‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 11 sur 672 · LIVRE I,ODES · texte numérisé non relu

LIVRE I,ODES

Tu couchas aux rives du Gange, D'où vient que ta sévérité, Moindre qu'en la faute ' d'Atrée, Ne punit point cette contrée D'une éternelle obscurité?

Non , non , tu luis sur le coupable Comme tu fais sur l'innocent; Ta nature n'est point capable Du trouble qu'une aine ressent :

Tu dois ta flamme à tout le monde; Et ton allure vagabonde, Comme une servile action Qui dépend d'une autre puissance , N'ayant aucune connaissance, IV a point aussi d'affection.

Mais , ô planète belle et claire ,

Je ne parle pas sagement ;

Le juste excès de la colère

M'a fait perdre le jugement.

Ce traître , quelque frénésie

Qui travaillât sa fantaisie,

Eut encore assez de raison

Pour ne vouloir rien entreprendre,

Bel astre , qu'il n'eût vu desceudre

Ta lumière sous l'horizon.

Au point qu'il écuma » sa rage , Le dieu de Seine était dehors A regarder croître l'ouvrage3 Dont ce prince embellit ses bords.

Il se resserra tout à l'heure Au plus bas lieu de sa demeure; Et ses nymphes dessous les eaux , Toutes sans voix et sans haleine, Pour se cacher furent en peine De trouver assez de roseaux .

La terreur des choses passées, A leurs yeux se ramentevant* , Faisait prévoir à leurs pensées Plus de malheurs qu'auparavant ; Et leur était si peu croyable Qu'en cel accidenl effroyable Personne les pût secourir,

1 Faute dit trop peu pour un crime qii<- le BOleU nr put éclairer. (Ml \.

1 Suivant Ménage, le mol écuiher recevait quelquefois alors une signification active.

1 La grande galerie du Locn re.

' Rappeler, représenter, <>nt t'.iit oublier ce mot, qui, vers : i fin du dix- septième siècle, était encore admis it«n« le style épistolaire.

Que, pour en être dégagée! .

Le ciel les aurait obi .

S'il leur ei'lt permis de mourir.

Revenez, belles fugitives :

De quoi versez-vous tanl de pli assurez vos .unes crainti Remettez vos chapeaux de Qeurs :

Le roi \it : et <••■ misérable, Ce monstre \ raiment déplorable .

Qui n'avait jamais éprouvé nue peut1 un visage d' Ucide, A commencé le parricide .

.Mais il ne l'a point achevé.

Pucelles , qu'on se réjouisse, Mettez-vous l'esprit en repos; Que cette peur s'évanouisse, Vous la prenez mal a propos :

Le roi vit; et les destinées Lui gardent un nombre d'années Qui fera maudire le sort A ceux dont l'aveugle manie Dresse des plans de tyrannie Pour bâtir quand il sera mort.

O bienheureuse intelligence, Puissance, quiconque tu sois, Dont la fatale diligence Préside à l'empire français !

Toutes ces visibles merveilles De soins , de peines et de veilles , Qui jamais ne t'ont pu lasser, IVont-elles pas fait une histoire Qu'en la plus ingrate mémoire L'oubli ne saurait effacer?

Ces archers aux casaques peintes ■ Ne peuvent pas n'être surpris, Ayanl à combattre les feinti >

De tant d'infidèles esprits

1 \u lieu de ce que peut C'était, au temps <!>■ Malherbe, uni ii «nce poétique. L'article pronominal serait indisj aujourd'hui pour la correction <!>• la pfa

7 Casaq i . manière de saye, !. ibUb mi ni usil gnies d'hommes d'armes et irchetseti ux;ella

esl bigarrée par dem y-losanges, ou dedii dedpus

ou plusieurs couleurs, ou d'une m plusieurs o u-

leurs, servant de sur-vétement ik l'homme armé, | gnoissance de i.i compagnie < f< > ■ • t il est Lesqui les <

étoieol et sont la livrée , eof ssano , qu'on

iiiM>it anciennement des i lu i^ ■ t capitaines d

h B'enlre-discerner l>> u an une armée

ou bataille, se rallier plus aisément, et voir par le chef al général «li l'armée quels étoient tes Uea ou mal-fa une journée, assignée, ou forcée, atenuna renconln N /

ŒUVRES DE MALHERBE

Leur présence n'est qu'une pompe; Avecque peu d'art on les trompe.

Riais de quelle dextérité Se peut déguiser une audace, Qu'en l'âme aussitôt qu'en la face Tu n'en lises la vérité ?

Grand démon d'éternelle marque, Fais qu'il te souvienne toujours Que tous nos maux en ce monarque Ont leur refuge et leur secours; Et qu'arrivant l'heure prescrite Que le trépas , qui tout limite, INous privera de sa valeur, INous n'avons jamais eu d'alarmes Où nous ayons versé des larmes Pour une semblable douleur.

Je sais bien que par la justice ,

Dont la paix accroît le pouvoir,

Il fait demeurer la malice

Aux bornes de quelque devoir;

Et que son invincible épée

Sous telle influence est trempée

Qu'elle met la frayeur partout

Aussitôt qu'on la voit reluire :

Mais , quand le malheur nous veut nuire,

De quoi ne vient-il point à bout?

Soit que l'ardeur de la prière

Le tienne devant un autel ,

Soit que l'honneur à la barrière

L'appelle à débattre un cartel ,

Soit que dans la chambre il médite,

Soit qu'aux bois la chasse l'invite,

Jamais ne t'écarte si loin ,

Qu'aux embûches qu'on lui peut tendre

Tu ne sois prêt à le défendre,

Sitôt qu'il en aura besoin.

Garde sa compagne fidèle, Cette reine dont les bontés De notre faiblesse mortelle Tous les défauts ont surmontés.

Fais que jamais rien ne l'ennuie ; Que toute infortune la fuie; Et qu'aux roses de sa beauté L'âge, par qui tout se consume, Redonne , contre sa coutume , La grâce de la nouveauté.

Serre d'une étreinte si ferme

Le nœud de leurs chastes amours

Que la seule mort soit le terme Qui puisse en arrêter le cours.

Bénis les plaisirs de leur couche; Et fais renaître de leur souche Des scions si beaux et si verts, Que de leur feuillage sans nombre A jamais ils puissent faire ombre »

Aux peuples de tout l'univers.

Surtout, pour leur commune joie, Dévide aux ans de leur dauphin , A longs filets d'or et de soie, Un bonheur qui n'ait point de fin :

Quelques vœux que fasse l'envie, Conserve-leur sa chère vie; Et tiens par elle ensevelis D'une bonace continue Les aquilons, dont sa venue A garanti les fleurs de lis.

Conduis-le , sous leur assurance , Promptement ju.'-ques au sommet De l'indubitable espérance Que son enfance leur promet; Et, pour achever leurs journées, Que les oracles ont bornées Dedans le trône impérial, Avant que le ciel les appelle, Fais-leur ouïr cette nouvelle, Qu'il arasé l'Escurial.

AU ROI

SUB l'heureux SUCCÈS du voyage de seda>3

Enfin , après les tempêtes , Nous voici rendus au port ; Enfin nous voyons nos têtes Hors cle l'injure du sort :

Nous n'avons rien qui menace De troubler notre bonace;

' Métaphore bien suivie et bien exprimée -.faire ombre, c'est donner protection. Virgile a dit dans le même sens :

O, qui me gelidisin vallibiis II.Tmi

Sistat , et ingenti ramonini protegal timbra !;

Ceory. lit». II , v. 483. (MÉx.)

» Cette ode est une de celles que Malherbe estimait le plus. (Racan.)

3 Le duc de Bouillon, qui, à la tète de quelques mécontents, s'était réfugié à Sedan . venait de se réconcilier avec Henri , et Sedan avait été le prix de cette réconciliaUon.

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