‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 5)Chapitre 25 sur 33 · Non son rimase acerbe ne mature · texte numérisé non relu

Non son rimase acerbe ne mature

Le membra mie di là, ma son qui meco Col sangue suo e con le sue giunture.

2> Quinci su vo per non esser più cieco :

Donna è di sopra che n' acquista grazia. Perché '1 mortal pel vostro mon do reco.

21 xMa se la vostra maggior voglia sazia

Tosto divegna, si che '1 ciel v' alberghi Ch' è pien d' amore e più ampio si spazia,

22 Ditemi, acciocchè ancor carte ne verghi,

Ghi siete Yoi, e chi è quella turba Che si ne va di rétro a' vostri terghi?

25 Non altrimenti sLupido si turba

Lo montanaro, e rimirando ammuta, Quando rozzo e salvatico s' inurba,

2i Che ciascun' ombra fece in sua paruta ; Ma poichè furon di stupore scarche, Lo quai negli aiti cuor tosto s' attuta,

25 Beato te, che délie nostre marche,

Ricominciô colei che pria ne chiese, Per viver meglio esperienza imbarche !

26 La gente, che non vien con noi, offese

Di ciô, per che già César, trionfando, Regina contra se chiamar s' intese;

Et alors se rapprochèrent de moi comme auparavant, les mêmes ombres qui m'avaient prié, elles semblaient attentives à ma parole.

Moi qui deux fois avait vu leur désir, je commençai : « 0 âmes assurées d'obtenir quelque jour une paix durable.

« Je n'ai point laissé sur la terre mes membres encore verts ni déjà mûrs; mais ils m'accompagnent ici avec leurs articulations.

« Je vais là-baut pour n'être plus aveugle. Une dame est au ciel qui m'en obtient la grâce; c'est pourquoi je porte dans votre monde ce que j'ai de mortel.

c( Mais (ainsi puisse bientôt se rassasier votre suprême désir, et vous accueillir le ciel qui est plein d'amour et qui lient le plus de place dans l'espace !)

c( Dites-moi afin que j'en charge les feuilles de mon livre : qui êtes-vous et qui est cette troupe qui derrière vous s'en va? »

Tel le montagnard stupéfait se trouble et j)romène ses regards en silence, quand rustique et sauvage il visite la ville,

Telle chaque ombre changea de visage. Mais lors- <ju'elles curent secoué la stupeur, qui dans les cœurs haut placés se calme bientôt :

u Heureux, reprit celle qui nous avait interrogés d'abord, heureux es-tu puisque pour mieux vivre tu viens te charger d'expérience sur nos bords.

« La troupe qui ne vient pas avec nous a commis le péché pour lequel César triomphant s'entendait appeler reine.

DEL PUllGATORlO.

27 Pcro si parton Soddoma gridando,

Rimproverando a se, com' hai udilo, E aiulan V arsura vergognando.

28 Noslro pcccato fu ermafrodito;

Ma perché non servammo umana legge, Seguendo corne bestie V appetito, 2'j In obbrobrio di noi per noi si legge, Quando partiamci, il nome di colei Che s' imbestiô nell' imbestiate schegge.

50 Or sai nostri alti, e di che fummo rei :

Se forse a nome vuoi saper chi semo, Tempo non è da dire, e non saprei

51 Farotti ben di me volere scemo ;

Son Guido Guinicelli, e già mi purgo Per ben dolermi prima ch' allô stremo.

52 Quali nella trislizia di Licurgo

Si fer duo figli a riveder la madré, Tal mi fec' io, ma non a tanto insurgo, 55 Quando i' udi' nomar se stesso il padre

Mio e degli altri miei miglior, che mai Rime d' amore usar dolci e leggiadre :

54 E senza udire e dir pensoso andai

Lunga fîaia rimirando lui,

Ne per lo fuoco in là più m' appressai.

55 Poichè di riguardar pasciuto fui,

Tutto m' offersi pronto al suo scrvigio^ Con r affermar che fa credere allrui.

56 Ed egli a me : Tu lasci tal vestigio.

CHANT XWl. ,,

c< Ces ames s'en vont donc ainsi en criant Sodome, s'accablant de reproches, comme tu Tas entendu ; et elles ajoutent la honte à l'ardeur de la flamme.

« Notre péché fut hermaphrodite ; mais comme nous n'avons pas observé la loi humaine en suivant notre appétit comme font les brutes,

« Pour notre opprobre nous répétons en nous séparant, le nom de celle qui se fit véritablement bète, sous l'enveloppe d'une bête.

c( Maintenant tu sais nos actes et de quoi nous fûmes coupables. Si par hasard tu veux savoir par notre nom qui nous sommes, ce n'est pas l'heure de le dire, et je ne le saurais pas.

(c En ce qui me touche, pourtant, je satisferai ton désir, je suis Guido Guinicelli, et déjà je me purifie pour m'être bien repenti avant mon dernier jour.»

Tels au moment de la fureur de Lycurgue s'émurent ces deux fils en revoyant leur mère ; tel je m'émus, mais sans m'élancer comme eux,

Quand j'entendis se nommer lui-même mon père et celui des autres meilleurs que moi qui manièrent jamais les rimes d'amour douces et gracieuses.

Et sans entendre et sans parler, je marchai longtemps pensif en le considérant; mais à cause du feu je n'approchai pas davantage.

Après que je me fus rassasié de le regarder, je m'offris tout entier à le senir avec ces assurances qui forcent la foi d'autrui.

Et il me dit : « Ce que j'entends de toi laisse en moi

Per quel ch' i* odo, in me, e tanlo chiaro, Che Leto nol puô torre ne far bigio.

57 Ma, se le lue parole or ver giuraro,

Dinimi che è cngion perché dimostri Nel dire e nel guardar d' avermi caro?

58 Ed io a lui : Li dolci delli vostri

Che, quanto durera 1' uso moderno, Faranno cari ancora i loro inchiostri.

9 0 fraie, disse, quesli ch' io li scerno Col dilo (e additô un spirlo innanzi) Fu miglior fabbro del parlar malerno.

40 Yersi d' amore e prose di romanzi

Soverchiô tuUi, e lascia dir gli slolti Che quel di Lemosi credon ch' avanzi.

41 A voce più ch' al ver drizzan li volli,

E cosi ferman sua opinione

Prima ch' arte o ragion per lor s' ascolti.

42 Cosi fer molli antichi di Guitlone,

Di grido in grido pur lui dando pregio, Fin che V ha vinlo il ver con più persone.

45 Or, se tu hai si ampio privilégie,

Che licilo ti sia 1' andare al chioslro, . Nel quale è Cristo abate del collegio,

44 Fagli per me un dir di paternoslro,

Quanlo bisogna a noi di queslo mondo, Ove poter peccar non è più noslro.

45 Poi, forse per dar luogo altrui secondo,

Che presse avea, disparveper Io fuoco, Come per ï acqua il pesce andando al fonde,

CHANT XXM. 433

une telle trace et si claire, que le Léthé ne saurait ni l'effiicer ni Tobscurcir.

(c Mais si tout à l'heure tes paroles ni'onl juré la vérité, dis-moi quelle est la raison pour laquelle ton langage et les regards me montrent tant d'amour. »

Et moi je lui répondis : « Ce sont vos doux vers; et tant que durera le langage moderne ils rendront clière l'encre dont ils furent tracés. »

« 0 mon frère, dit-il, celui que je le marque du doigt (et il m'indiqua un esprit qui était devant lui), fut un meilleur ouvrier dans sa langue maternelle.

« Chants d'amour et récits de romans, il les surpassa tous et laisse dire les sots qui croient le poëte de Limoges au-dessus de lui.

« Ils tournent leurs yeux du côté du l)ruil, plutôt qua du côté du vrai, et c'est ainsi qu'ils fixent leur opinion avant d'écouter l'art et la raison.

a C'est ainsi que firent beaucoup d'anciens pour Guittone. La louange passant de cri en cri ne glorifiait que lui seul, jusqu'au moment où la vérité l'a vaincu par plusieurs bouches.

«Maintenant, puisque tu jouis d'un si grand privilège qu'il t'est permis d'aller au cloître où le Christ est l'abbé du couvent.

(( Dis-lui pour moi du Paler noster autant qu'il nous en faut dans ce monde, où nous n'avons plus le pouvoir de pécher. »

Puis, peut-être pour laisser place à un autre' qu'il avait près de lui, il disparut dans le feu, comme disparaît dans l'eau le poisson qui va au fond.

m lo mi feci al moslrato innanzi un poco, E dissi ch' al suo nome il mio désire Appareccliiava grazioso loco.

47 Ei comincio liberamenle a dire :

Tan m' abelliis vostre cortes deman,

Qii ieu no m puesc ni m voill a vos cohrire.

48 Jeu mi Arnautz, que plor e vai chantan :

Consiros vei la passada folor^

E veijauzen lojoi qiC esper denan.

49 Ara us prec per aquella valoi\

Que us guia al som sens freich e sens câlina^ Sovenha us atemprar ma dolor.

50 Foi s' ascose nel fuoco che gli affina.

Je m'avançai un peu vers celui qu'on m'avait montré, et je lui dis que mon désir préparait à son nom une place choisie.

Et lui commença gracieusement à dire :

« Tant me plaît votre courtoise demande, (|ue je ne puis ni neveux me cacher à vous. Je suis Arnaud qui pleure et vais chantant; je vois avec chagrin ma folie passée. iMais je vois joyeux devant moi la joie que j'espère. Or, je vous prie par cette vertu qui vous guide au sommet de l'escalier, souvenez-vous en temps utile de ma douleur. »

Puis il se cacha dans le feu qui les purifie.

La poésie n'est pas faite, comme on l'a souvent cru, pour le plaisir d'un petit nombre d'hommes privilégiés, pas même pour le plaisir des peuples. Pensez-vous que la Providence eût suscité tant de beaux génies pendant une longue suite de siècles sans autre dessein que d'amuser le genre humain? Sans doute Dieu, comme tous les bons gouvernements, prend soin des plaisirs publics, mais c'est pour en faire des moyens d'éducation. Il en est ainsi des fêtes religieuses et civiles, ce sont des joies, mais aussi des enseignements. La poésie est une fête éternelle, c'est le moyen d'éducation le plus puissant, l'enseignement le plus durable qui soit donné aux hommes. La prose se dissout et s'oublie ; le vers se soutient par sa forme mesurée et se conserve; il se propage par une harmonie qui saisit l'oreille des ignorants; il résume sous des traits vivants tout ce qui fit l'occupation d'une époque. C'est par leurs poèmes que les sociétés se survivent. Pendant qu'il nous reste à peine la dixième partie de Cicéron et la moitié de Tacite, quand tous les exemplaires de la Jérusalem auraient péri, il suffirait de réunir quelques moines et quelques mariniers italiens pour la retrouver.

Ce chant est encore un de ceux où Dante se donne la joie de retrouver des poëtcs, de s'entretenir avec ses maîtres et ses rivaux. Il a clioisi le Purgatoire, ce lieu non de désespoir, mais d'expiation, pour y réunir ces âmes passionnées, mais naïves, qui péchèrent beaucoup, mais qui ne s'endurcirent pas; il y rencontre les écrivains des trois langues poétiques de son temps : Stace, le poêle latin, Sordello et Arnaud Daniel, tous deux provençaux, et deux Italiens, Buonagiunta de Lucques, et Guido Guinicelli de Bologne. 11 saisit l'occasion de juger les plus illustres et de réformer les jugements de la foule; il ébauche ainsi cet art poétique qu'il entreprit de fixer plus tard dans son traité de Vulgari Elofjuio.

Tcic. 51. — Guido Guinicelli, d'une famille noble de Bologne, exilée pour ses opinions gibelines. Sage, éloquent, mais voluptueux. II compose eu langue vulgaire; mais il introduit un principe nouveau, l'amour plaloniipie. « L'amour s'abat toujours sur un cœur noble, comme l'oiseau sur un rameau vert. Et la nature n'a pas fait l'amour avant le noble cœur, ni le noble cœur avant l'amour. Car, aussitôt ([ue le soleil fut, sou rayon fut aussi... » Voilà pourquoi Danle le nomme son père.

32. — Lycurgue, roi de Némée, allait faire mourir son esclave Ilypsipylo, à la négligence de laquelle il imputait la mort de son lils Oplieltcs, tué par la piqûre d'un serpent. Au moment où elle allait être conduite au supplice, ses fils, Thoiis et Euménius, la reconnurent et la délivrèrent. G. A. H.

40. — Prose de romanzi. Non point les romans en prose, mais les récits romanesques écrits en strophes monorimes. Prosa dési-

gnall les clianis d'c'glise monorimos et à leur exemple encore aujourd'hui les réciLs dont les paysans provençaux charment leurs veillées. Versus signifiait les couplets à rimes comhiiices, les chanis vraiment lyriques. V. Fauriel, art. Lancelot du Lac, Histoire littéraire de France, t. XX 11.

La poésie latine on Italie ne s'interrompt jamais.

Hoc faciunt urhi, IIoc qiioque rurc viri.

Henri de Settimelo. — Alberto Mussato, auteur de deux tragédies, dix-huit épîtrcs, dix églogues, élégies, etc. — Hésitations de Dante entre le latin et la langue vulgaire. Erreur de Pétraïque, qui préférait ses poésies latines; et cependant la couronne qui n'est pas flétrie est celle dont il a ceint la jeune tête de Laure.

40. — Arnaud Daniel et Giraud de^Borneil. — Juste célébrité de Giraud de Borneil, d'Excideuil en Limousin. Ses poésies sont considérées par Fauriel comme le plus parfait modèle de la poésie provençale, qui elle-même est la fleur du moyen âge.

Arnaud Daniel, troubadour du douzième siècle. Il reste peu de ses compositions lyriques. Sécheresse, artifices de rimes et de versification, il n'a pas d'autre but que d'éloniier l'oreille. Son roman : Lancelot du Lac. Témoignage du Tasse et de quelques troubadours en su faveur. Ulrich de Zazichoven trouve ce poëme dans les mains de Hugues de Morville, otage de Richard, et le traduit en allemand rien que pour l'amour de sa dame.

Arnaud Daniel, devenu vieux et pauvre, envoie une chanson très-belle aux rois de France, d'Angleterre et de tout l'Occident. Il en reçoit beaucoup d'argent, et, concluant que Dieu ne l'a pas abandonné, il entre au cloître et y fait une bonne fin. Pétrarque imite les rhythmes d'Arnaud.

Ce que l'Italie reçut de la Provence. — La Méditerranée est un port qui unit toutes les nations établies sur ses rivages. Les communications de l'Italie, de la France et de l'Espagne amènent le commerce des langues. — Les troubadours provençaux vont en Italie et dans les cours d'Esté, de Lunigiane, de Vérone et de Montferrat on voit Bernard de Yentadour, Raimbaud de Vaquieras, Cadenet, Pierre Vital.

— Les Ilalleiis composent en provençal. On en comple vin"^t-cinfr. Sorclello. Dante lui-même. CanzoneT.

Alii f'aux ris per (pie Irai liavos .

Ocuîos ineos el «piiil tihi feci

Che l'alto ni' liai cosi spiolata fraude !

CANTO XXVll

1 Siccome quando i primi raggi vibra

Là dove il suo Falfcore il sangue sparse^ Cadendo Ibero solto V alta Libra,

2 ET onde in Gange da nona riarse,

Si slava il Sole; onde '1 giorno sen giva, Quando V Angel di Dio lieto ci apparse. 5 Fuor délia fiamma stava in su la riva, E cantava Beati mundo corde.

In voce assai più che la noslra viva.

4 Poscia : Più non si va, se pria non morde,

Anime sanle, il fuoco; entralein esso, Ed al cantar di là non siate sorde.

5 Si disse, corne noi gli fummo presso;

Percb' io divenni tal, quando lo 'ntesi, Quai è celui cliè nella fossa è messo. (i în su le man commesse mi prolesi,

Guardando il fuoco, e immaginando forte Umani corpi già veduli accesi.

Le soleil était au point d'où il darde ses premiers rayons aux lieux qu'arrosa le sang de son Créateur, l'Èhre coulait sous le signe de la Balance arrivé au zénith,

Et les eaux du Gange se réchauffaient aux feux du midi. Le jour s'en allait donc, quand l'ange du Seigneur nous apparut joyeux.

Hors de la flamme il se tenait sur la rive et chantait Beati mwido corde ^ mais d'une voix hien plus puissante que la nôtre.

Puis : « Ames saintes, dit-il, on ne va pas plus loin sans passer par la morsure du feu ; entrez et ne soyezpoint sourdes aux chants de l'autre hord. »

Ainsi parla-t-il quand nous fûmes près de lui, et quand je l'entendis je devins pareil à l'homme qu'on met dans la fosse.

Mes mains se joignirent et tout mon corps appuyé sur elles se tordit, tandis que je considérais le feu, en me représentant avec force les corps humains que j'avais vushrûler.

442 DI:L PllRGATOmO.

7 Volscrsi verso me le buone scorie;

E Virgilio mi clisse : Figliuol mio,

Qui piiole esser tormenlo, ma non morte.

8 Ricordali, ricordati... e, se io

Sovr' esso Gerion ti guidai salvo, Che faro or clie son più presso a Dio?

9 Credi per certo ebe, se dentro ail' alvo

Di questa fîamma stessi ben mill' anni, Non ti polrcbbe fard' un capel calvo.

10 E se tu credi forse ch' io t' inganni,

Fatti ver lei, e fatli far credenza

Con le tue mani al lembo de' tuoi panni.

11 Pon giù omai, pon giù ogni temenza;

Volgiti in qua, e vieni oltre sicuro.

Ed io pur fermo, e contra coscienza.

12 Quando mi vide star pur fermo e duro,

Turbalo un poco, disse : Or vedi, figlio, Tra Béatrice e te ô questo niuro .

13 Com' al nome di Tisbe aperse il ciglio

Piramo in su la morte, e riguardolla, Allor che il gelso divento vermiglio ; n Cosî, la mia durezza fatta solla,

Mi volsi al savio Duca, udendo il nome Che nella mente sempre mi rampolla.

15 Ond' ei crollô la testa, e disse : Corne!

Volemci star di qua? indi sorrise, Com' al fanciul si fa ch' c vinto al pome.

16 Poi dentro fuoco innanzi mi si mise,

Pregando Stazio che venisse rétro, Che pria per lunga strada ci divise.

CHANT WVII. 4iô

Mes bons guides se tournèrent vers moi et Virgile me <lit : « Mon lils, ici lu peux trouver la douleur, non la mort...

c( Souviens-toi, souviens-loi... et si je t'ai conduit î?ain et sauf sur le dos de Géryon, que ferai-je maintenanl que je suis plus près de Dieu !

« Tiens pour certain que lu resterais mille ans dans le sein de cette Hamnie, sans (ju'elh» pùl le faire chauve d'un cheveu.

c( Et si par hasard tu pt^nses que je le trompe, appro- <hedu feu et fais l'épreuve en y mettiint de tes mains le bord de tes vêtements.

« Dépose désormais, dépose toute crainte, tourne-tor <le ce cùté et avance d'un pas sûr. » Mais je n'en restai pas moins immobile; et je résistai à ma conscience.

Quand il me vit demeurer immobile et obstiné, il se troubla d'abord un peu, puis il dit : « Vois donc, mon lils, entre Béatrix et toi, il n'y a plus que ce mur. »

Comme au nom de Thisbé Pyrame expiranl ouvrit les yeux et regarda sa bien-aimée, alors que le fruit du mûrier devint vermeil;

Ainsi, ma dureté s'amollit, et je me tournai vers mon sage guide en entendant le nom qui jaillit sans <esse dans ma pensée.

Alors Virgile branla la lète : « Quoi donc, dit-il, v(»ulons-naus rester ici, » et il me sourit comme on souri I à un enfant qui se rend pour une pomme.

Puis il enlra devant moi dans le feu, priant Stace de marcher derrière, Stace, qui jus(|ue-là, durant un long chemin nous avait séparés.

4i4 DEL rURGATORIO.

n Come fui dcnlro, in un bogliente velra Gillalo mi sarci pcr rinfrcscarmi ; Tanto er' ivi lo incendio senza melro.

18 Lo dolce Padre niio, per confortarmi, Pur di Béatrice ragionando andava, Dicendo : Gli occhi suoi già veder parmi.

10 Guidavaci una voce che canlava Di là ; e noi altenti pure a lei, Venimmo fuor là ove si monlava.

23 Venite, benedicti Patris meiy

Sono dentro da un lume, che li era Tal, che mi vinse, e guardar nol potci.

21 Lo Sol sen va, soggiunse. e vien la sera ;

Non v' arresiate, ma studiate il passo, Mentre che 1' occidente non s' annera.

22 Drilta salia la via per eniro il sasso,

Verso lai parte, ch' io toglieva i raggi Dinanzi a me del Sol ch' era già lasso.

23 E di pochi scaglion levammo i saggi,

Che il Sol corcar, per 1' ombra che si spensc, Sentimmo dietro ed io e gli miei Saggi.

24 E pria che in tutte le sue parti immense

Fusse orizzonie fatlo d' un aspetto, E Notte avesse lutte sue dispense,

25 Ciascun di noi d' un grado fece letto ;

Chè la nalura del monte ci affranse La possa del salir più che il diletto. 20 Quali si fanno ruminando manse Le câpre, state rapide e proterve Sopra le cime, prima che sien pranse,

ClIAM WVn. 4i5

OiianJ je fus entré, je me serais jelé dans du verre bouillant puur nie rafraîchir, tant la clialeur y était sans mesure.

Mon doux père, pour m'encouraiier, allait [)arlant toujours de Béatrix et disant : « Il me semble déjà voir ses yeux. »

Une voix nous guidait qui chantait sur l'autre rive, <'l nous n'écoulant (ju'elle, nous sortîmes du feu à l'endroit où l'on moulait.

« Vrnite henc licii Patrh moi. » Ces ])aroles se liront entendre au milieu d'une lumière qui était là si vive, que nos yeux furent vaincus et ne purent la regarder.

« Le soleil s'en va, ajouta-t-elle, et voici venir le soir. Ne vous arrêtez point, mais pressez le pas, tandis que l'ombre ne noircit pas encore l'occident. »

Le chemin montait tout droit à travers le rocher dans une direction telle que j'interrompais devant moi les rayons- du soleil, déjà fatigué de sa course.

Et nous avions parcouru peu de marches quand nos ombres s'effaçant, nous connûmes mes maîtres et moi que derrière nous le soleil se couchait.

Et avant que l'horizon dans son immensité n'eut plus qu'une couleur et que la nuit eut pris toute sa place,

Chacun de nous d'un degré se lit un lit, car la nature de la montagne nous ôta le pouvoir et le joyeux désir de monter plus haut.

Comme on voit les chèvres qui couraient rapides et hardies sur les cimes des rochers avant d'être repues, ruminer maintsnan paisibles,

440 DEL l'IRGATOUIO.

27 Tacite ail' ombra, mcniro cho '1 Sol ((mvo, Guardalc dal paslor clic in su la vori^a Poggialo s' c, c lor di posa serve;

23 E quale il mantlrian, che fuori alberga, Limgo il peculio suo qucto pernolla, Guartlando perche fiera non lo sperga ;

20 Tali eravanio tutti e tre allotta,

lo corne capra, ed ei corne pastori, Fasciati quinci e quindi dalla grotta.

30 Poco potea parer li del di fuori ;

Ma per quel poco, vedev' io le stelle Di lor solere e più cliiare e maggiori .

31 Si ruminando, e si mirando in quelle.

Mi prese '1 sonno : il sonno che sovenle, Anzi che '1 fatto sia, sa le novelle.

52 Neir ora credo, che dell' oriente Prima raggiô nel monte Citerea, Che di fuoco d' amor par sempre ardente,

35 Giovane e bella in sogno mi parea Donna veder andar per una landa Cogliendo fiori ; e canlando dicea :

34 Sappia, qualunque il mio nome dimanda, Ch' io mi son Lia, e vo movendo intorno Le belle mani a farmi una ghirlanda.

55 Per piacermi allô specchio qui m' adorno; Ma mia suora Rachel mai non si smaga Dal suo miraglio, e siede tutto giorno.

30 Eir è de! suoi begli occhi veder vaga,

CIIA>T XXVII. 447

Et pendant que le soleil brûle, rester silencieusement à l'ombre, gardées par le paire qui s'appuie sur son bâton, et ainsi appuyé prend soin d'elles;

Et comme le berger qui demeure bors de sa maison, passe la nuit tranquille auprès de son troupeau, prenant garde qu'une bète féroce ne vienne le disperser;

Tels nous étions alors tous les trois, moi comme la cbèvre, eux comme les pasteurs, serrés à droite et à gauche par les parois de la grotte.

De là on ne découvrait que peu de l'espace extérieur. Mais dans ce peu d'espace, je voyais les étoiles, et plus claire et plus grande que de coutume.

Tandis qu'ainsi je les contemplais et que je ruminais ainsi, le sommeil me prit, le sommeil qui bien des fois avant l'événement accompli, en sait des nouvelles.

A l'beure, je crois, où l'étoile de Vénus qui semble toujours embrasée du feu de l'amour, parut à l'occident, devançant lesoleil, et darda ses rayons sur la mon-

tagne.

Je crus voir eh songe une femme jeune et belle qui allait cueillant des fleurs à travers une lande, et en cliantant elle disait :

« Sache, quiconque demande mon nom, que je suis Lia et je vais étendant autour de moi mes belles mains pour me faire une guirlande.

«Je me pare ici pour me plaire devant mon miroir; mais ma sœur Racbel ne quitte jama*is le sien et demeure assise auprès de lui tout le jour.

« Elle est désireuse de voir ses beaux yeux, comme

448 DEL ri]RG..\ïOni(\

Corn' io deir adoriiarmi colle mani ; I^ei lo vedere, c me 1' ovrare appaga.

ô7 E già, per gli splendori anlelucani,

Che tanlo ai pcrcgrin surgon più grali, Quanlo lornando albergan mcn lonlani,

58 Le ténèbre fuggian da tuUi i lati,

E il sonno mio con esse; ond' io leva'mi, Veggcndo i gran Maestri già levali.

39 Quel dolce pome, che per tanti rami Gcrcando va la cura de' mortali, Oggi porrà in pace le tue fami :

w Virgilio inverso me queste colali

Parole usô, e mai non furo strenne Che fosser di piacere a queste iguali.

41 Tanto voler sovra voler mi venue

Deir essersu, ch' ad ogni passa poi Al volo mi sentia crescer le penne.

42 Come la scala tulta sotto noi

Fu corsa, e fummo in su '1 grado superno, In me ficcô Virgilio gli occhi suoi,

43 E disse : Il temporal fuoco e 1' eterno

Veduto hai, figlio, e se' venuto in parte Ov' io per me più oltre non discerne.

4'é Tratto t' ho qui con ingegno e con arte ; Lo tuo piacere omai prendi per duce ; Fuor se' dell' erlé vie, fuor se' dell' arte.

45 Vedi là il Sol, che in fronte ti riluce;

Vedi r erbetta, i fiori e gli arboscëlli, Che questa terra sol da se produce.

46 Mentre che vegnon lieti gli occhi belli,

moi do nie parer de mes mains. Pour elle le plaisir est <le voir et pour moi c'est d'agir. »

Et déjà aux lueurs qui précèdent le jour, d'autant plus chères aux pèleiins qu'ils ont couché moins loin <lu pays on ils retournent,

Les ténèhres fuyaient de tous côtés et mon sommeil avec elles. C'est pourquoi je me levai, voyant déjà levés mes glorieux maîtres.

(( Ce doux fruit que l'inquiétude des mortels va cherchant sur tant de hranches, aujourd'hui apaisera ta soif. »

Virgile m'adressa ces paroles et jamais présents ne firent un égal plaisir.

Tant de désir vint s'ajouter à mon désir d'être en liant, qu'ensuite à chaque pas je me sentais croître des ailes pour m'envoler.

Aussitôt que tout l'escalier eut fini sous nos pieds et <|ue nous fûmes à la plus ha nie marche, Virgile fixa sur moi ses yeux,

El dit : c( Mon fils, tu as vu le feu qui finit et le feu éternel, et tu es arrivé en un lieu, où j)ar moi-même, je ne vois plus avant.

« Je t'ai mené jusqu'ici par l'effort de l'art et du génie. Prends désormais ta volonté pour guide. Tu es au hout des chemins escarpés, au hout des chemins étroits.

«Vois le soleil qui luitdevant loi; vois l'iierbe nouvelle, et les Heurs et les jeunes arbres que cette terre porte d'elle-même.

« Pendant que vont venir rayonnant de joie les beaux

Ghe lagrimaiulo a le venir mi fenno, Seder li puoi, e puoi andar Ira elli.

47 Non aspeUar mio dir più, ne mio cenno : Libero, drilto, sano è luo arbitrio, E fallo fora non fare a suo senno;

i8 Perch' io to sopra le corono e mitrio.

CHANT XXYII. 451

yeux dont les larmes m'ont fait venir à toi, tu peux l'asseoir et lu peux errer dans ces jardins.

c< N'attends pas de moi ni parole ni signe; ton arbitre est maintenant libre, droit et sain, et ce serait ma\ fait de ne point agir selon son jugement.

a C'est pourquoi te faisant maître de toi-même, je te donne la couronne et la mitre. »

Terc. 15. — Pït.ame et Tiiisdé. — Ovide (Métani., IV, 2) gâte ce beau sujet par des lougueurs et de froids ornonients.

VOttimo Commento abrège Ovide avec la sobriété, la grâce et la naïveté des novellieri italiens.

Ovide conte qu'à Babylone vivait un très-beau jeune homme appelé Pyrame, et Tliisbé, qui surpassait en beauté toutes les jeunes tilles. Leurs maisons se touchaient, séparées seulement par un mur. Dès l'enfance ils s'aimèrent, et, à mesure qu'ils croissaient en âge, en eux s'accrut l'amour. Leurs parents ne permirent point qu'ils s'unissent par mariage, de sorte que finalement t;es deux jeunes gens voulurent s'enfuir ensemble. Pyrame fixa le lieu du rendezvous, hors de Babylone, vers le mûrier qui couvrait la sépulture du roi JNinus. Le soir donc la jeune fille arriva la première et s'assit à l'endroit désigné. Or, une lionne, qui venait de dévorer sa proie, se dirigeait vers la fontaine voisine pour boire, et la lune l'éclairait. Thisbé la vit de loin et s'enfuit épouvantée ; un voile qui couvrait sa tête, enlevé par le vent qui souiflait* doucement, fut emporté aux pieds de la lionne. La bête farouche le déchira de sa gueule ensanglantée, et ensuite l'abandonna. Puis elle but et retourna à sa caverne. Pyrame vint un peu plus tard au même lieu." Il trouva le voile de Thisbé déchiré et sanglant; il la crut dévorée par la bête, il la pleura, et, pensant qu'il était cause de la mort de sa bien aimée, et ne voulant pas vivre sans elle, de l'épce qu'il portait, il se perça mortellement et tomba par terre. Thisbé, inquiétée, pour ne point manquer de parole à son bien-aimé, retourna au lieu convenu Elle voit Pyrame mort, court à lui et l'appelle en disant: « 0 Pyrame! je suis ta Thisbé. » Lui, à ce nom, ouvrit à peine ses yeux appesantis par la mort. Thisbé, le voyant mourir, choisit de lui faire compagnie, et pria les dieux de les réunir dans la même sépulture, puisque leurs parents n'avaient pas voulu les réunir dans une même vie. Elle se jeta sur la même épée, et le sang des deux jeunes gens airosa

le> fiuits (lu mûrier qui jusquo-là était blauc. En sorte quo parmi protliiie qui consacra leur momoiro, il devint vermeil, comme dit le texte.

M arlon cite un roman de Pyiame et Tlii^bé, et une histoire e;i langue auiïlaise. niibliéc au seizième siècle.

Istoria di Pijramo e di Tliisbe e di la compassionevole morte^ accaduta per causa d'un U'ont% tel est le titre d'un poC'me populaire imprimé à Lodi, en soixanle-liuit octaves. Voici ravant-dernière strophe : « Jeunes gens donc (|ui suivez l'amour, |)ie!iez exemple de deux iulortunés. Ne vous fiez pas au perllde amour, bien qu'il se montre doux en apparence. Sachez mettre le liein à votre cœur, si vous ne voulez les imiter par vos leçons. Car la fin de l'amour fui touiour> la ujort »

Yago già di cercar dentro e dintorno La divina foresta spessa e viva, Ch' agli occhi lemperava il nuovo giorno,

Senza più aspettar lasciai la riva, Prendendo la campagna lento lento Su per lo suol che d* ogni parte oliva.

Un' aura dolce, senza mutamento Avère in se, mi feria per la fronte Non di più colpo che soave vento ;

Per cui le fronde, tremolando pronle, Tutte quante piegavano alla parte U' la prim' ombra gitta il santo monte ;

^No perô dal lor esser dritto sparte Tanto che gli augelletti per le cime Lasciasser d' operare ogni lor arte;

Maçon piena letizia V ôre prime, Cantando, ricevieno intra le foglie, Che lenevan bordone aile sue rime,

CHANT XXVIll

Désireux de visiter iiu dedans et tout autour la foret divine, épaisse et vive, qui tempérait à mes yeux les nouveaux feux du jour,

Sans plus attendre, je quittai le bord, gagnant la campagne lentement, lentement, et foulant le sol, qui de toutes parts exhalait ses parfums.

Un air doux, inaltérable, me frappait le front d'un frôlement aussi léger que le zépliir.

Sous lui les feuillages frissonnant s'inclinaient tous du côté où la sainte montagne jette sa première ombre :

Cependant ils ne penchaient point si fort, qu'à la cime les oiseaux interrompissent nullement leur musique.

Mais avec une pleine joie, ils accueillaient les premièics heures du jour, en chantant au milieu des feuilles, dont le murmure faisait l'accompagnement de leurs chansons.

45C DHL rURGATOniO.

7 Tal, quai di ranio in raino si raccoglie

Pcr la pineta, in sul lilo di Gliiassi, Quand' Eolo Scirocco fuor discioglie.

8 Già m' avean trasportalo i lenli passi

Denlro ail' anlica selva tanto, ch' io Non potea rivedere ond' i m' entrassi :

9 Ed ccco più andar mi toise un rio,

Clie in ver sinistra con sue picciol' onde Piegava 1' erba che in sua ripa useio. ' 40 Tulle r acque che son di qua più monde, Parrieno avère in se mistura alcuna, Verso di quel la che nulla nasconde;

11 Avvegna che si muova bruna bruna

Sotto r ombra perpétua, che mai Raggiar non lascia sole ivi, ne luna.

12 Co' piè ristelti, e con gli occhi passai

Di là dal liumicello, per mirare La gran variazion de' freschi mai :

15 E là m' apparve, si com' egli appare Subitamente cosa che disvia Per maraviglia tutt' altro pensare,

14 Una Donna soletta, che si gia

Gantando, ed iscegliendo fior da fîore, Ond' era pinta lutta la sua via.

15 Deh, bella Donna, ch' a' raggi d' amore

Ti scaldi, s' i' vo' credere a' sembianli, Ghe soglion esser testimon del cuore, IG Vegnati voglia di trarreti avanti,

Diss' io a lei, verso questa riviera, Tanto ch' io possa intender che tu canti

Tel va le bruit grossissant de branche en branche clans le bois de pins sur le rivage de Chiassi, quand Eole déchaîne le Sirocco.

Déjà mes pas lenis m'avaient porté à Iravers l'antique foret, si avant que je ne pouvais plus voir par où j'étais entré.

Et voilà qu'un ruisseau m'empêcha d'aller plus loin. 11 fuyait vers la gauche, pliant sous ses faibles ondes l'herbe qui poussait sur ses bords.

Les eaux les plus pures d'ici-bas sembleraient chargées de quelque souillure, auprès de celle-ci qui ne dérobe rien aux regards.

Bien qu'elle coure toute rembrunie sous l'éternel ombrage, qui ne laisse pénétrer en ces lieux ni les rayons du soleil, ni ceux de la lune,

Mes pieds s'arrêtèrent, et mes regards passèrent le ruisseau pour admirer la grande variété de la printanière verdure.

Et là m'apparut, comme apparaît tout à coup une chose qui par l'étonnement déroute tout autre pensée^

Une dame seulette qui s'en allait chantant et cueilh.nt, fleur après fleur, celles dont toute sa route était émaillée :

« Ah! belle dame qui t'échauffes aux rayons de l'amour, si j'en veux croire aux traits qui d'ordinaire rendent témoignage du cœur,

« Qu'il te plaise, lui dis-je, de venir plus avant, auprès de celte rivière, assez pour que j'entende ce que tu chantes.

n Tu mi fai rimembrar dove c quai era Proserpina nel lempo che pcrdelte La madré lei, cd ella primavera.

18 Corne si volge, con la pianle sirelte

A terra ed intra se, donna che balli, E piede innanzi piede appena mette ;

19 Volsesi in su' vermigli ed in su' gialli

Fioretti verso me, non altrimenti

Che vergine che gli occhi onesti avvalli ;

20 E fece i prieghi miei esser contenti,

Si appressando se, che '1 dolce suono Veniva a me co' suoi intendimenti.

21 Tosto che fu là dove 1' erbe sono

Bagnate già dall' onde del bel fiume, Di levar gli occhi suoi mi fece dono.

22 Non credo che splendesse tante lume

Sotlo le ciglia a Venere trafitta

Dal figlio, fuor di tutto suo costume.

25 Ella ridea dall' altra riva dritta,

Trattando più color con le sue mani, Che r alta terra senza semé gitta.

2i Tre passi ci facea '1 fiume lontani: Ma Eliesponto, là 've passô Serse, Ancorafreno a tutti orgogli umani,

25 Più odio da Leandro non sofferse,

Per mareggiare intra Sesto ed Abido, Che quel da me, perché allor non s' aperse,

26 Voi siete nuovi, e forse perch' io rido,

Cominciô ella, in questo luogo eletlo Air umana natura per suo nido,

CHANT XXVIlï. 459

u Tu me rappelles en quel lieu et quelle était ProviM'pine, quand sa mère la perdit, et qu'elle-même jierdit les dons du printemps. »

Comme une femme qui danse, tourne pressant la (erre de ses pieds joints, et met à peine un pas devant l'autre,

Ainsi foulant les fleurs jaunes et vermeilles, celle-ci se tourna vers moi, semblable en tout à une vierge qui baisse ses yeux pudiques;

El elle donna œnsentcment à mes prières, en s'approchanl de telle sorte que son doux cbant venait à moi avec des paroles distinctes.

Aussitôt qu'elle fut là où déjà les herbes sont baignées par les eaux de la belle rivière, elle me fit la grâce de lever ses yeux.

.le ne crois pas que tant de lumière brillât sous les cils de Vénus quand son fils la blessa d'une façon tout inaccoutumée.

Elle me souriait de la rive droite, tout en cueillant de ses mains l'émail des fleurs que cette haute terre produit sans semence.

La rivière nous séparait de trois pas. Mais l'Hellespont que franchit Xerxès, exemple capable de mettre le frein à tous les orgueils des hommes,

N'irrita pas plus le ressentiment de Léandre, en séparant de ses flots Sestos et Âbydos, que ce ruisseau ne m'irrita pour n'avoir pas voulu s'ouvrir alors.

« Vous êtes nouveaux venus, dit-elle, et peut-être parce que vous me voyez riante dans ce lieu choisi pour être le nid de l'humaine nature,

27 Maravigliando tionvi alcun sospelto; Ma lucc rende il salmo Delertastî CIic pilote disnebbiar voslro intcllello.

t28 E lu che se' dinanzi, e mi pregasti.

Di s' altro vuoi udir, ch' io venni presla Ad ogni tua question, tanto che basti.

•2) L' acqua, diss' io, e il suon délia foresla, Impugnan denlro a me novella fede Di cosa, cb' io udi' contraria a questa.

30 Ond' ella : F dicerô come procède

Per sua cagion, cio cb' ammirar li face; E purgberô la nebbia che ti fiede.

51 Lo sommo Bene, che solo a se piace,

Fece F uom buono ; e il ben di questo loco Diede per arra a lui d' eterna pace.

r.2 Per sua diffalta qui dimorô poco ;

Per sua diffalta in pianto e in affanno Cambiô onesto riso e dolce giuoco.

55 Perché il turbar, che sotto da se fanno L' esalazion delF acqua e délia terra, Che, quanto posson, dietro al calor vanno,

54 AlF uomo non facesse alcuna guerra, Questo monte salio ver lo ciel tanto, E libero è da indi, ove si serra.

35 Or, perché in circuito tutto quanto. L' aer si volge con la prima volta, Se non gli é rotto il cerchio d'alcun canto ;

5G In questa altezza, che tutta é disciolta

CHANT XWllI. /,6i

« Quelque tloulc vous relient et vous étonne. Mais le psaume Dciccta sli jellc une lumière qui peut dissiper les nuages de votre intelligence.

« Et toi (pii marches devant, et qui m'as prie, si tu veux en apprendre davantage, parle : car je suis prête à répondre à toutes les questions, autant qu'il te faudra. »

« L'eau, répoiidis-je, et le bruit de la foret combattent dans moi ma foi nouvelle, en une chose que j'ai entendue contraire à celle (ju(^ je vois. »

A quoi elle me rej)artit: a Je dirai comment résulte d'une cause (jiii lui est |)ropre, l'objet de ton étonnement, et je te délivrerai des nuages dont ta vue- est importunée.

« Le souverain Bien, qui ne trouve son plaisir qu'en lui-même, lit l'homme bon, et lui donna le bonheur de ce séjour pour gage de l'éternelle paix.

« Par sa faute, il y resta peu de temps; par sa faute, les pleurs et l'angoisse remplacèrent le rire honnête et le doux plaisir.

« Alln que les exhalaisons de la terre et de l'eau qui suivent autant qu'elles peuvent l'essor du feu, en troublant les régions inférieures,

« Ne fissent à l'homme aucune gueire, cette montagne s'éleva vers le ciel, comme tu le vois, et elle est en paix depuis le lieu où sa porte se ferme.

« Mais comme l'air tout entier se meut en circuit avec la première voûte du ciel, si rien d'aucun côté n'interrompt sa course circulaire,

a Cette hauteur toute livrée à l'air vif et pur en res-

462 DEL PUUGATOUIO.

Neiraervivo, lai inolo percuole, E fa sonar la sel va perch' è fol ta ;

37 E la percossa pianla lanlo puote,

Clie <lclla sua virtule V aura imprégna, E quella poi girando inlorno scuote :

58 ET allra terra, secondo ch' è degna

Per se 0 per suo ciel, concepe e figlia Di diverse \irtii diverse legna.

ô9 Non parrebbe di la poi maraviglia,

Udito questo, quando alcuna pianla Senza semé palese vi s' appigli.u

40 E saper dèi che la campagna santa,

Ove tu se', d' ogni semenza è piena,

E frutto ha in se che di là non si schianln.

41 L' acqua che vedi non surge di vena

Che ristori vapor che giel converta, Come fîume ch' acquisla o perde len:i ;

42 Ma esce di fontana salda e cerla,

Che tanlo dal voler di Dio riprende, Quant' ella versa da duo parti aperla.

45 Da quesla parte con virtù discende,

Che toglie altrui memoria del peccato ; Dair altra, d' ogni ben fattola rende.

4i Quinci Letè, cosi dall' altro lato

Éunoè si chiama, e non adopra.

Se quinci e quindi pria non è gustato.

45 A tutt' al tri sapori esto è di sopra.

Ed avvegna ch' assai possa esser sazia La sete tua, perché più non ti scopra,

40 Darotti un corollario ancor per grazia ;

CHANT XXYIII. 4C5

sent le mouvement, et la forêt en retenlit parce qu'elle est touffue.

« Et les plantes ébranlées ont le pouvoir d'imprégner l'air de leur vertu. Puis l'air en tournant la répand lout alentour;

« Et le reste de la terre, selon qu'il se prête par sa fécondité ou par son climat, conçoit et produit des arbres différents et de propriétés diverses.

« Ceci entendu, on ne s'étonnerait plus ensuite dans votre monde si quelque plante y germe sans semence apparente.

(( Tu dois savoir que la sainte campagne où tu te trouves est pleine de toutes sortes de semences, et porte des fruits (|ui là-bas ne se récoltent point.

c( L'eau que tu vois ne jaillit pas d'une veine qu'entretienne la vapeur convertie en pluie par le froid, comme un lleuve qui retrouve et perd ses eaux.

« Elle sort d'une source intarissable, assurée, qui reçoit de Dieu autant qu'elle verse par deux ouvertures.

« De ce côté elle descend avec la vertu d'ôler à l'iiomme le souvenir de son pécbé,^ de l'autre côté elle lui donne le souvenir de tout le bien qu'il a fait.

a Ici elle se nomme Lédié, là on l'appelle Ennoé, d'un côté comme de l'autre elle n'opère qu'après qu'on en a bu.

(( La saveur en surpasse toute autre saveur. Et, bien que la soif pût être grandement apaisée quand je ne te découvrirais rien de plus;

c( Tar grâce je te donnerai encore un corollaire, et je

464 DEL rURGATORIO.

Ne credo cbo il mio dir li sia men caro» Seollre promission leco si spazia.

47 Qiielli ch' anticamentc poclaro

L' elà deir oro e suo slato felice, Forse in Parnaso esto loco sognaro.

48 Qui fu innocente V umana radiée;

Qui primavera scmpre ed ogni frulto ; Neltare è queslo di che ciascun dice.

49 lo mi rivolsi addielro allora luUo

A' miei Poeli, e vidi che con riso Udilo avevan 1' uUimo cosiruLlo :

50 Poi alla bella Donna tornai '1 viso.

• CHANT XXVllI. 405

ne pense pas que ma parole te soit moins chère, si elle se donne carrière avec toi au delà de ma promesse.

c( Les poètes qui anciennement chantèrent l'âge d'or et son heureuse condition, peut-être sur le Parnasse révèrent de ce lieu.

« Ici dans l'innocence s'éleva la lige humaine. Ici règne un éternel printemps chargé de tous les fruits, ici coule ce nectar dont chacun j);irle. »

Alors je me retournai tout entier vers nu^s poètes, et je vis qu'ils avaient entendu avec un sourire ce dernier propos.

Puis vers la belle dame je reportai mes regardsV

' Ce chaiil trouve son cxplicalion dans le coinmcnlaiic gcnéral des huit derniers chants du Vurqaloire.

1 Canlando corne donna innamorata,

Continuô col fin di suc parole :

Beatiy quorum tectasunt peccata.

2 E corne ninfe che si givan sole

Per le selvatich' ombre, disiando Quai di fuggir, quai di veder lo sole,

3 Allor si mosse contra '1 fmme, andando

Su per la riva, ed io pari di lei, Picciol passo con picciol seguitando.

4 Noneran cento Ira' suoi passi e i miei,

Quando le ripe igiialmente dier volta, Per modo ch' a levante mi rendei.

5 Mè anche fu cosi nostra via moka,

Quando la Donna lutta a me si torse, Dicendo : Frate mio, guarda ed ascoila, G Ed ecco un lustro subito Irascorse Da tutte parti per la gran foresta, Tal che di balenar mi mise in forse.

ClianlanL comme une femme éprise d'amour, elle fit succéder à ses dernières paroles le psaume : Bealiy quorum tecta sunt peccata.

Et comme des nymphes qui s'en iraient par l'ombre des bois, désireuses, les unes de fuir le soleil, les autres de le voir,

Alors elle s'avanra conlre le cours du fleuve, et moi de pair avec elle, rapetissant mon pas sur le sien.

Nous n'avions pas fait cent pas entre nous deux, quand les bords se détournèrent également, de façon que je me dirigeai vers le levant.

Et notre roule ainsi ne s'était pas de beaucoup prolongée, quand la dame se tourna vers moi tout entière, disant : « Mon frère, regarde et écoute. »

Et voici que tout à coup une clarté parcourut la grande forêt dans toutes ses parties, si vive qu'elle me fil douter si je ne voyais pas un éclair.

/<G8 DEL l'UUGATOIUO.

7 Ma perche '1 balenar, corne vien, resta, E quel durando più e più splendeva, Nel mio pensar dicea : Ghe cosa è quesla? j^ Ed Lina melodia dolce correva

Per r aer luminoso ; onde buon zelo Mi fe riprender 1' ardimenlo d' Eva,

9 Che, là dove ubbidia la lerra e il cielo,

Femmina sola, e pur testé formata, Non sofferse di star sotto alcun vélo ;

10 Sotto '1 quai, se divota fosse slata,

Àvrei quelle ineffabili delizie Sentite prima, e poi lunga fiata.

11 Mentr' io m' andava tra tante primizie

Dell' eterno piacer, tutto sospeso, E disioso ancora a più letizie,

12 Dinanzi a noi, tal qualeun fuoco acceso.

Ci si fe r aer, sotto i verdi rami,

E il dolce suon per canto era già inteso.

13 0 sacrosante Vergini, se fami,

Freddi, o vigilie mai per voi soffersi, Cagion mi sprona cli' io mercè ne chiami,

14 Or convien ch' Elicona per me versi,

E Urania m' aiuti col suo coro, Forti cose a pensar, mettere in versi.

15 Poco più oltre sette alberi d' oro

Falsava nel parère il lungo tratto

Del mezzo, ch' era ancor tra noi e loro;

10 Ma quando i' fui si presso di lor fatto,

Che r obbietto comun, che '1 senso inganna,

Mais parce que l'éclair aussitôt fju'il vient s'en va, et que cette clarté durait, resplendissant de plus en plus, je disais dans ma pensée : « Qu'est ceci? »

Et dans l'air lumineux 'courait une douce mélodie; en sorte qu'un louable zèle me fit gourmander la témérité d'Eve.

Car là où la terre et le ciel obéissaient, une femme seule, et qui venait seulement d'iMre formée, ne voulut pas souffrir de voile sur ses yeux,

Ce voile qu'elle aurait du porter soumise; alors j'eusse goûté plus tôt ces ineffables délices, et plus longtemps.

Tandis qu'au milieu des merveilleuses prémices de l'éternel plaisir, je m'en allai tout ravi, et aspirant encore à de nouvelles joies.

Devant nous, sous les verts rameaux, l'air devint comme un feu embrasé, et \c son barmonieux nous laissa distinguer le cliant.

0 vierges saintes et sacrées, si jamais pour vous je soulTris la faim, le froid et les veilles, l'occasion me presse de vous en demander le prix.

C'est riieure où l'IIélicon doit verser pour moi ses eaux, et Uranie, avec le chœur qu'elle mène, m'aider à mettre en vers des choses difficiles à penser.

Un peu plus loin, je crus voir sept arbres d'or, trompé par le grand intervalle qui était encore entre eux et nous.

Mais quand je fus assez rapproché pour que l'objet qui s'adresse à plusieurs sens et qui peut les tromper,

470 DEL PURGATORIÛ.

Non perdca jocr distanza alcun suo alto;

17 La virlù cli' a ragion discorso ammanna

Siccom' cgli cran candelabri appresc, E nelle voci del canlare, Osanna.

18 Di sopra fianimcggiava il bello arnese

Più chiaro assai, clie luna per sereno Di mezza notle nel suo mezzo mese.

19 lo mi rivolsi d' ammirazion pieno

Al buon Virgilio, ed esso mi rispose Con vista carca di slupor non meno.

20 Indi rendei V aspetto ail' aile cose,

Che si movieno incontro a noi si lardi, Ghe foran vinte da novelle spose.

21 La Donna mi sgridô : Perché pur ardi

Si neir affetto délie viveluci,

E ciô che vien diretro a lor non guardi?

22 Genti vid' io allor, com' a lor duci,

Venire appresso vestite di bianco ; E lai candor giammai di qua non fuci, 25 V acqua splendeva dal sinistro fianco, E rendea a me la mia sinistra cosla, S' io riguardava in lei, come specchio anco.

24 Quand' io dalla mia riva ebbi tal posta,

Ghe solo il fmme mi facea distante, Per veder meglio a' passi diedi sosla ;

25 E vidi le fiammelle andare avante,

Lasciando dietro a se V aer dipinto, E di tratti pennelli avean sembiante; 2j Si che di sopra rimanea distinto

CnA>T XXIX. 471

ne perdit plus par la dislance aucune de ses impressions <ur moi ;

La faculté qui prépare à la raison la matière de ses discours, reconnut que c'étaient des candélabres, et que les voix chantaient Hosanna.

Ces beaux ouvrages jetaient par en haut une flamme beaucoup plus claire que la lune au milieu de son cours, à minuit et par un ciel serein.

Je me retournai plein d'admiration vers le bon Virgile, et lui me répondit par un regard non moins chargé d'étonnement.

Ensuite je reportai ma vue vers les hauts candélabres qui s'avançaient vers nous si lentement, que de nouvelles épousées eussent marché plus vile.

La dame me réprimanda : « Pourquoi portes-tu sur ces vives lumières toute l'ardeur de les yeux, et ne regardes-tu pas ce qui vient derrière elles. »

Je vis alors après elles, et comme à leur suite, venir une troupe vêtue de blanc, et pareille blancheur ici-bas ne fut jamais.

Vers la gauche brillait le ruisseau, et si j'y regardais il réfléchissait mon flanc gauche tout comme eût fait un miroir.

Ouand, sur la rive où je marchais, j'eus pris une position telle que la rivière seule me séparait de l'apparition, pour mieux voir j'arrêtai mes pas.

Et je vis les flambeaux aller en avant, laissant derrière eux l'air nuancé; semblables à des pinceaux qui tirent des lignes ;

De telle sorte qu'au-dessus d'eux l'espace demeurait

Di snlte liste, tulle in quei colori, Oncle fa 1' arco il Sole, e Délia il cinlo. 27 Questi slendali tlictro eran maggiori

Che la mia vista ; e, quanlo a mio avviso, Dieci passi dislavan quei di fuori.

2s Sotto cosi bel ciel, com' io diviso, Ventiquattro seniori, a due a due, Coronali venian di fiordaliso. 20 Tutti canlavan : Benedelta lue

Nelle figlie d' Âdamo, e benedeltc Sieno in eterno le bellezzetue.

50 Poscia che i fiori e 1' allre fresclie erbelte, A rimpetto di me dail' altra sponda, Libère fur da quelle genti elette, 31 Si corne luce lucein ciel seconda,

Vennero appresso lor quattro animal i, Coronalo ciascun di verde fronda.

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