Oiiginalité du ]>oëto chrétien. — Pictro di Dante
Et qiiocl dicit Sordelliis, quod post recessiim solis impos.sibilc e^t ïbi ascendere sed descendere errando^ figuraiuv quod sine sole divinx gratiœ a quo illnmincnnur, ad recta, diim lucet in nostra inente, debemns et possumus ascendere; sed secvs diim non Incet, quia tune nos movendo, errando et in nocte iremus.
^5. — Imitation des cliamps Élysées de Viigilc. Cette aimable peinture sollicite l'imaginaticn de Dunte, il \ revient à plusieurs reprises dansl'Enfei-, le Purgatoire et le Paradis II aime à peindre le repos, la séiénité. — Objection de VOttimo commenio, j outquoi rendre le vestibule (in purgatoire si enclianlenr? Pour lendie le ciel encore plus dcsirable
I/liisloire anime la scène. IVus les vieux peintics anin:ent ainsi
leurs tableaux par des poitrails eouteinporains. Orcagua dans les fiescpies du Campo Santo juge les rois.
52. — Hodolplie de Ilabsbui-i. C'est lui (pii, par uu ;'.ele auquel adliérèreut les électeurs, abaudonua poui" toujours l'Exarcliat et la Pentapole. Il avait des iiiœiirs simples et parciuiouieuses, et portail un pourpoint gris auquel il mettait des pièces aux coudes. 11 reçut le roi de Bt»lièuie ni;d vêtu, assis sur une mauvaise cliaise dans un grand cbeiuiii. Plainte des j)nëfes alleniaiid< à co. sujet.
55 et 5i. — l*lulij)pe 111, loi de France, et llenii de .Navarre. G. A. H.
56. — Pieiit' m, roi dAragnu. Cette coide d'>nl parle ici Dante est ou une allusion au corcbtn i\v< Kières Mineurs, ou une inntation de la paiolede Salomou : Aaiii:vil in forliludiuc lunibos sues. — Colnidal ma.schio naso désigne Charles !•" de l'o-iille, roi de N.q les et comte de Provena\ (i. A. //.
41. — Constance, remir:e de Pierre lil. — Sur l'Iiisloiie de Raymond Hérenger, couilede Provc luc, el ('u maiiage de sescpiatre filles, V.Vdliui, liv. Vï, e. 92.
42. — I,e roi dAngl'NT.e Ilenii 111, ld> de Jcan-sans-Terie, et non de lîicliaid C(eur-;le-li')n, comme !'( il répété quelques con:ra iitaires d'après Villaiii.
AT}. — Guill.'.nme, maïquis tie Moutierrat. Sc^li!s (irentia guérie aux babitjiuls d'Alt xin(lii.\ (,'. .1. //.
Era già V ora che volge il disio Ai naviganli e intenerisce il cote, Lodi' c han detto a' dolci amici addio:
E chelo novo peregrin d' amore
. Punge, seodesquilla di lontano, Che paia il giorno pianger che si muore;
Quand' io incominciai a render vano L' udire, ed a mirare una dell' aime Surta, che 1' ascoltar chiedea con mano.
Ella giunse e levô ambo le palme, Ficcando gli occhi verso 1' oriente, Gomo dicesse a Dio : D' altro non calnie.
Te lacis an te si di vota m en te Le usci di bocca, e con si dolci note, Che fece me a me uscir di mente.
E r altre poi dolcemente e divote Seguilarlei per tutto 1' inno intero, Avendo gli occhi aile superne ruote.
CIIAM VIII
Déjà c'était l'heure qui lourrKMers la terre les regrets des navigateurs, et qui adendrit leurs cœurs à la pensée du moment où ils dirent adieu à leurs doux amis;
L'heure qui blesse d'amour le nouveau pèlerin, s'il entend de loin la cloche qui semble j)leurer le jour près de mourir;
Quand je commentai à ne plus rien entendre, et à regarder une âme debout, et qui dun signe de la main demandait (|u'on l'écoutàt.
Elle joignit les mains et les leva, fixant les yeux vers l'Orient, comme si elle disait à Dieu : «Le reste ne m'est plus rien. »
L'hymne Te huis antr. s'échappa de sa bouche avec tant de dévotion, et avec des modulations si douces, qu'elle me fit oublier à moi-m( rne.
Puis les autres dévotement et doucement l'accompagnèrent jusqu'au bout de l'hymne, ayant les yeux fixés sur les sphères éternelles.
1 50 DEL I'i;ilGATORIO.
7 Aguzzaqui, Icltor, bcn'gli occhi al vero, Cliè il vélo è ora bcn (anlo sotlilc, Ccrlo, elle '1 traj3assar deiilro c leggiero.
s r vidi qucWo esereilo genlile
Tacilo poscia riguardar in sue, Quasi aspetlando pallido ed umile :
<• E vidi uscir dell' alto, e scender giue Due angeli con duo spade affocale, Tronche e privale délie punte sue.
10 Verdi, corne foglielle pur mo nate,
Erano in veste, che da verdi penne Percosse traén dietro e ventilate.
11 L' un poco sovr' a noi a star si venue,
E r allro scese nell' opposta sponda, Si che la gente in mezzo si contenue.
12 Ben discerneva in lor la testa bionda ;
Ma nelle facce l'occhio si smarria, Corne virtù ch' a troppo si con fonda. 17. Ambo vegnon del grembo di Ma ri a ^
Disse Sordello, a guardia délia valle, Per lo serpente che verra via via.
14 Ond' io che non sapeva per quai calle,
Mi volsi inlorno, e stretio m' accostai Tutto gelato aile fidate spalle.
15 E Sordello anche : Ora a\ valliamo ornai
Tra le grandi ombre, eparleremo ad esse : Grazioso fia lorvedervi assai.
K) Solo tre passi credo ch' io scendesse, E fui di sotto, e vidi un che mirava Pur me, comeconoscer mi volesse.
ClivNT Mil lil
Ici, lecleur, aiguiso Ion ro<^.inl, ol lais-le pénétrer jus([n'à la vérité, car le voile a une trame si subtile, qu'il est certes fiicile de passer au travers.
Je vis ensuite celte généreuse armée regarder en silence vers le cie! ; elle demeurait comme dans raltenle, humble et pâle.
Et je vis sortir d'en haut, et descendre sur la terre, deux anges avec deux épées ilamboyantes, émoussées et privées de leurs pointes.
Vertes comme des feuilles qui viennent seulement de naître, él^iient leurs robes ([ui, ai; itées parles plumes ver. tes de leurs ailes, ilollaient derrière eux au gré du vent.
L'un vint se poser un peu au-dessus de nous, et l'autre descendit sur le bord opposé, de sorte que le peuple des âmes se trouva au milieu.
Je distinguais bien leur blonde tête; mais mon œil ne supportait pas l'éclat de leur face, comme toute faculté se trouble en présence d'un objet trop grand.
« Tous deux viennent du «liron de Marie, dit alors Sordello, commis à la garde de la vallée, à cause du serpent qui viendra tout à l'heure.»
Et moi qui ne savaispas par quel chemin il viendrait, je regardai autour de moi, et, tout glacé, je me serrai contre les épaules de mon fidèle guide.
Et Sordello reprenant : «Maintenant, dit-il, descendons près des ombres illustres, et nous parlerons avec elles. 11 leur sera très-doux de vous voir. »
Je crois que je descendis trois pas seulement, et je me trouvai au milieu des âmes, et j'en vis une qui ne regardait que moi, comme si elle avait voulu me connaître.
1^2 DKi, rnuiAioiuo.
17 Tempo era già clie 1' acr s' anncrava,
Ma non si, che Ira gli occhi suoi e' miei Non dichiarasse ciô che pria serra va.
18 Ver me si fece, ed io lui mi fei :
Giiidicc Nin gentil, qiianto mi piacque, Quando ti vidi non esser tra' rei !
19 Nullo bel salutar Ira noi si tacque:
Poi dimandô : Quant' è che lu venisti Appiè del monte per le Jontane acque?
20 Oh ! dissi lui, per enlro i luoghi tristi
Venni stamane, e sono in prima vita, Ancor che 1' altra si andando acquisti.
21 E come fu la mia risposta udita,
Sordello ed egli indietro si raccolse, Come gente di subilo smarrita.
22 L' uno aVirgilio, e 1' altro ad un si volse
Che sedea ]î, gridando : Su, Currado, Yieni a veder che Dio per grazia volse.
25 Poi volto a me: Per quelsingular grado, Che tu dèi a celui, che si nasconde Lo suo primo perché, che non gli è guado
24 Quando sarai di là dalle larghe onde,
Di a Giovanna mia, che per me chiami Là dove agi' innocenti si risponde.
25 Non credo che la sua madré piû m' ami,
Poscia che trasmutô le bianche bende.
Le quai convien che misera ancor brami.
26 Per lei assai di lieve si comprende,
CHANT Mil. 145
Celait déjà le moment où l'air s'obscurcissait, mais non point si fort qu'il n'éclairât entre les yeux du mort et les miens ce que d'abord il nous cachait.
Le mort vint à moi et j'allai à lui. Ni no, le noble juge, qu'il me fut doux de voir que tu n'étais point parmi les condamnés!
Nous n'oubliâmes rien de ce qui fait un courtois accueil; puis il demanda : «Depuis quand es-lu arrivé au pied de la montagne à travers les ondes lointaines?»
t(01i! lui dis-je, c'est parle triste séjour que je suis venu ce matin. Je vis de la première vie, bien que je gagne la seconde à ce voyage. »
Et aussitôt que fut entendue ma réponse, Sordello et lui se retirèrent en arrière, comme une troupe soudainement étonnée.
L'un se tourna vers Virgile et l'autre vers une ame assise au même endroit, et il criait: « Lève-toi, Conrad, et viens voir ce que Dieu par sa grâce a voulu faire. »
Puis se retournant vers moi : «Au nom de la reconnaissance que tu dois à celui qui cache si profondément sa première raison d'agir qu'il n'est point de gué pour y arriver.
(( Quand tu seras au delà des larges ondes, dis à Jeanne, ma fille, d'intercéder pour moi là où l'on répond aux innocents.
« Je ne crois pas que sa mère m'aime plus, puisqu'elle a quitté les bandeaux blancs que la malheureuse doit regretter un jour.
« Par son exemple, on voit trop facilement combien
lii DKL PURGATOHIO.
Ouanto in le m mina fuoco d' a m or dura, Se r occhio 0 il latlo spesso nol raccende
27 Non le farà si bel la scpoltura
La vipera clie il Melaneseaccampa, Corn' avria falto il gallo di Gallura.
28 Cosi dicea, segnalo délia sLampa
Nel suo aspeUo di quel drilto zelo, Clic misuralanienle in core avvanipa.
'20 Gli occhi miei ghiolti andavan pure al cielo, Pur là dove le slelle son piii larde, Si come ruola piu presse allô slelo.
30 E il Duca mio : Figliuol, che lassii guarde? Ed io a lui : A quelle Ire facelle, Di che il polo di qua tutto quanlo arde.
51 Ed egli a me : Le quattro chiare stelle Che vedevi staman, son di là basse, E queste son salite ov' cran quelle.
32 Com' ci parlava, e Sordello a se '1 trasse
Dicendo : Vedi là '1 nostro.avversaro ; Edrizzo 'Idito, perche in là gualasse.
33 Da quella parte, onde non ha riparo
La picciola vallea, era una biscia, Forse quai diede ad Eva il cibo amaro.
34 Tra r erba e i fior venia la mala slriscia,
Volgendo ad or ad or la testa, e il dosso Leccando come bestia che si liscia.
35 Io nol vidi, e perô dicer nol posso,
Come mossergli astor celestiali,
Ma vidi bene e 1' uno e 1' altro mosso.
36 Senlendo fender V aère aile verdi ali,
Cll.VNT VIII. Ii5
tlure (lîiiis uiio femme le feu d'amour si les yeux et les embrassemenls souvent ne le rallument.
« lia vipère, qui marque Técusson du Milanais, n'ornera pas si bien sa sépulture que n'aurait fait le coq de Gallura.»
Ainsi disnil-il, marqué au visage de l'empreinte de oetle juste jalousie qui brûle avec mesure dans le C(eur.
Mes yeux avides ne se tournaient plus que vers le ciel et vers l'endroit seulement où les étoiles sont plus lentes, comme une roue plus près de son essieu.
El mon guide : « Mon fils, dil-il, que regardes-tu làhaut ? » Et je lui répondis : a Je considère ces trois flanibeaux qui embrasent tout le pôle. )>
Et lui : c( Les quatre étoiles brillantes que tu voyais ce matin, reprit-il, :^ont maintenant couchées là-bas, et celles-ci sont montées à leur place. »
Comme il parlait, Sordello l'attira vers lui en disant : « Voilà notre ennemi, )j et il étendit le doigt pour que Virgile regardât de ce côté.
Du côté où la petite vallée n'a pas de rempart, on voyait un serpeni, tel peut-être que celui qui lit prendre à Eve le frqit amer.
Eutre l'herbe et les fleurs se glissait le reptile p(rvers, retournant de temps à autre la tète, et se léchant le dos comme une bète qui lisse son poil.
Je ne vis point, et pourtant je ne puis dire comment les deux célestes autours prirent leur vol ; mais je les vis bien volant tous deux.
Au bruit de l'air qui se fendait sous leurs ailes ver-
liO DEL PURGATORIO.
Fuggio 4 serpente, e gli Angeli (lier volta Siiso aile poste rivolaiido iguali .
57 L' ombra clie s' era al giudice raccolta,
Ouando cliiamo, per tutto quell' assaho Punlo non fu da meguardare sciolta.
58 Se la luccrna che ti mena in alto
Trovi nel tuo arbitrio tanta cera,
Quant' è mcstiero infmo al sommo smalto,
59 Comincio ella, se novella vera
Di Valdimagra; o di parte vicina Sai, dilla a me, che già grande là era.
40 Chiamato fui Currado Malaspina :
Non son 1' antico, ma di lui discesi : A' miei portai 1' amor che qui raffina.
41 0 ! dissi lui, per li vostri paesi
Giammai non fui ; ma dove si dimora Per tutta Europa, ch' ei non sien palesi?
42 La fama che la vostra casa onora,
Grida i signori, e grida la contrada, Si che ne sa chi non vi fu ancora.
43 Ed io vi giuro, s' io di sopra vada,
Che vostra gente onrata non si sfregia Del pregio délia borsa e délia spada.
44 Uso e natura si la privilégia,
Che, perché il capo reo Io monde torca, Sola va dritta, e il mal cammin dispregia.
45 Ed egli : Or va, chè il Sol non si ricorca
les, le serpent s'enFuit, et les anges retournèrent à leur poste, en s'élevant d'un vol égal.
L'ombre qui s'était rapprochée du juge quand il l'appela, no laissa pas un moment de me regarder tant que dura l'assaut.
«Ainsi puisse la lumière qui te mène en haut Irouwv dans ton libre arbitre assez de cire pour te conduire à la volonté d'azur!»
C'est en ces mois que l'ombre commença : «Si lu sais quel(|ue nouvelle véritable de Valdimagra ou de quelque endroit voisin, dis-la-moi, car je fus grand dans ce lieu.
uOn m'appela Conrad Malaspina. Je ne suis pas l'ancien de ce nom, mais j'en suis descendu. Je portai à ceux de mon sang l'amour qui se purifie ici. »
t Oh ! lui ré])ondis-je, jamais je ne visitai vos pays; mais où peut-on demeurer dans toute l'Europe que leur nom n'y soit connu ?
« La renommée qui honore votre maison publie les louanges des seigneurs, |)ublie celle de la contrée, tant que celui-là môme la connaît qui ne l'n pas visitée encore.
(( Et je vous jure, ainsi puis-^é-je arriver Lvhaut! que votre famille honorée ne perd ni la gloire de la richesse, ni celle de l'épée.
«La tradition et la nature l'ont douée d'une manière si privilégiée, qu'en vain le monde détourne sa tête coupable ; elle seule marche droit et méprise le mauvais chemin. »
Et lui : « Va maintenant; car le soleil ne se couchera
Sette voile nel lellocheil Montonc
Con tutti e quattro i piè copre ed inforcn,
40 Chc cotesta cortese opinione
Ti fia chiavata in mezzo délia testa
Con maggior chiovi chc d' altrui sermonc
47 Se corso di giudicio non s' arresta.
CHANT Vin. 140
pas sept fois dans le lit que le bélier couvre et enfourche de ses quatre pieds,
a Avant que cette opinion courtoise te soit clouée dans la tète avec des plus grands clous que le discours d 'autrui,
<( Si le cours des jugements célestes ne s'arrête point. »
COMMENTAIRE DU CHANT \TIt
Ce chant est un de ceux où Dante a répandu le plus de ces beautés mélancoliques si bien failcs pour la peinture du Purgatoire. L heure du soir et les pensiVs nuVllo réveille. La prière des âmes. Les anges. L'entretien du juge de Gallaur, ce pauvre mort oublié par sa veuve.
Terc. 18. — Nino juge de Gallura, pendant (juc la Sardaigne était sous le joug desPisans. Beatrix d'Esté, veuve de Nino, épousa Galeazzo Visconti, chassé de Milan parla l'amille délia Toirc.
6, 7, 54, 55. - V Allégorie. — Dante rappelle le ÏX^ ch. de V Enfer. 0 voi ch'avete gl'inîelletti sani. Explication de Pietro di Dante. — En disant que ces esprits silencieux, humbles et pâles regardent vers le ciel, il veut dire que le devoir des hommes vertueux est de prier, selon cette parole de saint Jean Damascène : que Ja prière est l'ascension de l'esprit vers Dieu. L'heure du soii", cest celle où l'Église fait sonner trois fois en commémoration delà Vierge, reine des anges, afin qu'elle envoie un ange à noire secoin's contre le serpeiit, c'est-à-dire contre la tentation. — Deux anges avec deux épées. La première est ce premier effet de la prière qui l'ait éviter la tentation. Saint Augustin : Oratio oranti prsesidium^ adversario incendium. Voilà pourquoi l'épée est flamboyante. La seconde est le deuxième effet de la prière, d'embraser l'Espérance et la Charité. La vallée, symbole de la vallée des larmes : Super muros hios., Jérusalem, constitui custodes. (Isaïe.) L'ange garde l'Éden avec l'épée de feu; les épées sont émoussées parce qu'il lenr est donné de mettre en fuite, mais non de tuer le serpent. La couleur verte siiinifie l'espérance. Les deux anges viennent du giron de Marie, parce que tout secours vient du Chiist. Les anges se tiennent aux deux extrémités, parce que les extrémités sont périlleuses et que toute vertu est placée entre deux excès. Le serpent rampe comme la tentation se glisse dans le cœur.
COMMriSTAIME DU CIIAM' VIll. 15i
(^OMPARAiso.N Avtc MiLTON, Pamdis perdu, cliantlV. — « Ia unit avaiî mesuré de son cours ténébreux la moitié de sa route sous la voùle sublnnaire, quand les cliériibins, sort;int à l'iieurc accoutumée de leur porte d'ivoire, se rangèrent armé^ en parade guerrière poui' la veille nocturne, lorsque Gabi irl, s'adressant à ceux i[u\ l'approibaienl le plus en pouvoii-, leur parla ainsi :
« - Iturielet Sapher, cliereliez rapidement à travers le jardin, ne laissez pas un lieu qui ne soit visité; mais surtout celui où les deux belles créatures babilent, où elles dorment peut-être sans crainte et sans alarme. Ce soir, du lieu où le soleil se couche est venu un messager qui assure avoir vu un esprit infernal échappé des portes de la mort, engagé dans un voyage mauvais sans doute. Si vous le trouvez, assurez-vous de lui et me l'amenez. »
i* En disant ainsi il passa en revue leurs files resplendissantes aux clartés de la lune. Les deux autres S(* portèrent à la lecln rche de relui qu'ils poursuivaient, ils le Irouvèient rampant comme un replile à Toreille même d'Eve. )»
Chant l\. — «Le serpent dirige sa course ^ers Eve, non pas sur le sol en rampant connue il la f\ut depuis, mais posé sur sa croupe d'oli s'élèvent plusienrs cercles, amoncelant contours sur contours, plis surplis; labyrinthe mouvant, il se diesse comme une tour. Sa tète haute se couronne d'une crête superbe, ses yeux étincellent comme l'escarbouele, et son cou, resplendissant d'un or aux verts reflets, se dresse au centre des amicaux de son corps, dont une partie s'élève en spirale pendant que l'autre en flottant rebondit sur l'heibe. Jamais seipent ne fut plus beau; ni le serpent d'Illyric, où s'enveloppèrent Ih-rmonie et Ciidnius, ni celui qui prêta sa figure au dieu d'Epicure, ni les serpents ipii recélèicnt Jnpitei' Animon et le Jupitei' du Capitole. »
Terc. 40. — Conrad, l'ancien seigneur de Lunigiane, au commencement du treizième siècle. Conrad H son petit-fils.
En ioOG, on a un acte auMienti(|ue par h quel ie seigneur Fraureschino Malaspina charge Dante de faire la paix entre lui, Moroello «t Conradin, marquis Malaspina d'une paît, et D. Antoine, évêquc de Luni, d'autre part. Acte de cette paix, 6 octobre. — Boccace rapporte que Dante était chez Moroello, lors(ju'en 1507 on lui envoie réb.udic des sept premiers chants de son poëmc. 11 y avait un autre
\yi LE riRGATOIHE.
Morocllo Miilaspiiia ;mqnel Dante fait allusion, ïnf. \X1V, duns la prédiction de Vaiiiii Fucci. C'est probablement an premier qnc fnl dédié le ViivQatoire.
Je remonte dans celte clinire pour continuer l'explication de la Divine Comédie, et à la suite de Dante, je me vois entouré de votre nombreux et fraternel concours. J'admire, messieurs, comment cet ancien, cet étranger, cet homme nourri de j)ensées si différentes des nôtres, vous retient cependant à la lecture de ses vers ; quand nous sommes si loin de ces années paisibles qui avaient des loisif^s pour toutes leslittératures, quand le moment présent a pour vous tant de grands spectacles, tant de menaces, tant, d'espoir. C'est qu'en effet lé poëte italien est aussi celui de toute la chrétienté, et qu'il a mis la main, non sur les antiquités de son pays seulement, mais sur tout ce moyen âge où nous avons nos pères, auquel nous tenons malgré nous, auquel reviennent, après les dédains du dix-huitième siècle, les études du dix -neuvième. C'est que ce poëte de Télernilé est aussi celui de tous les temps, mais surtout des temps orageux. Ce génie sorti des tempêies politiques est fait pour la consolation et pour l'enseignement des hommes qui vivent dans des jours comme les siens. Pour leur consolation, puisqu'il fait voir qu'il n'y a pas dans l'histoire de saison si mauvaise où ne puisse fleurir cette plante si vivace de la poésie; pour leur enseignem.ent, puisqu'il n'y a guère de question qui n'ait
sollicité ce grand esprit, de passion qni n'ait troublé son repos, et qu'il est capable de vous instruire à la fois par ses jugements et par ses erreurs.
Les grandes questions qui tourmentent l'humanité changent moins qu'on ne |)ense. Non que je croie an cercle éternel do Vico; il faut croire au progrès, mais en même temps à fa permanence de tous les besoins, de tous les inslincts, de toules les tentations de la nature humaine. Pénétrez au treizième siècle : tous les problèmes sont posés. On agite dans les écoles quelle est la meilleuie forme de gouvernement, et les esprits se [)arUigent entre la démocratie et la royauté tempérée par des formes démocratiques, — le droit d'insurrection. — la propi'iété. — Dante est poursuivi de ces problèmes. 11 nous donne cette leçon première d'en chercher la solution, non dans les faits, mais dans les doctrines, dans la métaphysique. Sa polilifjue est spirituajiste. 11 remue loul(î l'hisloire, riiumanité entière passe devant lui, il s'éclaire des lumièresdc^ toute l'antiquité, il ne rompt point avec le passé, il marche sous la conduite de Virgile. Sa [)oliti'|ue est traditionnelle. Enfin, sa politique est celle de la libert(% le pouvoir serviteur de tous; de l'égalité, protestation contre l'hérédité des chariîes; de la fraternité, cet admirable sixième cbanldu l^urgatoire et l'invective conti'e ces haines, qui devaient faire alors, qui font encore, et qui feront toujoursla désunion de l'Italie et le péril des Pétais libres. 11 ne veut point de cette liberté qui serait l'oppression d'autrui, de cette égalité qui serait l'abaissement d'autrui, de cette fraternité qui serait la spoliation d'autrui. Il mit Fra
154 I,K rUIlGATOlRE.
Dolcino en enfer. Sa politique est celle de la démocratie chrétienne.
L'annéo dernière j'ouvrais ce cours de littérature italienne sous de meilleurs auspices. Je revenais d'Italie. .T'a vais vu sons le balcon du QuirinalRome entière, la réconciliation de l'Église et de la société moderne : j'avais assisté n ces premières joies de la renaissance ; ces peuples allant à la liberté par des chemins semés de fleurs; les hommes sages, commençant celte éducation politique et militaire qui au bout de plusieurs années devait mettre l'Italie en possession d'elle-même.
Aujourd'hui, la causedelindcpendanceest écrasée en Lombardie par les gros bataillons ; la cause de la liberté déshonorée à Rome par l'ingratitude et par l'assassinat; le peuple se détache d'une faction (|ui veut lui infliger la responsabilité de ses crimes. L'exil de Gaëte, l'ostracisme, et tout ce qui rappelle les vieilles injustices de ces patries ingrates où les grands citoyens n'ont pas eu leur tombeau, depuis Scipion jusqu'à Grégoire Vil et Dante,
Quem genuit parvi Florentia mater amoris.
Une seule consolation nous reste, messieurs. Venise si courageuse devant l'ennemi, si calme dans l'usage de ses libertés, la seule qui ait protesté contre la grande iniquité romaine, et qui ait offert au nouvel Alexandre III un asile dans ses lagunes, Venise a donné la sépulture à Dante dans Ravenne; elle lui a élevé un monument dans l'édition de Zatta, elle lui a donné un commentateur, Tommaseo, qui est venu tendre la main pour elle. Inau-
gurons par une bonne action ce cours et cette année. Une souscription est ouverte en Italie et dans toute l'Eu rope pour la ville de Venise. Cette héroïque cité a recueilli tout ce qui reste des espérances de la liberté italienne; elle ne lui a marchandé ni l'or ni le sang de ses enfants. Longtemps l'injustice d'une presse rivale a laissé ignorei' les sacrifices dos Vénitiens : aujourd'hui le monde les connaît. Mais il fautqu'il connaisse en même temps l'épuisement de leurs ressources, qui ne peuvent plus suffire aux besoins d'une guerre si longue et si inégale; Farmistice même, en prolongeant le blocus des lagunes et en achevant la mine du commerre, réduit ce peuple à la détresse. La ville de Saint-Marc tend maintenant la main aux nations. Beaucoup lui donneront, à cause des vieilles gloires, et beaucoup à cause de l'intérêt moderne qu'elle représente. Nous nous souviendrons aussi de sa grandeur chrétienne, des moris héroïques qu'elle a laissés sur toutes les plages de l'Archipel pour sauver l'Europe de l'Âlcoran. Les besoins de la France sont immenses, mais elle n'est pas plus pauvre que la veuve de l'Evangile: elle ne refusera pas son obole à qui la lui demande au nom de Dieu et de la fidteinité '.
* Cet appel, prononcé à la reprise du cours du mois de janvier 1849 et reproduit par VÈre nouvelle, fut à peu près le seul qui s'éleva alors en faveur de Venise assiégée M. Manin, président de la république de Venise, remercia publiquement M. Ozanani dans la Gazelle officielle au nom de cette cité héroïque et abandonnée.
i La concubina di Titone antico
Già s' imbiancava al balzo d' oriente, Fuor délie braccia del suo dolce amico :
2 Di gemme la sua fronte era lucenle,
Poste in figura del freddo animale, Che con la coda percuote la gente :
3 E la notle de' passi, con che sale,
Fatti avea duo nel loco ov' eravamo, E il terzo già chinava in giuso 1' aie ;
4 Quand' io che meco avea di quel d' Adamo,
Vinto dal sonno, in su 1' herba inchinai Là 've già tutti e cinque sedevamo.
5 Neir orache comincia i tristi lai
La rondinella presso alla mattina, Forse a memoria de' suoi primi guai,
6 E che la mente nostra pellegrina
-Più dalla carne, e men da' pensier presa Aile sue vision quasi è divina ;
La concubine de l'antique Titon, sortant des bras de son doux ami, se montrait déjà blanche au bord de l'Orient.
Son front portait, comme autant de pierreries, les étoiles du froid animal qui frappe avec sa queue.
Et la nuit, au lieu où nous étions, n'avait achevé que doux des pas dont die marche, et le troisième iaisait déjà pencbcr ses ailes.
Quand moi, qui n'étais pas dépouillé de ce qui nous vient d'Adanr, vaincu par le sommeil, je m'étendis sur l'herbe, où déjà tous les cinq nous étions assis ;
A l'heure voisine du matin, où l'hirondelle commence ses tristes chansons, peut-être en souvenir de ses premières douleurs;
Quand notre esprit plus exilé de la chair et moins assiégé de pensées porte un regard prophétique dans ses visions:
158 I)i:i> PURGATORIO.
1 In sogno mi paroa vcder sospesa
Un' aquila nel ciel con penne d' oro, Con r aie aperle, ed a calare intesa :
8 Ed esser mi parea là dove foro
AbbandonaLi i suoi da Ganimede, Ouando fu raito al sommo concis toro.
9 Fra me pensava: forsequesta fiede
Pur qui per uso, e forse d' altro loco Disdegna di porlarne suso in piede.
10 Poi mi parea che, più rotata un poco,
Terribil corne folgor discendesse, E me rapisse suso infinoal foco.
11 Ivi pareva ch' ella ed io ardesse,
E si l 'incendio immaginato cosse, Che convenne che il sonno si rompesse.
12 Non altrimente Achille si riscosse,
Gli occhi svegliati rivolgendo in giro, E non sapendo là dove si fosse^ 15 Quando la madré da Chirone a Schiro
Trafugô lui dormendo in le sue braccia, Là onde poi gli Greci il diparliro ;
14 Che mi scoss' io, si come dalla faccia
Mi fuggi '1 sonno, e diventai smorto, Come fa 1' uom che spaventato agghiaccia.
15 Da lato m' era solo il mio Conforto,
E il Sole er' alto già più di due ore, E il \iso m' era alla marina torto.
16 Non aver tema, disse il mio Signore :
Il me sembla voir en songe, suspendu dans le ciel, un ai«j;le au plumage d'or, les ailes ouvertes et menaçant de fondre sur moi.
Et je croyais être au lieu où Ganymède abandonna les siens quand il fut emporté au conseil des dieux.
Je pensais en moi-même : «Peut-être cet aigle a-t-il coutume de ne chasser qu'en ce lieu, et peut-être dédaigne-t-)l de chercher ailleurs la proie qu'il enlève dans ses serres. »
Puis il me sembla qu'ayiml encore un peu tournoyé, l'oiseau descendait terrible comme la foudre, et m'enlevait jusqu'à la sphère du feu.
Là je croyais brûler avec lui, et lembrassement rêvé devint si douloureux, qu'il l'allul que mon sommeil se rompit.
Ainsi tressaillit Vchille, promenant autour de lui ses yeux qui venaient de s'ouvrir, et ne sachant où il était,
(Juand sa mèr(' l'enlevait à Chiron, et, endormi dans ses bras, alla le cacher à Scyros, d'où plus tard l'arrachèrent les Grées.
Ainsi je tressaillis moi-même quand le sommeil quitta mon visage, et je devins pâle comme l'homme que l'épouvante a glacé.
Mon consolateur était seul à mes côtés, et le soleil était déjà monté de plus de deux heures, et j'avnis la face tournée vers la plage.
« Ne crains pas, dit mon maître, rassure-loi, puisque
160 DKl; PUnOATORIO.
Falti sieur, chè noi siamo a buoii punto : Non stringcr ma rallarga ogni vigore.
17 Tu se' ornai al Purgatorio giunto :
Vcdi là '1 balzo che il cliiuJc d' inlorno; Vcdi r entrata là 've par disgiunto.
18 Dianzi, noll' alba che précède al giorno,
Quando 1' anima tua dentro dormia Sopra li fiori, onde laggiù è adorno,
19 Venne una donna, e disse : F son Lucia ;
Lasciatemi pigliar costui che dorme, Si r agevolerô per la sua via.
20 Sordel rimasse, e 1' altre gentil forme :
Ella ti toise, e come il di' fu chiaro, Sen venne suso, cd io per le sue orme.
21 Qui ti poso : e pria mi dimostraro
Gli occhi suoi belii quell' entrata aperta ; Poi ella e il sonno ad una se n' andaro.
22 A guisa d' uom che in dubbio si raccerta,
E che muti in conforto sua paura, Poi che la verità gli è discoverla,
23 Mi cambia' io : e come senza cura
Videmi il Duca mio, su per Io balzo Si mosse, ed io di rétro in ver 1' alturci. 2i Letlor, tu vedi ben com' io innalzo - La mia materia, e perô con più arle Non ti maravigliar s' io la rincalzo.
25 Noi ci appressammo, ed eravamo in parte,
Che là, dove pareami in prima un rotto, Pur com' un fesso che muro diparte,
26 Vidi una porta, e Ire gradi di sotto,
nous sommes à bon port; il est temps non de resserrer, mais de dilater ton cœur et toutes ses forces
« Te voilà désormais arrivé au purgatoire. Vois l'enceinte qui l'enferme; vois l'entrée au lieu où le mur semble s'entr'ouvrir.
c( Tout à l'heure et durant l'aube qui précède le jour, quand ton àme sommeillait en toi là-bas sur ks fleurs dont ce lieu est émail lé,
«Une femme est venue; elle a dit: «Je suis Lucie, laissez-moi prendre celui-ci qui dort. Ainsi je lui faciliterai la roule. >>
a Sordello est resté et avec lui les autres âmes généreuses. Mais elle t'a pris, et, quand le jour fut clair, elle s'en est venue, montant jusqu'ici, et j'ai suivi ses traces.
« C'est ici qu'elle t'a posé, et d'abord ses beaux yeux m'ont montré cette porte ouverte. Fuis Lucie et le soleil s'en sont allés ensemble. »
Comme un homme dans le doute (jui se rassure, et <pii change sa crainte en confiance lorsque la vérité lui est découverte,
Ainsi je changeai, et, dès que mon guide me vit sans inquiétude, il se mit en route sur le bord escarpé, et je le suivis vers la montagne.
Lecteur, lu vois bien comme je relève mon sujet, et ne t'étonne point si je le rehausse de plus d'art.
Nous approchâmes, et déjà nous étions dans un lieu d'oi^ijepus voira l'endroit de l'ouverture, qui ne m'avait d'abord paru qu'une fente dans la muraille.
Une porte, et au-dessous pour y monter trois marches
162 DEL PURGÂTORIO.
Per girc ad essa, di colordiversi,
Ed un portier clie ancor non facea motlo.
27 E comc r occliio più c più v' apersi, Yidil sodcr so[)ra '1 grado soprano, Tal nclla faccia, cir io non lo soffersi :
2s Ed una spada nuda aveva in mano Che riflctteva i raggi si ver noi, Ch' io dirizzava spesso il viso invano.