LES LETTRES PAÏENNES- LA POÉSIE
SLrilKML I.E'O.N
Messieurs,
A mesure que nous pénétrons dans la société romaine du cinquième siècle, nous reconnaissons mieux qu'elle devait mourir, mais non pas mourir tout entière. Déjà dans la reli*^ion, dans le droit, nous avons distingué ce partage entre les éléments périssables et le principe immortel qui leur survit, qui ne perd rien, qui gagne à leur destruction. Il semble que les lettres doivent nous donner un autre spectacle ; que si l'idée du saint fut voilée pour l'antiquité par la pensée de la chair et du sang, si l'idée du juste fut troublée par l'orgueil des forts et par l'oppression des faibles, du moins l'idée du beau rayonna dans toute sa pureté; il semble que les lettres anciennes n'avaient rien à corriger, qu'elles ne
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pouvaient rien perdre sans un dommage irréparable pour les temps qui suivirent, et que, du moins en fait d'art, ces hommes du Nord, ces Celtes, ces Germains, ces Slaves, au sortir de leurs forêts, n'avaient rien de mieux h faire que de venir s'asseoir aux pieds des maîtres latins pour apprendre d'eux l'éloquence et la poésie. Cependant il n'en est pas ainsi : le cinquième siècle gardait la tradition de l'art, mais enveloppée dans tous les défauts, dans tous les vices de la décadence, et nous allons voir ce qu'il fallut vaincre de résistances pour l'en dépouiller.
La décadence latine, dont je ne vous ferai pas l'histoire, commence avec l'Empire, avec le règne d'Auguste, au moment où la liberté finit. C'est un lieu commun historique, une vérité vulgaire, que l'inspiration ne saurait vivre que de liberté ; cependant rien ne semble plus contestable et plus contredit par les faits ; on allègue en ce sens le siècle d'Auguste, celui des Médicis, celui de Louis XIV et tous ceux où un despotisme immense sembla couvrir toutes choses de son ombre, mortelle pour l'indépendance et bienfaisante pour Je génie.
Mais ceux qui ont soutenu cette thèse ne prennent pas garde que les grands princes qui ont donné leur nom aux siècles d'or des littératures n'ont pas ouvert ces siècles, mais les ont fermés, et que c'est celui-là qui laisse son nom sur la pierre tumulaire du grand siècle qui l'a enterré. Auguste commence par vendre la tête de Cicéron à Antoine, et par pacifier l'éloquence, comme