I.A l'IlIl.OSOrilU: CIIUKTIEN.NE
iiiLMils de son cœur? Aussi, au milieu de l'horreur que lui inspirent la fougue et les dérèglements de sa jeunesse, on reconnaît que cette Ame ne se précipitait ainsi dans de coupables amours que j)arce qu'elle était affamée d'un autre amour, et parce qu'une nourriture divine lui avait été retirée. A dix-neuf ans, ïllortensius de Cicéron tombe entre ses mains, et alors il prend en dégoût la fortune et jure de n'aimei- (jiie Téternelle sagesse, « et déjà, dit-il, je me levais pour retourner à « vous, 0 mon Dieu (l)! » Cependant ïllortcnsius ne le satisfaisait qu'à demi; il s'affligeait de n'y pas trouvei" le nom du Christ, mot qui était resté attaché, avec «Hudquc chose de tendre et de doux, au fond de son cœur.
Les juanichéens parlent du Christ, et c'est ce qui l'attire vers eux; il était tourmenté de la pensée de Dieu et se demandait sans cesse : Qu'est-ce que le mal? d'où vient la présence du mal? Une secte qui lui promettait l'explication du mal devait donc le séduire. Les manichéens lavaient entraîné jusqu'à co point, qu'il admettait avec eux un Dieu corporel, une âme corporelle ; aucune notion d'esprit n'entrait dans son intelligence ; il croyait que le Christ résidait entre le soleil et la lune, qu'il n'avait eu qu'un corps fantastique, que l'homme primitif avait été mis en morceaux par l'esprit des ténèbres, que les plantes exhalaient différentes parties de l'âme du monde avec leurs parfums,
(I) Coufesiioms, l. lli, t. iv.
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et que la figue qu'on détache de l'arbre versait une larme de douleur. Voilà ce que croyait saint Augustin plutôt que de ne rien croire^ tant cette Ame avait besoin de se sacrifier, de se dévouer tout entière! Ce n'est pas tout : les manichéens eux-mêmes finirent par le fatiguer de leurs exigences, des sacrifices qu'ils demandaient à sa haute raison, et, en même temps, les livres des néoplatoniciens étant tombés entre ses mains, il y trouva une philosophie qui lui parlait encore de Dieu comme du souverain bien. Il se laissa attirer vers eux de préférence. Avec eux il commençait à comprendre Dieu autrement que sous des formes corporelles, comme une lumière sacrée, invisible, impalpable. Cependant ces notions avaient tant de peine à pénétrer dans son âme, qu'il hésitait encore : c( Et je disais : La vérité n'est-elle c( donc rien parce qu'elle n'est répandue ni dans un ce espace fini, ni dans des espaces infinis? Et vous m'a- « vez crié de loin : Je suis, je suis celui qui est; et j'enc( tendis comme on entend dans le cœur, et il ne me fut c( pas plus possible de douter de la vérité que de ma « vie (1). »
Mais, au moment où cette révolution s'opérait dans l'esprit de saint Augustin^ il quittait Carthage, en o85, et faisait voile pour Rome, laissant sa mère agenouillée sur le bord du rivage pendant que le vaisseau cinglait et emportait au loin ce fih de tant de larmes. A Rome, le préfet de la ville auquel on avait demandé un profes-
(1) ConfessioneSt 1. VII, c. x.