‹ uvres complètes de A.-F. OzanamChapitre 32 sur 45 · LES I.KTTRES DANS I.K CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LES I.KTTRES DANS I.K CHRISTIANISME

sinage faisait ombrage aux immorteis. Jamblique, Maxime d'Eplièse, et tous les derniers disciples de Plotin, qui avaient suivi ou altéré sesdoctines, plongés dans toutes les aberrations de la théurgie, n'étaient occupés qu'à invoquer les démons et les dieux. Le dernier rempart du paganisme était chez ces rhéteurs, ces poètes, ces philosophes, aussi bien en Occident qu'en Orient; Libanius s'en félicite et nous dit qu'à Rome les sophistes grecs ont encore beaucoup d'alliés; c'est aussi le témoignage d'Ausone, qui, parmi les professeurs publics de Bordeaux, compte un nommé Phœbitius, prêtre de Bélénus, qui se vantitit d'être issu de la race des druides. L'école était si nécessairement païenne, que c'était une question de savoir jusqu'à quel point un chrétien pouvait continuer d'enseigner les lettres, et Tertullien n'hésitait pas à adopter la négative, a car, disait-il, il faut qu'ils enseignent les noms des dieux, leurs généalogies, les attributs que leur prête la fable; qu'ils observent les solennités et les fêtes païennes d'où dépendent leurs émoluments... La première redevance apportée par l'élève est consacrée à l'honneur et au nom

de Minerve les étrennes se donnent au nom de

Janus; si les édiles sacrifient, c'est jour férié (1), » et Tertullien conclut en défiant celui qui enseigne les lettres de pouvoir se dégager de ces liens de l'idolâtrie. Mais un lien bien autrement fort, c'était le charme de ces fables discréditées, ce semble, qui faisaient haus-

(l)TertulI., (le IdoloUitria, c, x.

ser les épaules à Gicéron et embarrassaient Varron. Ces fables semblent ressusciter en présence du cbrislianisme ; en présence de ces doctrines si sévères, si pleines de mortifications et d'auslérilés, quelque cbose de charnel et d'enchanteur se soulève et se rejette avec force du côté des grâces, des muses et des voluptés. Voilà à quels attraits il fallait s'arracher pour que les lettres devinssent chrétiennes, voilà contre quelles tendances il fallait lutter pour entrer au giron de la vérité nouvelle, qui ordonnait d'abandonner même les charmes et les illusions d'esprit. Il ne faut donc pas s'étonner du grand nombre d'apostasies que l'on trouve, à cette époque, parmi les gens de lettres. Ne sont-ce pas les muses de la Grèce, Homère lui-même, qui deviennent coupables de l'apostasie de Julien? Quand Julien est monté sur le trône, faut-il nous étonner de voir tous ces gens de lettres se précipiter dans les temples n sa suite? De même encore, lorsque Théodose rend ses décrets terribles contre l'apostasie, on sent que ce mal ronge profondément le christianisme. Licentius, élève de saint Augustin, un jeune homme en qui il a mis toutes ses complaisances, qui a passé plusieurs mois avec lui dans ces sublimes et familiers entretiens de Gassiciacum, Licentius est chrétien ; cependant le démon de ia poésie le poursuit, le tourmente, et il s'échappe pour aller composer une pièce sur Pyrame et Thisbé. Rien n'est plus touchant que de voir alors les efforts de saint Augustin : tantôt il raille Licentius, et il essaye de l'arracher à ses muses, tantôt, croyant le conseil plus sage,

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