XXVI PRÉFACE
(( pays et des temps nouveaux, jusqu'à ce qu'elles « aient trouvé le lieu et le moment qu'il leur fallait, c( qu'un homme de génie les prenne pour les cultiver, c( qu'il y mette ses sueurs et ses sollicitudes, et qu'elles « germent enfin. »
Enfin quoi de plus touchant que les réflexions suivantes sur le surnaturel, suggérées au professeur par la Légende dorée!
a Le surnaturel. — Tous les grands hommes y ont « cru : Platon, Cicéron, Newton, Leibnitz. La nature « ne suffît pas aux grands esprits. — Ils s'y trouvent à « l'étroit. Ce monde, si vaste qu'il soit, est trop petit « pour nous. — Surtout, si dans quelque temps il ne c( doit plus avoir à nous donner que six pieds de terre; « mais surtout si nous eûmes une mère qui aima les (( pauvres, qui nous aima, qui s'épuisa de tendresse c( pour faire de nous des gens de bien; si nous eûmes <( une sœur qui abandonna la terre avant d'avoir connu (( d'autre amour que celui de Dieu : ah! n'avons-nous a pas besoin de placer ces personnes chéries dans un <( monde meilleur que celui-ci? Ne croyons-nous pas à « leur assistance, si quelque heureuse inspiration vient c( nous visiter? Et si nous cherchons à rappeler dans c( notre mémoire ces chères images, nous en effaçons « le peu de taches que la faiblesse hum .ine avait pu y a laisser; nous rehaussons ces traits charmants et ché-
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« ris, nous n y voyons plus rien que de brillant et d'imc( mortel, el nous ajoutons encore un nouveau cliapi- « Ire à la vie des saints. »
Je ne crains pas que le lecteur me reproche de multiplier les citations. Elles lui font connaître un ouvrage qu'il ne lui sera pas donné de lire, mais que déjà il doit admirer. Voilà comment eût élé peint ce grand tableau, dont il reste du moins le dessin général, qui en peut faire juger la composition, et des parties qui montrent ce qu'auraient élé les détails et le coloris.
Avant de quitter Tltalie, je dois dire qu'Ozanam a, durant plusieurs années, consacré un certain nombre de leçons à expliquer Dante et à le commenter. Par suite de cette explicalion savante, une traduction de la Divine Comédie était née, pour ainsi dire, spontanément sous la plume de son interprète; elle comprenait déjà trente chants de l'Enfer, tout le Purgatoire et six chants du Paradis. Un commentaire sur Dante, entrepris par un homme qui le connaissait si bien, devait être un travail du plus grand intérêt (1).
L'Espagne ne pouvait être négligée par Ozanam, et il serait arrivé ainsi au treizième siècle par la littérature latine de l'Espagne chrétienne, et par la riche poésie espagnole. Il avait prouvé qu'il connaissait
(1) Cette traduction n'étant pas achevée, on ne la publie pas dans cette édition.
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l'idiome castillan en expliquant dans sa chaire le romancero du Cid. Il a montré dans le Pèleriuage au pays du Cid à quel point il était en possession de l'histoire et des légendes de la poésie espagnole au moyen âge, quel enthousiasme animait cette science, savait l'embellir et la passionner; mais il n'avait pas eu le temps de beaucoup avancer la par lie de son œuvre consacrée à l'Espagne, dans laquelle le Pèlerinage du Cid eût sans doute trouvé place, et dont on peut le considérer comme un débris pareil aux fines moulures qui gisent sur le sol détachées des murs de l'Âlhambra.
Avec la conscience qu'il mettait à tout, Ozanam avait voulu faire une analyse exacte et complète de l'histoire de la littérature espagnole par M. Ticknor. Ce travail patient est un de ses derniers travaux; dirai-je que c'est sur mon exemplaire de l'ouvrage de M. Ticknor que l'analyse d'Ozanam a été faite, et aurai-je besoin d'ajouter combien cet exemplaire est aujourd'hui précieux pour moi? On sait que Pétrarque avait écrit à la marge d'un Yirgile, dans lequel il avait l'habitude de lire, la date de la mort de sa Laure tant aimée, pour avoir toujours devant les yeux, chaque fois qu'ils tomberaient sur ce livre accoutumé, comme un rappel de son malheur. Je n'ai besoin de rien écrire sur les volumes qu'ont touché les savantes et pieuses mains de mon saint ami.
Tels sont les travaux les plus importants qui corn-
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posi'iil les œuMos, on philùt, je le ivpète, l'œuvre d'Ozanain; ce mol, emprunté à la langue des artistes, peut s'employer ici, car le ciirétien convaincu, riiistorien érudit, élait aussi un véritable artiste. En parcourant ce vaste ensemble de notes, de leçons, d'écrits, on croit parcourir l'atelier d'un sculpteur (jui .lurait disparu jeune encore, et qui aurait laissé beaucoup d'ouvrages arrivés à un inégal degré de perfection. 11 y a là des statues terminées et polies avec une extrême diligence; il en est qui ne sont «ju'ébaucbées ou dégrossies à peine, mais toutes portent l'empreinte de la même àme et la marque de la même main.
Cette œuvre fut l'occupation et le but de sa vie tout entière. A dix-buit ans, l'étudiant ignoré poursuivait déjà ce but vers lequel le professeur applaudi devait, vingt ans plus tard, faire ]o dernier pas. Dès ib'il), âge de quinze ans à peine, il avait conclu la pensée d'un ouvrage qui devait s'appeler Démomtralion de la vérité de la relifjion cotiiolifpie par rantiquité des croyances: historifiues, relifjieuaes, morales. Déjà il méditait et commençait les études qui devaient aboutira V Histoire de h civilisation aux temps barbares, La forme de son dessein a cbangé, le dessein a toujours été le même : c'était de montrer la religion glorifiée par Ibistoire. Des lettres écrites alors à un jeune parent, M. Falconnet, qu'il s'était associé, montrent avec quel élan, quelle ferveur il abordait cette vaste entreprise : «J'en