LES LETTRES PAÏENNES. — LA POÉSIE
lait le cherclier pour le l'aire Auguste. Telle est la loi (les panégyriques.
La publicité ovec laquelle ces compositions sont déclamées, l'habitude des lectures publiques, achèvent de conduire les poètes de la décadence à l'oubli qui est au bout et qui les attend. On a ingénieusement montré comment cette habitude, inconnue du temps de Virgile, comment cet amour-propre, introduit par l^ollion et plus tard encouingé par Néron, comment cette coutume de réunir une assemblée nombreuse pour écouter le récit d'un poëme, avaient profondément contribué à étouiïer le génie, à h; réduire aux proportions d'un jeu littéraire et de passe-temps entre gens d'esprit. En el'l'et, quand on parh; à un peuple entier, il faut exprimer la pensée commune; il faut être inspiré pour se Taire écouter, simple pour se faire comprendre. Mais, lorsqu'on a affaire à cette élite blasée, (ju'on appelle L's beaux esprits, à ces hommes lassés de tout, qui se vantent de ne pas admirer parce que cette faculté leur semble tenir à la naïveté, alors, au lieu de les émouvoir, il faut à toute force les étonner. Tel est le principe des décadences : c'est ce ferme propos d'étonner par la profonde science du fond et la recherche excessive de la forme.
Par la science : c'est alors que vous rencontrez ces poètes mythologues, géographes, astronomes, géomètres, naturalistes, qui chanteront les phénomènes d'Aratus, l'astronomie de Ptolémée, la description de la terre par un antre ancien, l'histoire naturelle de Pline,
en lin mot, qui mettront tout en vers latins, hormis la poésie.
Par la recherche excessive de la forme : alors tout est sacrifié aux soins minutieux des détails, à la culture, à l'entretien, à la végétation d'une phrase heureuse, qui est tout entière dans un mot que l'on place comme un germe, qui se développe, qui grandit, qu'on arrose, qu'on échauffe, et qui finit par étaler son verdoyant feuillage sur l'assemblée charmée.
Voilà les procédés de Claudien, voilà comment il s'efforcera de se montrer le plus érudit des anciens. Tout son art consiste à détacher des phrases, à arrondir des périodes, à aiguiser des traits qu'on retienne, à terminer des tirades qu'on apprenne par cœur; tandis que peu de gens savent des morceaux détachés de Y Enéide et de V Iliade, parce qu'il faudrait tout savoir ; mais ceux qui ont entendu Claudien n'oublieront jamais le début de son poëme contre Ru fin :
Sa'pciiiihi dubiaiii traxit sententia mentem. Curarent superi terras, au iiullus inesset Hector, et incerto fluerent mortalia casu.
Je vous fais grâce des trente vers qui suivent, où il développe longuement la thèse stoïcienne, et qui aboutissent à ce dernier vers, auquel il fallait arriver à tout prix :
Abstulit hune primum Rufini pana tumultum Absolvitque deos (1).
(\)ln[infim(m,\i\). I,v. i-21.