‹ uvres complètes de A.-F. OzanamChapitre 23 sur 45 · I.KS LETfHKS PAlt.N.NKS. — I.A POKSIK · texte numérisé non relu

I.KS LETfHKS PAlt.N.NKS. — I.A POKSIK

C"esl iiFi dos grands secrets de la décadence latine de couper ainsi les vers après le premier Iiéniisliche et d'arrêter là la phrase ; vous vous attendiez que la période poétique allait s'achever avec la période de la pensée : non, il n'en sera pas ainsi; nous avons trouvé un autre procédé pour vous déconcerter, pour vous procurer le plaisir de l'imprévu ; nous finissons la pensée avant le vers, c'est \i\ la victoire. Je reconnais hien ici tous les défauts de Claudien, le grand prometteur, l'homme qui commence une invective contre Rufin par iiivo(]uer le ciel et la terre; je retrouve hien ici cette enflure, cette manie d'érudition, cette exagération de la forme, ce scepticisme caché qui se réveille tout à coup par la prétention de juger et dahsoudre ces dieux de la justice desquels on n'était pas bien sur. Tous les défauts de Claudien et de la décadence sont là avec ce vice principal, ce scepticisme qui a éteint toute foi, et avec elle toute inspiration.

Après Claudien^ je pourrais vous entretenir de ces poètes que le souille du paganisme anime encore, mais je ne veux pas trop prolonger le spectacle de cette agonie.

Rutilius Numatianus conserve bien quelque chaleur au fond de son cœur romain; lui aussi honore dans Rome la maîtresse du droit aussi bien que la maîtresse des armes, et celle qui réunit l'univers sous une foi unique. Je pourrais trouver dans les écrits de ce poëte plus d'un trait qui ajouterait à la peinture de la société païenne, car jamais le paganisme n'a été plus hardi.

Claudien se permettait à peine une épigramme furtive contre Jacobus; mais Rutilius, cliemiii faisant^ en revenant de Rome à Marseille, a passé près de l'île Capraria et l'a trouvée habitée par des moines : il faut voir comment il traite ces gens à robe noire et à face maussade, il faut voir comment il qualifie ces hommes qui détestent la lumière et qui « d'un nom grec se disent « moines, parce qu'ils veulent vivre sans témoins, qui « fuient les dons de la fortune pour éviter ses coups, c( et se font misérables pour ne point connaître la mï- « sère. Quelle est celte rage d'un cerveau troublé de c< porter la terreur du mal jusqu'à ne pouvoir souffrir « le bien? (1). » Yous verrez plus tard ces paroles de Rutilius répétées comme un refrain par les poètes provençaux, par les poètes médisants de la langue d'oil, dans leurs querelles éternelles avec le clergé, et s'en allant de siècle en siècle jusqu'à nos pères, jusqu'à nous, qui peut-être les croirons nouvelles.

Il serait plus intéressant de suivre cette poésie païenne au moment où elle se glisse en quelque sorte sous* des plumes chrétiennes, de la voir dans deux hommes, l'un du quatrième, l'autre du cinquième siècle, Ausone et Sidoine-Apollinaire. Ce dernier s'at-

, (1) Processu pelagl jam se Capraria tollit.

Squalet lucitugis insula plena viris.

Ipsi se monacbos graio cognomine dicunt,

Quod soli nuUo vivere leste volunt.

Munera i'oriunae metuunt, dum damna verenlur; Quisquam sponlc miser, ne miser esse queat ? Quaînam perversi rabies tam stulta cerebri. Dum mala formidas, nec bona posse pati ?

(Rulil., Itiner., v. 459.)

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