‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 113 sur 672 · A M-« L v MARQUISE DE MONTLORT · texte numérisé non relu

A M-« L v MARQUISE DE MONTLORT

M \0\ME, VOUS eussiez eu plus tôt de mes lettres, si j'eusse cru .pie plus tôt \<>us eussiez été capable de les lire Mais certainement jusques ici je vous estimais si

justement occupée a regretter votre perte, que je faisais conscience de vous interrompre, et pensais que, sans vous priver d'un contentement extrême, je ne pouvais essayer de diminuer votre douleur. A

cette heure que vous avez eu quelque loisir de resserrer le débordement de vos larmes, et recueillir vos esprits dissipés en la nouveauté de cet accident , il est temps que, par un témoignage de compatir avec vous, j'évite la mauvaise opinion que vous pourrait donner mon silence , et vous fasse voir que, si quelques-uns m'ont précédé en la diligence de plaindre votre affliction, pour le moins ne m'ontils point surpassé en la vérité de la ressentir. Il faut avouer, madame, que ce me serait un labeur fort agréable de pouvoir faire quelque chose pour votre consolation. Votre mal en a besoin; vos qualités y convient tous ceux qui vous connaissent, et l'affection particulière que je vous ai vouée semble me le commander. Ce qui m'en empêche , c'est que je ne crois point qu'aux plus belles paroles du inonde il y ait assez de persuasion pour adoucir une nécessité si amère, comme celle où vous êtes aujourd'hui réduite de ne voir jamais ce qu'autrefois vous a\ ez vu avec tant de plaisir. Je sais bien qu'en pareilles occasions une des raisons principales que l'on nous propose, c'est la condition bienheureuse de ceux pour qui nous sommes affligés. Mais serais-je si mauvais estimateur, ou de votre mérite, ou de l'amour que feu monsieur le marquis vous a portée, que je pusse douter qu'au milieu même de la béatitude éternelle il ne tourne les yeux vers la terre , el qu'avec quelque soupir il ne témoigne que les joies du ciel ne lui sont point si chères, qu'il ne lui souvienne toujours de la gloire qu'il a eue de vous posséder? Je ne veux pas nier qu'en la compagnie ou il est à cette heure les déliées qu'il goûte soient infinies; mais je sais bien, madame, qu'il en avait d'incomparables en la Mitre. C'est pourquoi, de vouloir que vous soulagiez votre malheur par la considération de sa félicité , je n'y vois point d'apparence; et de vous dire qu'en ce qui est ordonné par des lois irrévocables . le seul expédient est de se disposer a les souffrir, je vous estime trop par-dessus le commun pour vous tenir des langages si vulgaires, .l'ai perdu assez dechoses, qui peut-être ne iiùint été (iiees que pour me châtier d'une fâcheuse inclination que j'ai d'aimer avec trop de violence : mais toutes les remontrances qu'on m'a su faire ne m'ayant jamais de rien servi ,je serais injuste d'exiger de vous une résolution que je n'ai pu obtenir de moi-même. Le temps, qui termine imites choses, ,i ete niiiii rem. de ; et S .ois doute, madame, il 5< i

levôtre . quelque effort que votre obstination fassi

de l'en empêcher. La procédure en est lente , mais le succès en est infaillible. Contribuez-y ce qui dépend de vous. Je n'entends pas que vous oubliiez votre mari. Les obligations que vous avez à toute sa maison me sont trop connues pour vous donner un si mauvais conseil , et vous trop sage pour le recevoir. Ce que je veux , c'est que vous défendiez à votre mémoire les objets qui ne le vous peuvent ramentevoir qu'avec ennui. L'humeur mélancolique s'attache volontiers aux imaginations qui l'entretiennent. Quand il vous en viendra de semblables, rejetez-les, et ne recevez que celles qui vous exciteront à vous divertir. Surtout, madame, voyez de tirer ce profit de votre dommage , que la fortune qui vous a surprise vous trouve mieux préparée à l'avenir. Vous êtes jeune; et par conséquent ayant à vivre longtemps, il est vraisemblable que ce combat n'est pas le dernier que vous aurez avec elle. Faites-lui sentir que si elle a eu de l'avantage sur vous, elle ne le doit pas tant à sa force qu'a votre nonchalance, et que, lorsque vous serez sur vos gardes, elle n'en voudra pas à vous si facilement. Considérez en votre malheur ce que vous avez toujours négligé en celui des autres , que le verre n'est point si fragile comme ce qu'il y a de plus ferme en la prospérité des hommes, et que tous ces noms d'ombre, songe, vent et fumée, que nous donnons ordinairement à cette misérable vie, sont encore de trop glorieux titres, et des comparaisons trop élevées pour exprimer son infirmité. Ce n'est point chose qu'il vous faille représenter avec un long discours , vous étant la vertu si naturelle comme elle est, et même ayant devant vous l'exemple de madame la comtesse, qui est le meilleur que je vous saurais proposer. L'inconvénient lui est commun avec vous; muis l'expérience qu'elle a des choses du monde lui a donné, sinon plus de courage, au moins plus d'instruction de surmonter les adversités. Elle est demeurée si droite parmi une infinité déchûtes et de ruines qu'elle a vues en ce malheureux siècle, que sans lui faire injure on ne saurait douter qu'elle ne résiste à cette infortune aussi victorieusement qu'a toutes celles qui l'ont assaillie par le passé. C'est là que je vous remets, et à l'assistance de Dieu, en laquelle il n'y a rien qu'une belle âme comme la vôtre ne doive espérer. Je l'implore pour vous de tout mon cœur, et vous supplie , madame , que je sois toujours conservé en l'honneur de vos bonnes grâces , comme votre très-humble serviteur.

ŒUVRES DE MALHERBE

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