LA CIVILISATION AU CINQUIÈME SIÈCLE
quand les accusalioiis du dix-huilième siècle sont tombées dans l'oubli, que la faveur publique est revenue au moyen âge, qu'elle s'est portée jusqu'à l'excès. Mais, d'une part, il faut peu se confier aux brusques retours de la faveur : elle aime comme les vagues à quitter les rivages qu'elle caresse, et, en suivant de près le mouvement des esprits, on peut déjà reconnaître que plusieurs commencent à s'éloigner des âges chrétiens dont ils admirent le génie, mais dont ils ne supportent pas l'austérité. Il y a au fond de la nature humaine un paganisme impérissable qui se réveille à tous les siècles, qiii n'est pas mort dans le nôtre, qui retourne toujours volontiers aux philosophies païennes , aux lois païennes, aux arts païens, parce qu'il y trouve ses rêves réalisés et ses instincts satisfaits. La thèse de Gibbon est encore celle de la moitié de rAllemagne. elle est celle de toutes les écoles sensualistes qui accusent le christianisme d'avoir étouffé le développement légitime de l'humanité en opprimant la chair, en ajournant à la vie future le bonheur qu'il fallait découvrir ici-bas, en détruisant ce monde enchanté où la Grèce avait divinisé la force, la richesse et le plaisir, pour lui substituer un monde triste, où l'humilité, la pauvreté, la chasteté, veil-
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lent au pied d'une croix. D'une autre pari, l'excès même de l'admiration qui s'est atlacliée au moyen âge a ses dangers. On iinira par soulever de bons esi)rits contre une époque dont on veut justifier les torts. Le christianisme paraîtra responsable de tous les désordres dans un âge où on le représente maître de tous les cœurs. 11 laut savoir louer la majesté des cathédrales et l'héroïsme des croisades, sans absoudre les horreurs d'une guerre éternelle, la dureté des institutions féodales, le scandale de ces rois toujours en lutte avec le saint-siége pour leurs divorces et leurs simonies. Il faut voir le mal, le voir tel qu'il fut, c'est-à-dire formidable, précisément afin de mieux connaître les services de l'Église, dont la gloire, dans ces siècles mal étudiés, n'est pas d'avoir régné, mais d'avoir combattu. Ainsi j'aborde mon sujet avec horreur pour la barbarie, avec respect pour tout ce qu'il y avait de légitime dans rhéritage de la civilisation ancienne. J'admire la sagesse de l'Eglise, qui ne répudia pas l'héritage, qui le conserva par le travail, le purifia par la sainteté, le féconda par le génie, et qui l'a fait passer dans nos mains pour quMl s'y accroisse. Car, si je reconnais la décadence du monde antique sous la loi du péché, je crois au progrès des temps