‹ uvres complètes de A.-F. OzanamChapitre 39 sur 45 · I.A PIIIF.OSOPIIIE CHRKTIKNNK. 5ti · texte numérisé non relu

I.A PIIIF.OSOPIIIE CHRKTIKNNK. 5ti

lui on( «'h! inanifostéos dans l'omljiv des mystères, mais .jiril vent contomplor de nouveau et face à face, est un besoin irrésistible et impérissable de la nature liumainc. Aussi, ijnelle est la religion vraie ou fausse du x'in de liupielle ne soit sortie une philosophie pour la confirmer ou pour la contredire ? Ces deux grandes vérités, Dieu et l'immortalité de l'ame, ces deux vérités à la fois souverainement aimables et souverainement «'ffrayantes, n'ont jamais cessé de poursuivre l'humanité, et par un chemin ou par un autre ont cherché à parvenir jusqu'à elle. De tout temps la philosophie a Irouvé deux voies pour atteindre ces idées dontl'atlrail la ravissait : l'une de ces voies est l'étude, le raisonnc*ment laborieux qui, à chaque instant, s'arrête pour se rendre compte du pas (|u'il a fait; ce raisonnement méthodique c'est la logicjue. la scienccî de lier hîs idées; il entasser l'Ossa sur le Pélion pour escalader jusqu'à Dieu; mais les montagnes sont lourdes à soulever, la dialectique n'est pas un médiocre effort pour l'esprit humain, et souvent son ambitieux édifice s'est écroulé avant qu'il fût seulement à moitié construit. C'est pourquoi I homme s'est retourné d'un autre côté, et, apercevani qu'à certaines heures il était illuminé par des vérités qu'il n'avait point cherchées, que l'inspiration avait ses instincts et la contemplation ses éclairs, il s'est demandé pourquoi il ne contemplerait pas ; il a cherché alors une autre méthode qui consiste dans l'effort de la volonté, dans la purification du cœur, dans le travail intérieur de l'amour, en un mot, au lieu delà !o-

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gique, il a mis sa confiance dans la morale; en se rendant digne de Dieu, il a pensé qu'il pouvait aussi stî rendre capable de le contempler. Ces deux méthodes, Tune qui procède par le raisonnement, par la logique, l'autre qui procède par la contemplation, par l'amour moral, ont constitué deux philosophies : le dogmatisme et le mysticisme.

Je ne veux pas remonter à l'origine du mysticisme et vous montrer dans l'Inde, dès la plus haute antiquité, ces contemplateurs immobiles, résidant toute leur vie sur le point où ils ont établi leur premier séjour, s'interdisant tout mouvement, fixant leurs yeux devant eux et se livrant aux derniers efforts de la privation et de la mortification pour conjurer Dieu et le faire descendre en eux; d'autre part, ces philosophes spéculatifs qui, éclaircissant les textes des Védas, imaginèrent plusieurs systèmes philosophiques pour éclairer la révélation qu'ils se supposaient donnée. Je laisse cette antiquité trop reculée, et, m' arrêtant à la Grèce, où paraissent aussi ces efforts, où les mystiques, avec Pythagore, font consister la sagesse dans l'abstinence et la continence, où d'un autre côté se montrent les dogmatiques avec Thaïes, les sophistes et la moitié de l'école de Socrate, je me contente des résultats qu'aura pu obtenir le génie grec, le plus beau rejeton de l'esprit humain, et je me demande ce qu'Aristote et Platon, les deux plus vastes intelligences que la Grèce ait produites, auront obtenu sur ce point capital auquel tend la raison humaine: la science de Dieu.

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rialoii a [)oiiss('' la science de Dieu plus loin qu'aucun (les anciens: il a conçu Dieu surtout comme l'idée du bien, par (|ui les êtres sont nécessaiiement intelligibles et par qui ils (îxislent; c'est un Dieu bon, qui par bonté a produit le monde, mais il ne l'a pas tiré du néant, il l'a produit avec la matière antérieurement existante qu'il a fait sortir du cliaos dans lequel elle s'agitait, et il a combattu contre cette matière rebelle qui modifie, gâte et corrompt ses œuvres. Ce Dieu de Platon est bien grand, mais il n'est pas libre, il n'est pas seul, il vit éternellement côte à côte avec la matière indisciplinée, il est vaincu dans ses efforts par la lésistance qu'elle lui oppose, il n'est maître qu'à demi; ce Dieu grand, bon, mais qui n'est pas libre, qui n'est pas seul, ce n'est pas Dieu.

D'autre part, Aristote, dans les quatorze livres de sa Métaj)liysique, Aût les derniers efforts pour surpasser Platon; il réunit l'appareil scientifique le plus vaste (juuiie main humaine ait jamais remué. Cet homme, qui savait l'histoire des animaux, qui avait posé les bases d'une république, qui avait étudié les lois de l'esprit humain et classé les catégories de la pensée, sent enfin le besoin de résumer tout son travail; il étend les mains à droite et à gauche; il rassemble toutes les connaissances qu'il a puisées dans l'étude de l'univers entier, et de ces notions les plus ardues de la substance et de l'accident, de la puissance et de l'acte, du mouvement et de la privation, il compose comme autant de degrés au sommet desquels, respirante peine,

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et Iialetanl de ce iravail prodigieux auquel il s'est condamné; il croit enfin être arrivé jusqu'à Dieu. 11 proclame un premier moteur nécessaire, éternel, un moteur éternel d'un monde éternel comme lui, qui meni tout l'univers, mais sans le vouloir, sans l'aimer, paiune sorte d'attraction physique qu'il subit sans la diriger. Ce Dieu est puissant, intelligent, il trouve son bonheur dans la contemplation de soi-même, mais il n'est pas bon, il n'aime pas ses œuvres, il n'aime que lui : il est donc plus imparfait encore que le Dieu de Platon.

Voilà ce que l'esprit humain, aidé de toutes les lumières qu'avaient produites des siècles de travaux infinis, avec l'essor immense que lui avaient imprimé la faveur des temps, l'éclat et les splendeurs des siècles de Périclès et d'Alexandre, voilà ce que l'esprit humain avait obtenu. Vinrent Épicure et Zenon, l'un avec ses atomes, l'autre qui faisait de Dieu un grand animal, une substance corporelle; puis Pyrrhon et avec lui le doute universel, que Gicéron essaya vainement de combattre en entourant des plus vives lumières les deux grandes vérités fondamentales de toute vraie doctrine, l'existence de Dieu et l'immortalité de l'àme. Mais atteint lui-même par le scepticisme, il finit par trouver Dieu probable et l'immortalité de l'àme souverainement désirable pour les gens de bien. Voilà la philosophie jusqu'au christianisme.

Le christianisme est venu renouveler les forces de l'esprit humain, surtout en lui donnant ce sans quoi

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