I,ES LETTRES PAÏENNES. - LA POÉSIE
(ache en toutes clioses h son maître Claudien : il fait comme lui des épithalames, des panégyriques, de petits poëmes sur des sujets païens; Tliétis et Pelée, Vénus etCupidon, reviennent sous sa plume, et il compose des morceaux destinés à être appris par cœur. Dans un de ces passages il nous montre Rom(% sans casque, traînant péniblement sa lance et son bouclier, qui paraît au milieu de l'assemblée des dieux et leur adresse un discours dans lequel elle se plaint, maîtresse autrefois du monde, dobéii* aujourd'liui à la domination des Césars; mais, du moins, dit-elle, s'il faut que j'obéisse, (jue le ciel me donne des Trajan! C'est pourquoi Jupiter lui donnera Avitus, qui régnera un an et au milieu de tous les désordres, mais Avitus qui était le beaupère de Sidoine! Le poëte s'excuse de l'imperfection de ses vers sur ces barbares qui l'importunent, qui entonnent de rudes cantiques avec un accent qui rappelle les forets, sur ces gens bauts de sept pieds, dont la clievelure e>t graissée avec du beurre rance; il s'excuse alors de ne pas conserver toute la liberté d'esprit nécessaire à rinspir;ilion.
Fortunat ne se troublera pas pour si peu; il vit à la cour de ces terribles botes, mais il n'a pas pour cela oublié Claudien; en quittant l'Italie, il emportait précieusement sous son manteau le rouleau des poésies de son maître; il les étudie, il s'en pénètre, et, lorsqu'il arrive qu'un grand événement, un mariage, va s'accomplir entre Sigebert et la belle Brunehaut, le poëte italien est beureux : il trouve une occasion de placer tous
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ses souvenirs, il va chercher Cupidon à Chypre pour l'amener aux noces; il faut que le dieu vienne fiancer les barhares et faire leur éloge; ce sera l'Amour qui louera le prince et Venus la princesse, cette autre Vénus, plus belle que les Néréides et à qui les fleuves sacrifient leurs nymphes.
fpsa suas subdunt tihi llumina nymplias.
Ce que Vénus et l'Amour ne savent pas, c'est que cette belle Espagnole, cette jeune princesse barbare, l'enchantement du monde, sera un jour traînée parles cheveux à la queue d'un cheval indompté, en présence des armées barbares qui hurleront autour d'elle. Voilà ce que les divinités païennes ne savaient plus prévoir, ce que Jupiter ne savait plus annoncer ; aussi l'épopée n'était plus avec ces dieux sans prévision, mais dans le camp de ces barbares méprisés ; elle était là où elle a le tort d'être presque toujours, avec les vainqueurs: comme elle était avec les Grecs contre lesTroyens, avec les Romains contre le monde, elle était avec les barbares contre les Romains; elle était dans ces chants populaires qui célébraient le beau Sigurd, vainqueur du dragon, et groupaient autour de lui les héros de l'invasion; dans ces chants qui représentaient Attila, finissant par périr vainqueur du monde, mais captif, désespéré et mourant de faim, entouré d'or au fond d'une caverne dont on a fermé les trois portes de fer, pendant que son ennemi lui crie : Rassasie-toi d'or, désaltère-toi d'argent; elle était avec Théodoric, pous-
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sant les bètcs clans les bois, puis, dans sa vieillesse, devenant chrélien et appf)raissant encore de temps à autre, comme le croyaient les paysans de la Souabe au onzième siècle, pour annoncer aux hommes les dangers de l'Empire. Voilà où était la poésie, et c'est cela dont les Romains ne se doutaient pas.
Le théâtre n'avait pas péri par les vices de la décadence et des Romains dégénérés; il n'avait pas péri par les combats de jrladiateurs, les spectacles des mimes, les lectures publi([ues et la pauvreté du trésor. Il n'était pas tombé non plus par les ordonnances des princes chrétiens; ils avaient bien défendu d'abord que les représentations théâtrales eussent lieu ; mais une loi d'Arcadius, en 599, en interdisant certaines impuretés théâtrales, dit qu'elle n'entend point supprimer les jeux de la scène afin de ne point affliger le peuple, p;ii conséquent le théâtre subsiste, et Claudien compte parmi ceux qui inaugurent le consulat d(; Mallius les acteurs qui chaussent le socque comme ceux qui chaussent le cothurne, c'est-à-dire qu'on représente encore des tragédies et des comédies. Bien plus, on en l'ait; et nous trouvons à la fin du quatrième siècle deux comédies composées par les hommes de ce temps -là. L'une, le Jeu des sept sages ^ se trouve dans les œuvres d'Ausone, et c'est un sujet que le moyen âge a beaucoup répété et aimé : elle consiste en monologues dans lesquels chacun des sept sages vient à son tour débiter des maximes avec tout un appareil dramatique. L'autre comédie est le Qnerolus^ du quatrième siècle, que
M. Magnin a très-habilement commentée, et qui n'est pas une des moindres preuves que ce savant ait réunies pour prouver la perpétuité des traditions théâtrales. L'acteur chargé du prologue commence par demander aux spectateurs le calme et le silence pour un barbare qui veut répéter les jeux savants des Grecs, pour «n moderne que veut faire revivre l'antiquité latine, K^ar il s'attache aux traces de Plante, et c'est ÏAidulaire qu'il imite. Le premier personnage qui entre en scène €st un personnage tout païen, c'est le lare familier; vous verrez bientôt qu'il paraît devant une société en pleine décadence. Voici le sujet : un vieil avare appelé Euclion a caché son or au fond d'une urne, et, pour le mieux déguiser, il a rempli l'urne avec des cendres et a mis une inscription attestant que l'urne contient les cendres de son père ; puis il est parti, le cœur tranquille, pour un long voyage; il meurt en route, institue pour cohéritier de son fils un parasite, et le charge d'aller trouver ce fils et de lui apprendre que dans une urne est caché tout l'or que le vieillard avait amassé. Le parasite arrive, et, bien résolu à profiter seul du legs, il se fait passer pour un grand sorcier et introduire par Querolus, fils de l'avare, dans la maison : Querolus le laisse seul. Le sorcier visite bien toute la maison, mais il n'y trouve qu'une urne dont l'inscription lui dit qu'elle contient des cendres; de dépit il s'approche de la fenêtre et jette l'urne, qui vient se briser aux pieds de Querolus, et trahit ainsi son secret. Le parasite est assez hardi pour réclamer sa part, et il