I.K DlxOlT
funérailles, on voyait nn certain nombre d'affranchis venir prendre place entre les citoyens, coiffés du bonnet de la liberlt' : voilà pourquoi il fallut distinguer plusieurs catégories différentes dans cette misérable condition servile, les (ledititii,([in ne pouvaient jamais devenir citoyens romains, et les Latins Juniens, qui ne le devenaient que dans certains cas. En même temps le sénatus-consulte Silanien, rendu sousClaude, avait déclaré que, quand un homme serait mort de mort violente, tous ses esclaves seraient mis à la torture. Tacite nous peint l'effroi et la stupeur de la ville de Rome, lorsqu'on annonça un jour (ju'un sénateur étant mort de mort violente, ses quatre cents esclaves allaient être conduits à la torture (1). Il était défendu de tuer un esclave, mais on pouvait le faire mourir à la question, seulement on devait en payer le prix au maître (2). Toutefois on lui • devait la nourriture, et Caton nous donne un exemple de la manière dont un bon père de famille devait la régler. Yoici la recette de Caton pour faire le vin à l'usage des esclaves pendant l'hiver, a Mettez dans une a futaille dix amphores de vin doux, deux amphores de « vinaigre bien mordant, et autant de vin cuit jusqu'à c( diminution des deux tiers avec cinquante amphores a d'eau douce. Remuez le tout ensemble avec un bâton « pendant cinq jours consécutifs ; après quoi vous y a ajouterez soixante-quatre setiers d'eau de mer (5). »
(1) Tacit., ÂJinaL, 1. XIV, c. xlu et seqq.
(2) M. Wallon, Hisl. de i esclavage dans l' antiquité, t. II, p. 180. (5) Cat., de Re nistica, 1, civ.
Je reconnais bien là le paganisme, et ce breuvage amer qu'il donne à ses esclaves me rappelle l'éponge de vinaigre et de fiel qu'un autre Romain, qu'un soldat présentera au bout d'une lance à cet autre esclave mort sur une croix pour la rédemption des esclaves.
Quant aux habitations, Golumelle prescrit des ergas- Ma subterranea, dans lesquells on ménagera des ouvertures plus hautes que la main (1 ), soit afin de rendre la fuite plus difficile, soit afin de les priver du spectacle de ce monde dont on les retranche. Ceux qui étaient employés à la meule portaient au cou une large roue qui les empêchait de porter la main à leur bouche et de ramasser une poignée de cette farine qu'ils étaient occupés à moudre tout le jour. Ce serait donc bien à tort qu'on attribuerait aux Chinois l'invention du supplice de la cangue! C'étaient encore là les traitements les plus doux : les lois d'Antonin n'avaient pas aboli le droit de faire des esclaves eunuques, et on les comptait par troupeaux, grèges puerorum; il y avait aussi des troupeaux d'esclaves gladiateurs qui, assemblés chez le lanista, prêtaient l'effroyable serment de se laisser brûler, enchaîner, frapper, égorger, uri, vinciriy verberari, ferroque necari. Si ces gladiateurs n'étaient pas des hommes, ils étaient au moins marchandise, matière à traités; les jurisconsultes étaient bien obligés de s'occuper d'eux, car on en faisait des louages et des ventes. Gaïus, examinant les difficultés qui peu-
(1) Colum , I, VI, 3.
vent se présenter, clans certains cas, pour savoir s'il y a contrat de vente ou contrat de location, se fait la question suivante : « Si je vous livre des gladiateurs à conte dition de vingt deniers par tête pour ceux qui sorti- « ronl vivants, pour salaire de leurs sueurs, et mille « deniers par lèle pour les morts et les blessés, on dca mande s'il y a vente ou louage. On incline pour cette c< opinion, que pour chacun des survivants le contrat « est un louage, mais qu'il y a vente pour les morts et « les blessés, et l'événement en décide, comme si cha- « cun des esclaves eût été l'objet d'un louage et d'une u vente réciproquement conditionnels. Car on ne doute « point qu'on ne puisse louer ou vendre sous condi- (( tion (1). » Je ne sais pas ce qu'il faut le plus admirer du calme du jurisconsulte ou de l'horreur des mœurs.
Ne dites pas que les mœurs s'adoucissent : Trajan, à son retour de la Dacie, fit mourir dix mille gladiateurs; on craignait que les bœufs manquassent, personne ne parut craindre que les gladiateurs vinssent à manquer !
Le droit romain de la période classique, modifié par la jurisprudence des Antonins, est beau comme le Colisée : c'est un monument admirable, mais on y jette les hommes aux lions!
Au commencement du cinquième siècle, toute cette jurisprudence était encore debout; elle venait même
{1)Gaïus, 1. m, §146.
200 SIXIK.MK LKÇOIS.
d'être restaurée par la loi des citations de Valentinien III. Heureusement, et pour l'honneur des temps chrétiens, une législation rivale s'élevait : c'est celle que le code Théodosien allait inaugurer.
Le christianisme avait pénétré de hien bonne heure dans l'Empire : il y arrivait comme une doctrine qui a horreur de la fiction, comme une doctrine de liberté qui ne pouvait pas admettre l'asservissement des consciences, comme une doctrine de charité qui ne pouvait pas laisser subsister jusqu'au bout toutes ces inégalités qui outrageaient la nature. Mais le christianisme ne voulait pas tenter de changer le monde par un bouleversement subit; il eut cette inspiration de se condamner à vaincre lentement, patiemment; il veut, comme le Sauveur, détruire l'esclavage en se faisant lui-même esclave, formam servi accipiens.
Tandis que Platon remerciait tous les jours les dieux de l'avoir fait naître homme plutôt que femme, libre plutôt qu'esclave, Grec plutôt que barbare, le christianisme proclamait, par saint Paul, qu'il n'y avait plus ni homme ni femme, ni libre ni esclave, ni Grec ni barbare, mais un seul corps en Jésus-Christ (i), et c'était assez de cette parole pour faire, avec les siècles, le grand changement que Dieu avait médité.
Le christianisme ne devait pas non plus tolérer les prétentions de la souveraineté impériale au domaine des consciences : il professe qu'il faut obéir à Dieu plu-
(I) Epist. I ad Cor., vu, 22; xii, 13: ad Hom , i, 14.
loi qu'aux hommes, mais en même temps il prie pour ceux qui le persécutent.
Enfin il repoussait toutes les fictions du paganisme; il voulait la réforme d'un droit réservé à un petit nombre de jurisconsultes et forcément caché au vulgaire: mais il ne faisait pas profession de mépriser les lois romaines, el l'on retrouve dans les constitutions apostoliques cette déclaration : « Dieu n'a pas voulu que sa « justice fiit manifestée pour nous seuls, mais qu'elle « resplendît aussi dans les lois romaines. » Saint Augustin dit : c( Ltujes Romanonnn dirinitusper ora principum ema)iani)it. » Ainsi le christianisme acceptait les lois romaines et les admirait, il y reconnaissait cette lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, pour qu'il connaisse Dieu et l'adore. Avec ces dispositions et la patience dont il était pourvu, il était impossible que le christianisme ne travaillât pas à la réforme de cette législation dont nous avons vu lénormité et les crimes. De bien bonne heure on commence à apercevoir, à soupçonner sa présence; mais ce n'est pas le lieu de montrer comment cette société nouvelle travailla dans ses catacombes, au-dessous d'une société qu'elle parvint à corriger malgré elle ; comment dans tous'les rangs de la vie publique et civile, dans le sénat comme dans les derniers ergastules, elle sut se faire des disciples, tempérer, éclairer et modifier les mœurs présentes. On a montré, avant moi, comment saint Paul, par ses discours à l'Aréopage, par ses disputes avec les stoïciens et les épicuriens, par l'apologie qu'il pro-
noiiça à Corinlhc en présence d'un magistral romain, Annseus Gallio, avait dû nécessairement frapper l'opinion de ses contemporains et surtout de ces Grecs et de ces philosophes, si curieux de nouveauté. Et comment Gallio n'aurait-il pas informé son frère bien-aimé, Sénèque, qui lui dédiait ses traités De Ira et De Vita beata, des doctrines et de la célébrité de ce Grec, de ce Juif, qui allait à Rome pour y faire des prosélytes, et cela jusque dans la maison de Néron. Les doctrines de Sénèque, d'ailleurs, ne sont-elles pas là pour attester ce contact nécessaire de la philosophie païenne et de la philosophie chrétienne? Le stoïcisme de Sénèque, en effet, remplace l'ancien faturn^ arbitre aveugle de nos destinées, par la Providence, par un Dieu père que nous devons honorer et aimer; il croit à l'immortalité de l'âme et à une lutte que l'esprit doit soutenir ici-bas contre la chair, ennemi dont il ne peut triompher que par un secours divin : la grâce; il se sent rempli d'une singulière pitié pour toutes les douleurs humaines et surtout pour l'esclave issu d'une même race que nous. . . . Non, je ne puis m'empécher de croire que ce stoïcien ne porte l'empreinte du philosophe chrétien qui était à Rome en même temps que Sénèque et qui devait y mourir plus glorieusement que lui !
Lorsque les apologies de Quadratus, évêque d'Athènes, d'Athénagore, de saint Justin, de TertuUien, d'Apollonius, sénateur romain, ont circulé dans tous les rangs de la société romaine ; lorsque les chrétiens, de jour en jour plus nombreux, peuvent déjà remplir le
forum, le sénat, l'arniéc, comment croire qu'ils n'agissent pas sur la philosophie stoïcienne et par là sur les jurisconsultes? Lorsque je les vois admis dans les conseils d'Alexandre Sévère, qui adore dans son laraire l'image du Christ et qui fait inscrire en lettres d'or dans son palais les maximes chrétiennes, je ne comprendrais pas que l'on niât l'influence du culte nouveau. On a dit que les jurisconsultes étaient trop ennemis des chrétiens pour se faire leurs plagiaires : comme si la dernière ressource d'un ennemi aux ahois n'était pas précisément le plagiat, ne consistait pas à désarmer une vérité que l'on déteste en lui empruntant tout ce qu'elle a de bienfaisant, tout ce qui lui attire les cœurs. N'eJt-ce pas ainsi que Julien l'entendait lorsqu'il disait aux païens qui Tcnlouraient : Imitez les prêtres chrétiens, ouvrez des hôpitaux! Pounpioi les jurisconsultes n'auraient-ils pas fait de même? Ils voulaient désarmer le christianisme en le faisant passer dans la loi romaine, afin qu'il n'y eût pas de raison apparente pour réformer une société qui admettait des progrès si légitimes et pour détruire une religion qui tolérait des réformes si bienfaisantes.
Lorsque le christianisme monte sur le trône avec Constantin, on croirait qu'il va beaucoup exiger : cependant, loin de ])rendre possession de l'empire en vainqueur, il continue à procéder avec sa lenteur accoutumée. Constantin avait encore bien des ménagements à garder; ainsi il resta souverain pontife et rendit même des rescrits sur la manière de consulter les
204 SIXIÈME LlÇON.
auspices. La lactique de ses successeurs est la même: si les uns avancent, les autres reculent, mais tous hésitent. Le code théodosien conserve encore l'esclavage, le divorce, le concubinat, des inégalités entre l'homme et la femme, entre le père et les enfants, bien des inégalités que le droit naturel n'approuve pas toujours. Cependant trois grandes nouveautés s'y font place.
C'est, en premier lieu, l'effort fait pour donner au droit un caractère de publicité et de sincérité. Avec Constance tombèrent les formules sacramentelles des testaments, des stipulations et de plusieurs autres actes du droit civil. On fait ainsi disparaître ce que les empereurs chrétiens appellent ai(ci(]9a/io syllabarum, c'està-dire les syllabes sacramentelles et tous les restes de subtilités juridiques. On s'efforce de donner ainsi au droit une forme plus populaire, plus accessible à tous, en déterminant les noms des jurisconsultes dont les écrits feront loi, et en réunissant en un seul corps de lois, comme le font Théodose et Yalentinien, les constitutions éparses des empereurs chrétiens.
En second lieu, le temporel et le spirituel se divisent; mais c'est ici que le progrès a le plus de peine à se faire : nous avons vu Constantin conserver le titre de pontife, et ses successeurs croient aussi volontiers que la religion seule de l'Empire est changée, et non leur souveraineté sur les consciences; on a de la peine à leur arracher l'encensoir, à les désarmer, à les empêcher de convoquer et de présider les conciles; mais l'Église persiste dans ses laborieux efforts, et Lucifer de
Cagliari ne craint pas de leur dire : « Eh quoi ! respeca terons-nous voire diadème, vos bracelets, vos pence dants d'oreille, au mépris du Créateur? »
Celte lutte viclorieuse finira par arracher à Théodose et à Valentinien cette déclaration : « C'est une parole « digne de la majesté d'un prince que de se dire lié « par les lois. » Voilà donc le prince devenu le premier serviteur de h loi; voilà le pouvoir temporel descendu à la place que l'Evangile lui a faite, et qui, si elle n'est pas la plus belle, est du moins la plus sûre : Que celui qui veut être le premier soit le serviteur de tous.
Enfin les injures de l'humanité commencent à être réparées. Ces trois grandes plaies que portaient la femme, les enfants et les esclaves, les mains des empereurs les touchent et elles commencent à se guérir. En même temps, Constantin fait aux mères une place plus large dans la succession de leurs enfants. En ce qui touche les enfants, c'est aussi Constantin qui interdit l'exposilion et qui punit le meurtrier du fils des mêmes peines dont on atteint le parricide. En ce qui concerne les esclaves, c'est lui qui abolit le supplice de la croix et rend une ordonnance contre les combats de gladiateurs : « ne voulant pas, dit-il, de ces spectacles sana glants au milieu de la paix de l'Empire ; » c'est lui qui applique la peine de mort à ceux qui ont fait périr leur propre esclave : « Que les maîtres usent de leur « droit avec modération, et que celui-là soit considéré c( comme homicide qui aura tué son esclave volontaic( rement à coups de balon ou à coups de pierres, ou
20!") SIXIÈME I.KÇON.
c( s'il lui a fait avec un dard une blessure mortelle; s'il (( le suspend à un lacet, si par un ordre barbare il Ta c( fait précipiter dans un gouffre, s'il lui a fait boire du « poison, s'il lui a fait déchirer le corps par des bêtes c( féroces, ou sillonner sa chair avec des charbons ar- « dents, ou si dans des tourments affreux il a forcé la c< vie d'abandonner des membres tout couverts de sang c( et d'écume, avec une férocité digne des barbares. » Cette loi, qui porte la date de l'anolO, est éloquente; elle exprime bien toute l'horreur de l'esclavage et toute l'indignation du christianisme, qui, arrivé à revêtir un moment la pourpre impériale, s'empresse aussitôt de faire pour premier acte une loi en faveur de l'humanité réduite en esclavage (1).
Ainsi le code théodosien remédie à trois vices du paganisme, à ce triple outrage fait si longtemps à la liberté, à la vérité et à l'humanité par toutes les horreurs de l'esclavage et toutes les inégalités de la famille. Je ne suis plus étonné après cela que le code théodosien ait été salué, dans les assemblées du sénat, de tant de magnifiques acclamations après que le préfet de Rome et les consuls eurent donné lecture de la constitution qui inaugurait ce code dans tout l'Empire (2). Il est très-frappant que le dernier procès-
(1) Cod.Jiist., IX, 14; de Emendatione servorum, Cod. Theod»,\. IX, tit. XII, c. 1.
(2) Acclamations du sénat : « Augustes, Dieu vous conserve (27 fois) ; vous avez écarte toute ambiguïté des constitutions (23 fois) ; vous travaillez à la justice publique, vous travaillez à notre paix (25 fois) ; devons nous tenons nos honneurs, nos patrimoines, tous nos biens (28 fois) ; épargnez à ce code le danger des interpolations (25 fois). »
verbal des séances du sénat soit précisément celui qui inaugure ce code; ces acclamations durent être entendues jusque dans le camp des barbares établi sur le territoire romain, car nous sommes en 45(S : les Vandales sont maîtres de l'Afrique, les Bourguignons et les Wisigotlis maîtres de la Gaule et de l'Espagne ; enfin s'avancent les armées des Huns, Altila à leur tête; c'est à ce moment même que, par un sublime rapprocbement, on proclame une législation destinée à maîtriser l'avenir. Tous ces barbares en auront entendu parler, leurs princes voudront la connaître, et la grande pensée de la législation romaine ne les abandonnera plus. Dès Tan 500, l'édit de Théodoric pour les Ostrogoths proclame la loi romaine du codcdeTliéodose; quelques années après, Alaric 11 donnait à ses sujets \c Brevinrium AlaririDnDH, extrait du même code; enfin en 554 paraissaient, pour les sujets romains des Bourguignons, les Papinni Responsa, recueil emprunté en partie au droit de Théodose. Mais la destinée de ce droit ne se bornera pas là : il ne cessera d'être enseigné dans les Gaules et principalement au sixième et au septième siècle aux écoles de Clermont; il sera porté en Angleterre et enseigné à l'école d'York; il ira en Allemagne à la suite des conquêtes pacifiques de saint Boniface; il servira de base à une partie des capitulaires des rois francs et pénétrera dans la législation des barbares pour la tempérer, l'éclairer, la régulariser.
Les princes barbares, il est vrai, ne s'inspireront pas
moins de ses défauts que de ses mérites; ils ne se feront pas faute de se considérer comme héritiers des princes romains à l'égard des biens de leurs sujets. C'est ainsi que Frédéric Barberousse fera décider à Roncaglia par SCS jurisconsultes que, comme héritier de Trajan, il est maître absolu des propriétés de ses sujets. Cette doctrine de Frédéric se trouvera celle de Louis XIV lorsqu'il parle a de ces biens royaux, dont les (c uns sont dans notre domaine, et dont nous voulons a bien laisser les autres dans les mains de nos sujets. » Ces traditions païennes arriveront jusqu'à nos jours pour être, sous d'autres formes, le plus formidable danger des temps présents.
Ce qui reste des traditions du divorce dans la famille disparaîtra dans ce grand combat de la papauté contre Philippe-Auguste et contre Henri YIII. Avec le temps, les esclaves se changeront en serfs, et les serfs en hommes libres. Enfin le grand principe de la séparation du temporel et du spirituel finira aussi par l'emporter, et cela au moment même où Grégoire YII mourant laissait échapper ce cri : « J'ai combattu pour la jusce tice, c'est pourquoi je meurs en exil. » Il mourait, mais le principe pour lequel il avait si vigoureusement combattu était moins mort que jamais : car les principes qui sauvent le genre humain sont ceux qui savent laisser mourir en eux ce qu'ils ont de mortel.
Le droit romain devait devenir maître du monde, mais à la condition que l'empire romain périrait; il ne fallait rien moins que la chute de l'Empire pour dé-
Il: DUOIT. '209
(mire lous ces rèvos de fictions légales, tous ces restes d'inimitié profonde enracinés dms les entrailles des mœurs romaines; il ne allait rien moins que l'épée d'Attila et le pied d'Odoacre pour renverser le dernier fantôme de trône impérial et affranchir le monde; il filliiil cela pour faire vivre ce qui était vraiment l'âme du droit romain, c'est-à-dire ce principe de l'équité naturelle, qui commence sa lutte dans le sang de Virginie et sui' Ir inonl Sacré, qui comlial par la parole des tribuns, par les édits des préteurs, qui trouve une nouvelle force dans la philosophie stoïcienne, mais que le christianisme seul avait pu faire triompher, et qui, débarrassé de toutes ses entraves, de l'or, de la pourpre, de tout l'attirail de la puissance impériale et des pompes humaines, se trouve enfin maître du monde au moment où on le croyait anéanti.
LA ClV. AU >- SlÈtLK. 14