‹ uvres complètes de A.-F. OzanamChapitre 25 sur 45 · I.KS f,KTTRES PAÏENNES. — LA l'OKSIf · texte numérisé non relu

I.KS f,KTTRES PAÏENNES. — LA l'OKSIf

présente son leslanienl; mais Querolus lui dit : « On tu savais ce (jue contenait liirne, et alors je te considère comme voleur; ou tu ne le savais pas, et alors je te ferai punir comme violateur de tombeaux.... » et la comédie est finie. Mais c'est une page de plus à ajouter à toutes celles que je vous ai citées déjà pour compléter ce que trop souvent l'éducation classi({ue dissimule : le revers de cette belle page de l'antiquité romaine. Querolus ne se borne pas, en effet, à faire la satin' de tout ce qu'il y a de public, d'ofiîciel, de solennel, dans la société ancienne, à trahir les mystères de perfidie et de cupidité de certains prêtres païens, à montrer comment, après avoir fait emporter les offrandes, ce sont eux qui les mangent, et ainsi de toutes les impostures qui faisaient le fond de ce culte; il ne se borne pas non plus à persifler les devins, les augures, les astrologues et tous ceux qui spéculaient sur la crédulité publique : il va plus loin, il fait connaître ce que sont les honnêtes gens du paganisme, ce que c'est qu'un homme d'honneur, digne d'être protégé par les dieux.

Le lare fait d'abord l'exposition du sujet : c< Je suis. « dit-il, le gardien et l'habitant de la maison qui me c< fut assignée; c'est moi qui tempère pour elle les déc( crets des deslins : si quelque bonheur est promis, je « le presse ; si quelque mal le menace, je l'adoucis. Je « gouverne les affaires de ce Querolus, qui n'est ni « agréable ni mauvais. Pour le présent, rien ne lui « manque : tantôt nous le ferons très-riche, et il en « sera digne, car, si vous croyez que nous ne traitons

<\ pas les gens de bien selon leur mérite, vous vous « trompez. »

Sachant que Querolus est toujours grondeur, fâcheux, il se promet bien de se réjouir à ses dépens. Querolus, entrant en scène quelque temps après, demande pourquoi les méchants sont heureux et les bons malheureux, et alors le lare lui dit qu'il va lui faire son procès ; Querolus déclare qu'il ne se compte point parmi les malhonnêtes gens; alors le lare lui fait cette question : « le lare : Querolus, n'as-tu donc jamais (( volé? — QUEROLUS *. Jamais, depuis que j'en ai perdu c( l'habitude. Jeune, j'ai fait, je l'avoue, quelques-uns (( de ces tours qu'on loue chez un jeune homme. — a LE LARE : Pourquoi donc renoncer à un crime si louac( ble, et que disons-nous du mensonge? — querolus : « Et qui dit donc la vérité? C'est la peccadille de tout (( le monde; passe à autre chose. — le lare : Il n'y a a point de mal à mentir; et que penses-tu de l'adul- « tère? — QUEROLUS : Mais l'adultère n'est pas un crime. <c — LE LARE : Quand donc a-ton commencé à le per- <( mettre? Dis combien de fois tu as juré, et ne perds a point de temps. — querolus : A la bonne heure, voilà c( le crime que je n'ai jamais commis. — le lare : Je te « passe mille parjures; compte-moi seulement les au- « très, et, pour taire le reste, combien de fois as- lu «juré d'aimer ceux que tu détestais? — querolus : Ci Malheureux que je suis! à quel juge impitoyable j'ai «• affaire ! j'avoue que j'ai souvent juré et lié ma parole « sans lier ma foi. »

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Lo lare, content de celte confession, veut rendre Querolus heureux pour prouver, une lois de plus, que les lionnètes gens sont excusés par les dieux de leurs peccadilles. Et ceci, remarquez-le, nous fait connaître ce que la société avait do plus innocent, et jugez par là des périls dont elle était entourée. Le lare, voulant donc récompenser Querolus de sa franchise , lui promet d'exaucer ses souhaits; cependant il l'avertira de tout leur danger. Querolus souhaite la gloire des hatailles, mais il ne veut pas des horions; il souhaite la cassette <le Titus, mais il ne veut pas de sa goutte; il veut être •lécurion, mais il ne veut pas payer l'impôt qu'il répartira; il souhaite enfin être un simple hourgeois, mais puissant et en mesure de pouvoir dépouiller ses voisins sans que personne puisse y trouvera redire. Le lare lui répond : « Ce que tu souhaites n'est plus la puissance, mais le hri^randafre. »

\oilà donc le désordre visihle et extérieur qui s'organisait aux portes de cette société opulente et lettrée. Mais il faut voir aussi le désordre au-dessous d'elle, au dedans d'elle, parmi cette redoutable et implacable société qui se composait d'esclaves. Dans le Querolus, il en paraît un, nommé Pantomalus, et il nous apprend ce qu'étaient les esclaves, ce qu'ils appelaient de leurs vœux, ce qu'ils préméditaient au cinquième siècle. « Il •< est reconnu, dit-il, que tous les maîtres sont mauvais ; « mais j'ai éprouvé que nul n'est pire que le mien, non « pas qu'on le trouve méchant, mais il est exigeant et fâf< cheux. S'il se fait un vol au logis, il s'emporte comme

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a s'il s\ngissaild'un crime. Si l'on jette au feu une tac( ble, une chaise, un lit, le voilà qui gronde, il appelle (( cela de la précipitation. Les dépenses, il les écrit d'un « bout à l'autre de sa propre main, et ce qu'on n'a « point dépensé, il prétend qu'on le rende. Oh! que les «maîtres sont injustes! Ils nous trouvent endormis ce parce que le jour nous avons sommeil. Le secret, « c'est que la nuit nous veillons. Je ne sache pas que c( la nature ait rien fait de mieux que la nuit. La nuit, « c'est notre jour. C'est alors que nous allons aux bains, c( que nous y allons avec les servantes et les belles es- « claves. N'est-ce point là une vie libre?... Nous enfer- « mons les maîtres chez eux, et nous nous assurons de a leur absence. Entre nous, point de jalousies; entre « esclaves, il n'y a qu'une seule famille. Pour nous, c( c'est tous les jours fêtes, noces, jeux et bacchanales, et c( voilà pourquoi beaucoup ne veulent pas être affran- « chis. Quel homme libre pourrait suffire à tant de dé- « penses et s'assurer de tant d'impunité? »

Vous voyez donc que la famille n'était pas moins menacée que la propriété au cinquième siècle, vous voyez aussi quels périls ébranlaient profondément ce monde qui se couvrait extérieurement de marbre et d'or, quels dangers domestiques assiégeaient ces fiers patriciens, ces grands possesseurs de la glèbe, au moment où ils allaient passer leurs journées entières sur les gradins d'un cirque, applaudissant la course d'un char.

De deux choses l'une : ou le poëte a voulu accabler les esclaves sous leurs propres vices et répondre aux

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