‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 115 sur 672 · II. — A M · texte numérisé non relu

II. — A M

IMo.NSIELB,

Puisque vous désirez que la cour soit à Paris, j'espere que bientôt vous aurez ce contentement. J'ai vu cette après-dinee une lettre de madame la princesse de Conti à madame sa mère , où elle leur mande qu'au quinzième de ce mois Leurs Majestés seront bien près de Paris, si elles n'y sont arrivées. Nous aurons à cette heure-là force nouvelles, et vous en aurez votre part. Jusque-là ne nie demandez que ce que savent les crocheteurs. Le mariage de monseigneur et de mademoiselle de Montpensier fut arrête il y a aujourd'hui huit jours. Je crois qu'a cette heure l'afiàire est fa te. Laite la cour est pleine de joies; mais elles ne sont pas toui - d'une mesure. Je mus qu'après celle de la mariée, qui sans doute est incomparable, il n'y en a point de plus grande que celle de la reine m Cette princesse est m bonne, que les vo ux de tous I'- -eus de bien sont que sa postérité soit en la race de nos rois tant que la France sera Fran c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde. Je sais bien

OEUVRES DE MALHERBE

que nous en aurons du côté du roi. Car, à quel propos nous imaginerions-nous une stérilité en un roi et une reine tous deux en la fleur de leur âge, bien faits, bien composés, qui s'aiment avec passion, et qui, puisque rien ne se fait sans la bénédiction de Dieu , doivent pour leur piété se la promettre autant que princes qui jamais aient porté cette couronne? La prudence bumaine y a joué son personnage; c'est aux bons destins de la France à faire le demeurant. Je prends pour bon augure que Monseigneur ait fait faire sa demande par M. le président le Coigneux, son chancelier. Le mot me plaît, et me fait espérer que l'on y travaillera comme il faut. Cette nouvelle est assez bonne pour tenir lieu d'une douzaine.

Monsieur, Je suis à demi glorieux que la fortune m'ait fait recevoir quelque commandement de vous ; je le serai tout à fait quand elle m'aura donné le moyen de vous témoigner mon affection. Le jour même que votre paquet me fut rendu, il me survint quelque affaire qui m'empêcha de pouvoir bailler votre lettre à monsieur le garde des sceaux. Je priai M . de Peiresc de faire cetof fice ; ce qu'il fit selon sa courtoisie accoutumée. La réponse qu'il en eut , et que j'en eus moimême lorsque je lui en parlai, fut telle que je l'avais attendue , et que véritablement elle se devait attendre de lui. Je sais bien qu'il est malaisé d'avoir du désir sans avoir aussi de la peur. Ce sont deux passions qui ne vont guère l'une sans l'autre. Mais vous deviez penser que monsieur le prince de Piémont avait à démêler une fusée qui le touchait de plus près que celle de ses voisins, et que, quand votre partie eût eu de l'indiscrétion assez pour l'en importuner, ce prince avait trop de jugement pour vouloir hasarder son crédit en une chose dont le succès lui était si mal assuré. Tant y a que je ne suis pas d'avis que cette appréhension vous empêche de dormir. Je ne saurais m'imaginer que vous soyez choqué de ce côté-là ; et quand vous le seriez, je ne vois pas que ce puisse être jusqu'à vous faire choir. Tout ce que vous pouvez espérer d'un homme sur qui vous avez un pouvoir absolu, espérez-le de moi, s'il vous plaît, non en cette occasion seulement, mais en toutes. Je vous le jure, et le jure encore à cette dame avec laquelle cette affaire vous est commune, et vous prie tous deux de croire que je suis de tout mon cœur votre très-humble et très-affectionné serviteur.

Monsieur, Je vois bien qu'à force de m'aimer vous me persuaderez que je vaux quelque chose. Pour faire monter ma gloire à son dernier point , il ne resterait que d'avoir quelque moyen de vous servir; mais ce sera quand je serai plus heureux que je ne suis. J'en attendrai l'occasion pour l'embrasser, à son arrivée , comme je ferais une belle maîtresse, si j'étais encore en l'âge de vingt ans. Quant à l'avis dont vous voulez que je participe , c'est une faveur que je ne saurais jamais reconnaître. Je vous prie de croire que ce qui dépendra et de moi , et de tous ceux à qui la fausse opinion de mon mérite peut avoir donné quelque envie de me gratifier, y sera employé avec toutes sortes de soins et d'affection. Vous savez le train des affaires, et quelles résistances l'on y trouve. C'est à vous de prendre garde que celles que nous aurons à combattre ne soient point invincibles, et aussi que, si nous importunons nos amis, ce soit chose qui vaille la peine. Ce serait pour se désespérer, de s'être rompu les dents à casser une noix véreuse. Quand vous me manderez ce que c'est, vous me manderez aussi comme vous désirez que je m'y conduise. Je serai bien aise que ce soit le plus tôt qu'il se pourra. J'ai toujours cru que la plus sûre et plus prompte voie d'avoir des nouvelles en choses de conséquence était celle des messagers ordinaires , en mettant au-dessus du paquet quelque douceur qui, par leur intérêt, excite leur fidélité. Si vous êtes de mon opinion , nous nous servirons de cet expédient; sinon, vous me prescrirez celui que vous jugerez être le plus à propos. Pour cette fois, je mettrai ma lettre entre les mains du gentilhomme qui m'a fait tenir la vôtre. Je ne vous envoie point de vers, pource que je n'en ai point fait de nouveaux. Ceux que j'avais commencés pour la reine sont encore sur le métier. Ma paresse est telle que vous la connaissez ; et outre cela la fortune lui baille toujours quelque divertissement, qui ne saurait être si petit que je n'y trouve une excuse fort raisonnable de me reposer. Quand ils seront faits, je vous jure que le premier hors de la cour qui les aura, ce sera vous, comme celui de qui je veux honorer et estimer l'amitié , autant que de personne qui m'y ait jamais obligé. Je ne vous écris point de nouvelles, pource qu'il n'en est point, et que d'ailleurs cette lettre, demeurant peut-être longtemps par les chemins , vous ferait rire de celles que vous recevriez hors de saison. Adieu donc, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et vous supplie que vous ne vous lassiez point d'aimer celui qui ne se

lassera jamais d'être votre serviteur très-humble et très-affectionné.

A Paris, ce 29 de mars iei3.

Monsieur , "Je voudrais bien que celui qui m'a rendu votre lettre fût venu par deçà pour un meilleur sujet que celui qui l'y a amené. Mais nous sommes tous en la juridiction de la fortune. Elle nous baille le vent en proue et en poupe comme il lui plaît. Tant y a qu'elle ne peut rien sur moi qu'elle ne puisse sur tout le monde. Monsieur le Prince s'est réjoui cinq ou six mois de la grossesse de madame sa femme , et. voilà qu'ellese déchargea hier de deux enfants morts. Apres les personnes de cette classe-là, je serais malavise si je pensais que tout me dût venir à souhait. Il faut souffrir ce qu'on ne peut éviter. Parmi ce déplaisir, ce ne m'est pas une petite satisfaction de me voir toujours en votre mémoire et en vos bonnes grâces Je vous supplie, monsieur, comme de la chose du monde que je désire le plus, que j'y sois conservé, et que vous croyiez que de tous ceux qui vous honorent je suis et je serai toute ma vie le plus votre serviteur.

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