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liislorique sur les communes italiennes, auquel Ozanam voulait donner la forme de récits dramatiques. Son dessein était de suivre la marche de la civilisation et des lettres en Italie depuis le cinquième siècle jusqu'au treizième. Dans les notes de ses cours, qui se rapportent à ce vaste sujet, il commence h l'arrivée des Goths en Italie; les œuvres de Boëce, les écrits de saint Grégoire, y sont analysés, la vie de ce grand pape y est racontée. Après les récits historiques sur les communes italiennes, seraient venus deux écrits, fjui ont été puhliés : les poésies des frères franciscains, et l'ouvrage sur Dante; car la majestueuse figure de Dante devait apparaître au sommet de l'édifice comme ces figures de saints et de prophètes qui forment à l'église de Saint-Jean de Latran une couronne si magnifique, eL se détachent avec tant de grandeur sur le ciel de Rome.
Ozanam voulait que son œuvre totale, une par l'esprit, se composât de plusieurs œuvres de formes différentes : l'histoire, l'histoire littéraire, des études d'art, se seraient succédé suivant la nature des sujets particuliers, et eussent, par une heureuse diversité, soutenu l'attention, dans une carrière de si longue haleine, en évitant la monotonie.
Dans les notes, la vie de saint Benoît, la période carlovingienne en Italie, le livre célèbre de Pierre Lombard, la philosophie de saint Anselme, sont l'objet
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d'études approfondies. La doctrine de saint Thomas, le mysticisme de saint Bonaventiire, sont exposés par cet esprit qui traitait les matières philosophiques avec autant de force qu'il apportait de goût dans les appréciations littéraires.
J'extrais quelques fragments rédigés des noies de ses cours sur l'Italie, comme je l'ai fait pour ses cours sur l'Allemagne; ces fragments se détachent parmi les notes comme des ligures terminées avant le reste, dans l'esquisse d'un maître. Le premier, à propos de la décadence des républiques italiennes, respire une maie tristesse.
c< L'histoire des décadences est triste, elle n'a pas « coutume d'attacher les esprits : elle est cependant « pleine d'enseignements nécessaires. De même que c( les médecins, penchés sur le lit des malades ou sur la c( couche funèbre des morts, y apprennent les secrets « de la vie; de même il faut que le spectacle des socié- « tés qui périssent instruise les nations qui veulent c( durer. Pour connaître ce que vaut la liberté, il ne « suffit pas de savoir ce qu'elle coûte et à quel prix les « peuples l'acquièrent : il faut savoir à quel prix ils « peuvent la conserver, et comment la Providence, afin « d'en faire le plus précieux des biens terrestres, a « voulu qu'il fût aussi le plus facile à perdre. Si ce ce spectacle a son utilité, il a bien aussi son attrait, et
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u si les hommes do tous les siècles ont connu le plaisir i< de la tragédie, et ont aimé à pleurer les malheurs « des rois, y a-t-il moins de larmes dans le malheur « d'un peuple <]ui fut lihre, qui fut prand, qui paya a son indépendance de son sang et qui la perd par ses c< fautes? »
Dans le fragment (|ui suit, il est encore question de décadence, mais le ton en est moins triste; je le place ici à titre de consolation :
« Nous n'aimons pas le spectacle des décadences : n Nous aimons ce qui est héroïque, ce qui vaut mieux « que nous, ce (ju'il faut admirer, et ce sentiment fait « honneur à la nature humaine. Cependant les déca- « dences soiil instructives. Il faut savoir pourquoi les « grandes choses finissent, si c'est une fatalité qui les u précipite, si c'est par des fautes qui les font descen- « dre. f^es décadences sont fécondes. Tout ne périt <( point dans les institutions qui s'écroulent. Il y a qucl- « que chose de protecteur dans leui's débris, et quand « il n'en resterait que l'ombre, l'ombre sert à couvrir (i ce qui doit naître. — Les crevasses d'un vieux mu- « nument cachent le nid d'oiseaux. — C'est ainsi que a des ruines de celte société du moyen âge nous ver- <( rons sortir la joyeuse volée des poètes italiens et i< l'aigle de Florence. »
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Puis viennent quelques lignes où l'on découvre une remarquable énergie de pensée.
a Ce qui fit la ruine des pouvoirs, ce fut ce qui c< semblait en faire la force, ce fut l'idée du droit : « ce furent les légistes. — La noiion de justice peut « se prendre par deux côtés, comme droit et comme « devoir : la même ligne marque jusqu'où va la lice berlé, elle marque aussi où la liberté s'arrête. — c< Le christianisme avait civilisé la barbarie en ap- (( prenant aux princes et aux peuples le devoir, par c( conséquent la contrainte de soi et le respect d'au- « trui : toute sa jurisprudence était animée de ce géc( nie. L'école retourna l'idée sainte de la justice, elle c< l'envisagea de l'autre côté, elle enseigna aux hom- « mes, surtout aux puissants, leur droit, c'est-à-dire le « respect en soi et la contrainte d'autrui : c'était le gé- « nie égoïste de l'antiquité, des lois romaines »
Quoi de plus gracieux que le début de ce morceau sur la théologie scolastique, dans lequel on voit à la fin la poésie s'échapper du tissu serré des notes comme un oiseau s'échappe en chantant à travers les mailles d'un filet ?
« En commençant l'étude des grands monuments « littéraires qui honorèrent l'Italie au moyen âge, nous
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<( nous sommes arrêté d'abord devant la théologie, à « peu près comme le voyageur moderne qui, parcourant a les villes italiennes, visite d'abord les églises, sûr d'y « trouver ce que les hommes auront pioduit de plus « pur et de meilleur. C'est qu'en effet aucun peuple « ne fut plus travaillé de la pensée des choses divines. « Nulle part le génie théologique ne fut si puissant et « si durable : saint Ambroise, saint Léon, saint Gré- « goire, jusqu'à Bellarmin, Cajetan, et ces hommes qui c< du fond de leurs cloîtres soutiennent encore contre « l'exégèse allemande lont l'effort de la coniroverse « chrétienne. Tandis que les églises d'Orient s'agitent, (c et que les conciles s'y rassemblent et s'y contredisent, « toutes les grandes questions perlées à Rome y sont « résolues dans le même sens : on y trouve un esprit c( ennemi des subtilités et des rêveries, la précision et « la simplicité nécessaires pour instruire et pour gou- « verner les hommes... On a cru les populations du « Midi moins religieuses que celles du Nord, on a exce pliqué cette différence par les distractions d'une na- « ture plus brillante. Non, il n'est pas besoin de glaces, « débrouillard... caractère de la campagne romaine, « les bœufs pensifs, le pâtre qui se souvient de Dieu.. . « Plus la n'Uture est belle, plus elle laisse transparaître « l'éternelle puissance... le ciel de Naples... 11 semée blait que le dernier voile de l'invisible allait se fen- « dre, et l'invisible se montrer. »
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Enfin, quoi de plus ingénieux que les deux morceaux suivants? La naïveté de la poésie populaire remplaçant l'échafaudage de la littérature savante, tel est le sujet du premier; dans l'autre, la sécheresse des questions abstraites de la théologie se traduit par les plus charmants symboles.
« Ainsi, pendant qu'on voit déchoir l'école, la lilté- « rature savante, officielle, qui avait des privilèges, « qui parlait latin, on voit s'élever derrière elle une « littérature populaire. Nous considérons fcette décac( dencc avec regret, mais non pas avec désespoir. Un (( des beaux ouvrages de la mécanique fut l'appareil « employé par Fontana pour ériger l'obélisque du|Ya- « tican sur la place de Saint-Pierre. Les représentations « qu'on en conserve sont encore admirées des savants. (( Songez si les mécaniciens de Rome durent en faire « estime, et avec quel regret ils durent voir démonter « ce puissant échafaudage. Mais, quand les dernières « solives furent enlevées, on vit dans toute sa majesté « et son élégance, le grand obélisque, couronné d'une c( croix avec cette inscription sur sa base : Christus « vincit, CJiristus reg7iaî, Chrûhis imperat. Nous ne c< pouvons pas non plus assister avec indifférence « à la chute de cet échafaudage de l'école, qui avait « servi, en des temps si difficiles, à relever l'art c( déchu. Mais déjà nous voyons l'art se dégager des
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(( étais qui le chargoaient en le soutenant, et paraître « enfin, dans sa liberté, le monument de la poésie ita- (( lienne avec le même signe sacré que l'obélisque de c( Saint- Pierre et avec la même inscription. .. »
c< Voilà comment la Providence s'y prend, afin d'en- « tretenir l'activité de l'esprit humain. Ses moyens sont « simples : il lui suffit d'un petit nombre de questions n qu'elle ne laisse pas périr et qui reviennent toujours. « Ouand l'hiver commence, il semble que toute la vé- (( gétalion va périr, le vent balaye fleurs et feuilles; c( mais il se conserve quelque chose de petit, d'inaperçu, « de sec et de poudreux : ce sont des graines, et toute « la vie végétale y est renfermée. La Providence en « prend soin, elle leur donne une écorcc qui les pro- « tége contre la saison mauvaise: quelques-unes ont c< comme des ailes pour voyager dans l'air, la tempête c< les emporte, les eaux les entraînent jusqu'à ce qu'elles « aient trouvé la terre et le rayon de soleil qu'il leur <( faut pour refleurir. Ainsi, quand viennent les siècles c< barbares, les mauvaises saisons de l'humanité, on « voit se flétrir toutes ces fleurs de la poésie et de <( l'éloquence : il semble que toute la végétation de la « pensée va périr. Elle se réfugie cependant dans ces c( questions qui semblent petites, sèches et arides : la a Providence en prend soin, elles traversent ainsi trois c( ou quatre cents ans : la parole les emporte dans des