XVI PRÉFACE
« — Or il leur survient une poésie faite pour eux, a et ils sont reconnaissants de ce qu'on fait pour eux, « comme le peuple l'est toujours. Elle est indigente, « dépouillée de ces riches ornements d'autrefois; ils ne c( l'en accueillent que mieux, ils la reconnaissent, la a font asseoir au foyer, et lui disent : ma sœur.
a La poésie fit comme la religion faisait alors, « comme ces moines mendiants, ces fils de barons a qui prenaient les livrées du pauvre pour aller le con- « soler et qui en étaient bien reçus, s'asseyant au foyer, c( avec des conseils pour toutes les situations et des « paroles pour toutes les douleurs
« Mais la poésie didactique a un autre intérêt
« pour nous, un intérêt historique. C'est comme le c< son des instruments qui annonce la marche d'une c< armée. C'est un instrument trivial peut-être, le tamc< bour des fantassins. Mais les pesants bataillons du « tiers état sont derrière. — Ce langage audacieux ne c< pouvait être tenu que par une époque audacieuse. — « Cette poésie portait une révolution dans ses flancs. »
A propos de la poésie didactique, la plus aride de toutes, il a été appelé en parlant de la science à parler du mystère qui est au fond de la science et de l'inspiration qui fait les découvertes.
« — Au fond de la science on rencontre le mystère, c( au fond de la conscience on sent la présence de quel-
'^ PRÉFACE. xviF
« que chose qui n'est pas elle, qui est j)lus grand (( qu'elle, qui ne s'adeinl pas par l'analyse, dont on ne (( se rend pas maître, mais qu'on n'approche pas im-
« punément, qui maîtrise, suhjugue, inspire Les
« grandes découvertes de la physique même se sont « faites par voie d'inspiration — Aussi, toutes les fois « que la science a été traitée par les poiMes, l'inspira- « lion n'a pas manqué. — Ainsi, quand les prèlres lé- « gitimes d'Israël offraient le sacrilice, le feu du ciel « descendait : (piand c'étaient les prophètes de Baal, (( l'holocauste s'éteignait sur l'autel préparé. »
C'est peut-être ici le li( u de rappeler qu'Ozanam a fait plusieurs cours sur l'ancienne poésie germanique. Professeur de littérature élrangère, il n'ouhliait pas. même pour ses études de prédilection, le devoir de sa chaire, et il y expliqua l'Iliade du moyen \\%Q^ les Niebelungen.
Je reviens au plan d'Ozanam et j'en continue l'exposition : je trouve d'abord les notes d'un cours sur l'histoire littéraire de l'Angleterre à partir du sixième siècle, où il est traité avec détail des moines irlandais, des couvents anglo-saxons, de Bède, d'Alfred hî Grand. Ozanam avait fait une étude particulière sur saint Thomas de Cantorbéry, comme le prouve un écrit de sa jeunesse, intitulé : ])mx chanceliers (F Angleterre. L'autre chacelier est Bacon.
"xviii PRÉFACE.
Une masse considérable de noies sur Tllalie montre qu'il était beaucoup plus avancé pour cetle partie de sa tache. Ozanain aimait l'Italie, où le hasard l'avait fait naître, bien que sa vraie patrie fût la France. Il visita l'Italie plusieurs fois; en 1847, il en revint avec un rapport adressé à M. de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique, qui contient d'intéressantes découvertes, et en tête duquel il plaça un savant travail sur /es Ecoles, Ce voyage fut aussi l'origine d'un discours prononcé dans sa chaire de la Sorbonne, à l'ouverture d'un de ses cours, et dans lequel il traite de la poésie populaire en Italie. La substance de ce discours forme l'introduction à l'ouvrage sur la poésie des frères franciscains. Pendant la dernière et triste visite qu'Ozanam fit à l'Italie durant les années 1852 et 1853, il trouva moyen^ qui le croirait? atteint d'une maladie mortelle et dépérissant chaque jour, d'écrire, à propos de son voyage, des pages comme il savait les écrire; de faire encore de laborieuses recherches dans les bibliothèques de Florence, de Pise et de Sienne; de copier, par exemple, plusieurs fragments étendus des sermons de Maurice de Sully, évêque de Paris, en vieux français; de relever, dans les catalogues de la Magliabecchiana, los titres de manuscrits nombreux, et surtout de tracer d'une main affaiblie, mais avec une netteté et une fermeté singulières, le plan d'une histoire de la commune de Milan, qui devait faire partie d'un ouvrage