiuiu iiuspicio rcs gererenlur iiiagistrartihiis. » Gaius, lnstitt(l.,\\, 8 : « Sauctai quo((iie rcs velut inuri et porlie quodaïuniodo divini jmis siuit. »
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|K'cl des morls jusqu'à C(! |)()iiil ([uc si un il('|jilL'ur meurt insolval)Ie cl ne laissanl qu'un esclave pour liérilier, l'esclave est arfranclii, afin que riiérédilc ne soit pas abandonnée ni le sacrilice interrompu, ('haque liérilage a donc une destination sacrée : aussi les limites des champs sont scru[)ulcuscment marquées par l'arpenteur public, el placées sous la garde du Terme, qu'on ne viole pas impunément. A Rome, comme eu Scandinavie, la propriété immobilière est sanctifiée par le foyer qu'on y allume; mais ici les foyers se resserrent, les maisons se touchent, se gênent, se pressent deri'ière le rempart qui les enveloppe. L'homme est emprisonné dans son domaine: la loi fait plus, elle veut le désarmer, el elle y réussit mieux que les rois du Nord. Le citoyen ne descend pas au Forum, il nepaïaît point dans la ville i»vec le boucliei', mais avec la loge; c'est dans les plis de ce vêtement pacifique qu'il porte sa part de l'empire du monde : Uennn doniitK»; ficntrmtine tuiiutavi (i).
Cependant la [)aix publiijue ne se mainliendrait pas si la loi restait morte et immobile sur les tables d'ailain où elle fut gravée : il faut qu'elle parle, qu'elle agisse, qu'elle contraigne les l'écalcili'anls. (IV-sl l'objel
(l)Sur les sacra paUma, Ovide, l'asles. 11, ù.") ; V, 1'2. (»ii ii ;i |i;is iissoz ;Kliuiié coniiiiLnt la fable de lÉnéide lail re|K)scr sur la piélé tilialc d'Kiiée {}iii(s /Eiieas) toute la destinée de Rome. Ce héros, qui porte son vieux père sur ses épaules, porte avee lui lempire du monde. (If. Gains, histiltiL, 11, 154. Fmijmenlaiii ycijoise Arranti Vrltmituo, apiul Cirsiuui, p. '258, et les iVaguieuts de la loi des Kouzc Tables, apud Martini, Ondo liistorix jitris civilis. ['.{'. (iiraud, Hisloiir dn droit romain. On trouvera un tableau abrégé et complet du droit privé des Uomuins dans le traité de .Man-zoll, traduit et savauno» ni annoté par M. iVllat.
LES LUI S. i:.i
des solennités judiciaires qu'on appelle les acllom de la lui. Le préleur y préside, il exerce un ministère de prêtre; il déclare le droit, c'est-à-dire le décret divin. Le tribunal où il remplit cette fonction est un lieu saint, par conséquent orienté; il ne s'ouvre qu'aux jours permis : la présence du soleil sur l'iionzon mesure la durée des audiences; je reconnais tout l'appareil de celle procédure sacerdotale que j'ai déjà vue chez les nations germaniques. L'autorité des actes dépend aussi d'un certain nombre de formules sacramentelles et de rites symboliques; je retrouve des signes qui me sont connus : la motte de terre avec la baguette, image de la propriété légitime; la paille brisée entre les stipulants; les témoins frappés à l'oreille en mémoire du contrat passé devant eux. Toute contestation civile devient une cérémonie sacrée, elle en porte le titre, s (craincnlant; elle se termine par une offrande expiatoire; le condamné paye une somme qui s'emploie à des usages religieux. Toute condamnation criminelle prend la forme d'un anathème : on interdit au coupable l'eau et le feu, on prononce sui- sa tète les imprécations qui le vouent aux dieux infernaux. I>a peine capitale est encore un sacrifice humain. Si (juelqu'un a dérobé la moisson d'anlrui, la loi des Douze Tables veut qu'on l'immole à (lérès (1).
(1) Ovide, Faste», I, 47
llle ner;tsliis cri FasUis cril |)
!.(■■>■ \ll lab.: •< "^^A otcusiis sii|ji'eiiKt teiu[iostiis cblu. •> L. t. Diycbt.,
llle nel'itsUis cril per (|iii;iii lri;i nciIji ^iicnliir. FasUis cril |)or iiueiu Icgc lie,!)!', ayi.