LIVRE I, ODES
Il a rendu nos troubles calmes , S'il veut davantage de palmes, Qu'il les acquière en votre sein '.
C'est là qu'il faut qu'à son génie Seul arbitre de ses plaisirs , Quoi qu'il demande, il ne dénie Rien qu'imaginent ses désirs :
C'est là qu'il faut que les années Lui coulent comme des journées, Et qu'il ait de quoi se vanter Que la douceur qui tout excède N'est point ce que sert Ganymède A la table de Jupiter ».
Mais d'aller plus à ces batailles Où tonnent les foudres d'enfer, Et lutter contre des murailles D'où pleuvent la flamme et le fer; Puisqu'il sait qu'en ses destinées Les nôtres seront terminées, Et qu'après lui notre discord N'aura plus qui dompte sa rage, N'est-ce pas nous rendre au naufrage, Après nous avoir mis à bord 3 ?
Cet \chille de qui la pique Faisait aux braves d'Ilion La terreur que fait en Afrique Aux troupeaux l'assaut d'un lion , Bien que sa mère eût à ses armes Ajouté la force des charmes 4 , Quand les destins l'eurent permis, N'eut-il pas sa trame coupée De la moins redoutable épée Qui fût parmi ses ennemis 5 ?
1 J'aurais dit :
Qu'il les cueille dans votre sein.
J f'ini/rr, Jupiter. Notre poète emploie encore ailleurs ces rimes vicieuses que nous appelons norm * rides . parce mie les Normands, < 1 1 1 i prononcent erouverl comme er fermé, les ont introduites en poésie. Mi \. i
' Après m, us avoir uns au /«""/, eût été plus poétique. (Ml v<
4 Malherbe veut «liro que Thétis, outre les armes belles el fortes qu'elle donna a son iii> Achille, faites par Vulcain, le plongea dans l'eau du Stj \ ; ce qui le rendit ton ulnérable par loul le corps , excepté au lalon par où elle le tenait en l'j plongeant Mais il ne le dit pas nettement ; car son expression tend plutôt < Faire croire quel nétis charma les armes qu'elle
donna a Achille. Ml H.)
■ Dictys de < Irèie, el Ptolémée, iil> d'Ëphestion . racontent qu'Hélénus l>l>->>;» ichllleâ la main. Darèsde Phrygie soudent qu'Hector, Memnon el Trollus le blessèrent a la cuisse, ainsi , ce que disent ir-. poètes que le corps d'Achille était invulnérable, excepté au talon, n'est qu'une fable. Mais les
Les Parques d'une même soie Nedévidenl pas tous nos jours; Ni toujours par semblable voie Ne font les phie t. g leurs cours.
Quoi que promette la Fortune, A la lin . quand on l'importune , Ce qu'elle avait fait prospérer Tombe du faîte au précipic :
Et , pour l'avoir toujours propice, Il la faut toujours révérer.
Je sais bien que sa Carmagnole ■ Devant lui se représentant .
Telle qu'une plaintive id \ a son courroux sollicitant, Et l'invite à prendre pour elle Une légitime querelle :
Mais doit-il vouloir que pour lui Nous ayons toujours le teint blême, Cependant qu'il tente lui-même Ce qu'il peut faire par autrui ?
Si vos yeux sont toute sa braise.
Et vous la fin de tous s. - rœux, Peut-il pas languir à son aise En la prison de vos cheveux , Et commettre aux dures corvées Toutes ces âmes relevées Que, d'un conseil ambitieux, T. a faim de gloire persuade D'aller, sur les pas d'Encelade, Porter des échelles aux cieux J ?
Apollon n'a point de mystère, Et sont profanes ses chansons, Ou, devant que le Sagittaire Deux fois ramène les glaçons, Le succès de leurs entreprises , De qui deux pr<>\ inces conquises Ont déjà fait preuve . à leur dam \ Favorisé de la victoire , Changera la fable en histoire De Phaéton en l'i.ridan.
poêles sont obligés de sui\re la Fable et non pas i
Min.
1 La plus forte ville du marquisat de Salaces. Méh - n
s'agit ici del igu rrede m> com |
vrer le marquisat de Saluoes dont le lue de Savoie s'était emparé dès 1698 . 1 1 <l"nt i ann igoole est la cap I
: Ulusfon a laguem que faisaient alon çais commandés par Lesdignières, s a de Un in iv.
qui j assistait en personne. St-M u
. i . 1 1 l i de i mm mn, dommage. Ondirait aujourd'hui
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ŒUVRES DE MAUHERBE.
.Nice, payant avec honte Un siège autrefois repoussé ' , Cessera de nous mettre en compte Barberoussequ'eile a chassé; Guise ' , en ses murailles forcées Remettra les bornes passées Qu'avait notre empire marin 3 ; Et Soissons 4 , fatal aux superbes , Fera chercher parmi les herbes En quelle place fut Turin.
sur l'attentat commis ex la personne du roi, le 19 decembre 1605 5.
Que direz-vous, races futures, Si quelquefois un vrai discours Vous récite les aventures De nos abominables jours ?
Lirez-vous, sans rougir de honte, Que notre impiété surmonte Les faits les plus audacieux , Et les plus dignes du tonnerre Qui firent jamais à la terre Sentir la colère des cieux?
O que nos fortunes prospères 6 Ont un change bien apparent!
0 que du siècle de nos pères Le nôtre s'est fait différent!
La France , devant ses orages , Pleine de moeurs et de courages Qu'on ne pouvait assez louer, S'est faite aujourd'hui si tragique, Qu'elle produit ce que l'Afrique Aurait vergogne i d'avouer.
1 En 1543, les Français, sous les ordres du duc d'Engluer. , par terre, el les Turcs, sous ceux de Barberousse, par mer, tenaient assiégée la ville de Nice. Philippe Dpria , Génois, qui commandait la flotte de Charles-Quint , lit lever ce siège. fMÉN.) — Soliman avait envoyé Barberousse au secours de François I", avec cent trente galères.
1 Charles, duc de Guise.
3 Nice apparlenait autrefois aux Français, comme faisant partie du comté de Provence. (St-Marc.)
4 Charles, comte de Soissons, célèbre par sa passion pour Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV.
5 Etienne de Lisle, procureur à Sentis, se jetant sur le roi, comme il passait à cheval sur le pont Neuf, le tira par son manteau qu'il lit tomber. Cet homme l'ut pris tout aussitôt . et mené a la Ba.ville ; mais comme par ses interrogatoires il parut aliéné d'esprit, le roi lui pardonna. (Mo./
6 Nos puristes font aujourd'hui , je ne sais pourquoi , difficulté de se servir du mot protpi re. Mi.n. )
' Ce mot, qu'on écrivait autrefois vergongne, a été banni de
Quelles preuves incomparables Peut donner un prince de soi, Que les rois les plus adorables N'en quittent l'honneur à mon roi?
Quelle terre n'est parfumée Des odeurs de sa renommée?
Et qui peut nier qu'après Dieu, Sa gloire, qui n'a point d'exemples, N'ait mérité que dans nos temples On lui donne le second lieu?
Qui ne sait point qu'à sa vaillance 11 ne se peut rien ajouter, Qu'on reçoit de sa bienveillance Tout ce qu'on en doit souhaiter, Et que, si de cette couronne Que sa tige illustre lui donne, Les lois ne l'eussent revêtu , Nos peuples, d'un juste suffrage , Ne pouvaient, sans faire naufrage, Ne l'offrir point a sa vertu?
Toutefois , ingrats que nous sommes ,
Barbares et dénaturés
Plus qu'en ce climat où les hommes
Par les hommes sont dévorés ,
Toujours nous assaillons sa tête
De quelque nouvelle tempête
Et , d'un courage forcené
Rejetant son obéissance ,
Lui défendons la jouissance
Du repos qu'il nous a donné !
La main de cet esprit farouche
Qui , sorti des ombres d'enfer,
D'un coup sanglant frappa sa bouche ',
A peine avait laissé le fer,
Et voici qu'un autre perfide,
Où la même audace réside,
Comme si détruire l'État,
Tenait lieu de juste conquête,
De pareilles armes s'apprête
A faire un pareil attentat !
O soleil! ô grand luminaire !
Si jadis l'honneur d'un festin Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin, Et d'un émerveillable change
la poésie comme peu propre à exprimer la honte et la pudeur, et ne tardera pas de l'être tout a fait de la prose.
1 Jean Ctaàtel, qui, en liOA, avait frappé d'un poignard Henri IV, a la le\ re supérieure.