LES LETTRES PAIKNNES. — LA POESIE
pl;iinl<'s (lu christianisme en montrant qu'ils étaient indignes crètre alTranchis, et s'il en est ainsi, j'inscris ce témoignage comme une de ces preuves éternelles de la (hireté impitoyable du paganisme à l'égard de cette portiou de l'humanité qu'il maintenait en esclavage; ou bien il voulait montrer les périls de la société, et ;iIors j'admire la haidiessc des Pères de l'Eglise (pii Taisaient entendre, lout en tolérant l'esclavage, de si sévères leçons sur l'égalité des hommes devant Dieu; et aujourd'hui je me demande si sont fondées les craintes de ceux qui voudraient renvoyer à des temps sans périls ces vérités blessantes, comme si l'Evangile et ses vérités n'avaient pas été faites pour le temps on beaucoup souffrent et où il faut cpie beaucoup se sacrifient! Les représentations dramatiques se continuent pendant les siècles suivants. ThéodoriC; en 51 0, relève à Rome le théâtre de Marcellus, et le sénat romain se met en frais pour l'approvisionner d'acteurs. Dans la Gaule, Chilpéric répare la scène de Soissons : on y représente Tércnce au septième et au huitième siècle. Nous en avons la preuve dans un fragment qui nous a été conservé et qui s'ouvre par un prologue dans lequel renlrepreneur de théâtre, appelé Jérôme, annonce aux spectateurs qu'on va leur donner une comédie de Térence : alors paraît un baladin (delusor)^ un farceur qui s'ennuie d'entendre parler de Térence et qui veut qu'on renvoie ce poëte décrépit. Térence paraît en personne et se prend corps à corps avec ce jeune homme qui l'a insulté; de là un dialogue et le commencement d'une comédie nou-
vellc cl barbare. Le farceur réplique à Térciicc en lui disant : « Je vaux mieux que loi^, tu as vieilli, je suis « jeune, tu n'es qu'un vieux tronc dessécbé, et moi un (( arbre vert. » Térence lui demande quels sont ses fruits, les deux interlocuteurs s'injurienl, ils en sont aux menaces, et il est très-beureux que le fragment s'interrompe, car ils vont en venir aux coups (1).
En (380, un concile de Rome interdit aux évoques d'assister aux spectacles de mimes. Plus tard, une lettre d'Alcuin exhorte un certain nombre d'abbés, prêtres comme lui, à s'abstenir des représentations théâtrales. A.U onzième siècle, aux noces de Béatrix, mère de la comtesse Mathilde, on voit encore les mimes venir représenter des jeux à la manière des anciens. Un peu plus tard, Vital de Blois compose deux comédies : l'une est intitulée Gela; l'autre, c'est VAnipliifrijon. Musï on représentait V Amphitryon pour les hommes du douzième siècle, comme Molière le fera encore repasser sous les yeux de la cour grave et savante de Louis XiV. Tant on a de peine à tuer cette vivace antiquité qui revient dans tous les siècles, non pas seulement dans les siècles de la renaissance, mais dans les siècles les plus chastes, les plus sévères, les pins éloignés du goût des anciens !
En effet, la mythologie n'est pas, comme on Ta cru longtemps, une résurrection posthume, un prodige de la renaissance, un effort pour faire rentrer dans la lit- Il) V. Bii)liotli. (!e TÊcole des Chartes, 1'" série, t. I, p. 517.
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tûralure des éléinonls qui en seraient sortis; ce n'esl pas le Tasse. Camoëns, Miltor.^ (jiiil faut accuser d'avoir ranuMié les inuses païennes; la mythologie, c'est le paganisme se perpétuant dans les lettres, comme il se jierpélue pnr la superstition dans la religion, dans le droit, par ropprcssion des i'aibles, par l'esclavage, pai' le divorce. De même que vous avez des astrologues qui continuent la science païenne, de même nous avez des mythologues qui conlinuenl la liltérature païenne.
La mythologie était entrée profondément dans h»s mœui's de ranlicjuilé : Rome, disputée entre Bélisaire et Tulila, conservait encore le prétendu vaisseau sur lequel Knée avait abord(' aux rivages de l'Italie. A Bcnévent on montrait les dents du sanglier d'Erymanthe, et, parmi les ornemcnls que l'empereur devait porter dans les jours de fête, s'il venait h Uome, se trouvaient brodés fe labyrinthe et le Minolaun\ afin d'exprimer que la pensée de l'empereur devail èlre impénétrable à ses sujets.
Dansées mosaïcjucî? qui font l'ornement et la beaulé des églises de Ixavenne «'l de Venise, nous retrouvons une quantité de sujets empruntés à la Fable. Ainsi on nous représente le baptême du Christ, et le Jourdain est figuré par un vieillard nu, la lète couronnée de roseaux, et versant une urne qui s'épanche et qui forme le fleuve. On représentait la terre sous la forme d'une femme tantôt nue, tantôt toute couverte de fleurs; l'abîme, sous les traits d'un homme vomissant des eaux. Les livres Carolins s'attachent à ces abus et les dénon-
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cent, mais vainement; à ce point que, sousCliarlcma<^ne, les arlisles employaient tout leur temps n représenter Actéon, Atys, Bellérophon : ainsi la Fable est partout triomphante. Un peu plus tard, clans les descriptions qu'on nous fait des palais et de leurs mosaïques, on nous avertit que dans la pièce principale nous verrons ligure l'Amour décochant ses flèches, et autour de lui les belles dames de l'antiquité qu'il avait atteintes. Dans les l'êtes de Florence, des bandes déjeunes gens parcourent la ville; le plus beau marche en tète et s'appelle l'Amour. Nous savons aussi que dans les noces, au moyen âge, on avait coutume de représenter de petits drames ou pièces pastorales dans lesquelles apparaissait l'Amour qui perçait de ses flèches les dames présentes. Le premier poëme dramatique espagnol, qui est de Rodrigo de Cota (1470), n'est qu'un dialogue entre un vieillard et l'Amour (1).
Voilà la mythologie dans les mœurs et dans les arts : jugez si elle ne devait pas passer dans la poésie, et si nous devrons être étonnés de (rouver les barbares composant des œuvres toutes païennes, et de les voir donricr j au septième et au huitième siècle, dans toutes les impuretés de Catulle; les fables d'Ovide seront traduites et versifiées; j'ai même trouvé à Saint-Gall une complainte d'OEdipe, complainte rimée comme les chants d'église et annotée de telle sorte que la musique est jointe au texte, ce qui fait voir que c'était l'œuvre
(I) Voir les notes à la lin de la leçon.