‹ uvres complètes de A.-F. OzanamChapitre 12 sur 45 · I.A CIVILISATION AU CINQUIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

I.A CIVILISATION AU CINQUIÈME SIÈCLE

clirélieiis. Je ne m'effraye pas des chules et des écarts qui rinterrompent; les froides nuits qui remplacent la chaleur des jours n'empêchent pas l'été de suivre son cours et de mûrir ses fruits. L'histoire n'a pas de spectacle plus commun que celui des générations faibles succédant aux générations fortes^ des siècles destructeurs venant après les siècles fondateurs, et, quand ils ne croient faire que des ruines , préparant, sans le savoir^ les premières assises d'une construction nouvelles. Quand les barbares renversaient les temples de la vieille Rome, ils ne faisaient que dégager les marbres dont la Rome des papes a bâti ses églises. Ces Golhs étaient les pionniers des grands architectes du moyen âge. Voilà pourquoi je remercie Dieu de ces années inquiètes, et, au milieu des terreurs d'une société qui croit périr, de m'avoir engagé dans des études où je trouve la sécurité. J'apprends à ne pas désespérer de mon siècle, en retournant à des époques plus menaçantes, en voyant quels périls a traversés cette société chrétienne dont nous sommes les disciples, dont nous saurions être au besoin les soldats. Je ne ferme point les yeux sur les orages des temps présents 5 je sais que j'y peux périr, et avec moi

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celle œuvre^ à laquelle je ne promets pas de durée. J'écris cependant, parce que. Dieu ne m'ayant point donné la force de conduire une charrue, il laut néanmoins que j'obéisse à la loi du travail et que je fasse ma journée. J'écris comme travaillaient ces ouvriers des premiers siècles, qui tournaient des vases d'argile ou de verre pour les besoins journaliers de l'Eglise, et qui, d'un dessin grossier, y figuraient le bon Pasteur ou la Vierge avec des saints. Ces pauvres gens ne songeaient pas à l'avenir; cependant, quelques débris de leurs vases, trouvés dans les cimetières, sont venus, quinze cenls ans après, rendre témoignage et prouver lanliquilé d'un dogme contesté.

Nous sommes tous des serviteurs inutiles; mais nous servons un maître souverainement économe et qui ne laisse rien perdre, pas plus une goutte de nos sueurs qu'une goutte de ses rosées. Je ne sais quel sort attend ce livre, ni s'il s'achèvera, ni si j'atteindrai la fin de celte page qui fuit sous ma plume. Mais j'en sais assez pour y mettre le reste^ quel qu'il soit, de mon ardeur et de mes jours. Je continue d'accomplir ainsi les devoirs de l'enseignement public; j'étends et je perpétue, autant qu'il est en moi, un auditoire que je

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trouvai loiijours bienveillant, mais trop souvent renouvelé. Je vais chercher ceux qui m'écoutèrent un moment, et qui^ en sortant de Técole, m'ont gardé quelque souvenir. Ce travail résumera, refondra mes leçons et le peu que j'ai écrit. Je le commence dans un moment solennel et sous de sacrés auspices. Au grand jubilé de Tan 1300^ et le vendredi saint, Dante, arrivé, comme il le dit, au milieu du chemin de la vie, désabusé de ses passions et de ses eri*eurs, commença son pèlerinage en enfer, en purgatoire et en paradis. Au seuil de la carrière, le cœur un moment lui manqua ; mais trois femmes bénies veillaient sur lui dans la cour du ciel : la Vierge Marie^ sainte Lucie et Béatrix. Virgile conduisait ses pas, et, sur la foi de ce guide, le poëte s'enfonça courageusement dans le chemin ténébreux. Ah ! je n'ai pas sa grande âme, mais j'ai sa foi. Comme lui, dans la maturité de ma vie^ j'ai vu Tannée sainte^ Tannée qui partage ce siècle orageux et fécond, Tannée qui renouvelle les consciences catholiques. Je veux faire aussi le pèlerinage de trois mondes, et m'enfermer d'abord dans cette période des invasions, sombre et sanglante comme Tenfer. J'en sortirai pour visiter les temps qui vont de

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Cliarleniagne aux croisades, comme un purgatoire où pénètrcut déjà les rayons de l'espérance. Je Imuvei'ai mon paradis dans les splendeurs religieuses du treizième siècle. Mais, tandis que Virgile abandonne son disciple avant la fin de la course, car il ne lui est pas permis de franchir la porte du ciel, Dante, au contraire, m'accompagnera jusqu'aux dernières hauteurs du moyen âge, où il a marqué sa place. Trois femmes bénies m'assisteront aussi : la vierge 3Iarie, ma mère el ma sœur; mais celle qui est pour moi Béatrix m'a été laissée sur la terre pour me soutenir d'un sourire et d'un regard, pour m'arracher à mes découragements, et me montrer sous sa plus touchante image cette puissance de l'amour chrétien dont je vais raconter les œuvres.

Et maintenant, pourquoi donc hésiterais-je à imiter le vieil Alighieri, et à terminer celte préface comme finit celle de son Paradis, en mettaul mon livre sous la protection du Dieu béui dans tous les siècles ?

LA

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