‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 133 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Monsieur mon cousin, L'Aubigné que je vous envoie demeurera avec vous, s'il vous plaît. C'est en cette intention que je le vous ai envoyé. Nous parlerons des secondes noces de notre bon ami quand il sera ici. Vous me dites que s'il y passe ce sera par considération. C'est une besogne où qui a de l'amour pense tout faire avec la raison. Quoi que c'en soit, et quoi qu'en disent les mauvaises langues , c'est une douce chose que la compagnie d'une femme; et sur ce sujet je dis un jour à la reine mère du roi un mot qui la fit rire, qu'il n'y avait que deux belles choses au monde, les roses et les femmes, et deux bons morceaux, les femmes et les melons. Mais , mon cousin , après tous les soins que nous aurons apportés à en faire une bonne élection, nous y pourrons aussitôt faire hasard que rencontre, et, quoi qui en arrive, il le faut attribuer à la fortune et non à notre jugement. Recommandez donc à Dieu notre ami , comme l'on fait un homme qui se met sur la mer; les succès de l'un et de l'autre ont mêmes espérances et mêmes craintes. Le mal que j'appréhende le plus pour lui , c'est, comme je vous ai dit, le nombre des enfants; les autres incommodités ont leurs remèdes, celle-ci n'en a du tout point. Pour ce que vous m'écrivez aubasdevotre lettre, touchant l'Histoired'Aubigné, vous avez en ce volume que je vous ai envoyé tout ce qu'il a fait imprimer. Je crois bien qu'il sera suivi

LETTRES CHOISIES

d'un troisième ; mais il a si mal rencontré en ce commencement, que je crois qu'il y pensera déplus près à l'avenir. Vous pouvez juger comme il doit parler véritablement des affaires du Levant et du Mjdi, puisqu'en ce qui s'est fait auprès de lui, et, par manière de dire, à sa porte, il rencontre si mal. Le meilleur que j'y voie, c'est que ses mensonges ne feront pas geler les vignes, et que les denrées seront en la halle au prix qu'elles ont accoutumé : c'est de quoi il est question; tout le reste, vanité, sottise et chimères. Adieu, monsieur mon cousin. Je suis toujours votre très-humble et très-affectionné serviteur.

A Paris, ce M de février IG20.

Monsieur mon cousin, Je suis payé de la rescription que vous avez pris la peine de m'envoyer. J'y avais hier envoyé mon \ alet ; il s'en était revenu avec un refus. J'y suis allé ce matin, j'en ai rapporté ce que je demandais, et l'ai rapporté avec des courtoisies que j'estime avoir beaucoup ajouté à l'obligation. 11 in'estalors souvenu d'un mot que je pense être de .Normandie: « Visage « d'homme fait vertu; » et encore d'un d'Italie, qui est meilleur: a Chi vuol, vadi ; chi non vuol , mandi. » Gardez-vous bien , mais je vous en supplie à mains jointes , mon cher cousin , de penser que je doute en façon quelconque de votre amitié; j'en ai trop de preuves, et suis trop éloigné du vice d'ingratitude pour reconnaître si mal ce que je vous dois. Je ne vous puis rien dire de l'affaire bénéficiale, que monsieur le garde des sceaux ne soit ici. Ce sera , Dieu aidanl , pour la lin de cette semaine. Je vous avoue qu'en ces matières-là, comme en toutes, je suis parfaitement ignorant; maisje pense n'avoir pu mieux faire que d'envoyer mot à mot l'extrait de votre lettre ; je suis toujours déliant aux choses que je n'entends point. Si vous vous êtes mal expliqué, ce sera à votre dam. Pour moi je suis bien assez présomptueux pour en espérer du bien, si l'avis a été baillé comme il faut; nous ne serons pas longtemps sans en savoir des nom elles. Pour celles du monde, le roi arriva samedi a onze heures du matin, après avoir mande a la reine qu'elle lui envoyât ses carrossesà Étampes et sur le chemin, pour être ici lundi au soir. Sans mentir, mon cher cousin , nous avons un grand roi, qui a toutes les vertus des rois, et pas un seul de leurs vices; aussi e>t-il de bon père et dé bonne mère. Dieu nous les fasse vivre, el nousdonne de sa race! elle est bonne. Pour l'affaire de la Rochelle , je demandai à madame la princesse de Conti

ce qui en était; elle me dit qu'elle croyait qu'elle s'accommoderait, et que l'assemblée se séparerait Je fis la même question a M. le marécnal deCadenet, qui me dit qu'il n'en savait rien. Si vous me demandez ce que j'en crois , je pense que le roi sera le maître, ou que la déclaration faite contre les pauvres députes aura lieu. Je serais marri qu'il v en eût quelqu'un de nos amis, et encore plus de nos parents. C'est une belle chose que de bien raisonner , tout le monde ne le sait pas faire. Adieu , monsieur mon cousin. Je vous baise les mains, et vous rends mille grâces de tant de bons offices : ne vous en lassez point, vous les faites à l'homme du monde qui est de meilleur cœur, votre serviteur très-humble et très-affectionné.

A Paris, ce iode novembre (620.

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