‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 134 sur 672 · AU MEME · texte numérisé non relu

AU MEME

Monsieur mon coi sus .

Je ne me suis guère trompé en toutes ces levées de boucliers qui se sont faites depuis la mort du feu roi; mais certes en la dernière je confesse que je n'y ai vu goutte. Il n'y avait pas d'apparence qu'une montagne si grosse enfantât une si petite souris. Sept ou huit princes, et autant de ducs ou maréchaux de France, avec tant d'autres seigneurs couverts et découverts , avoir fait une partie, et l'avoir si mal jouée, cela nous apprend bien qu'il y a d'autres mains que celles des hommes qui font mouvoir les ressorts du monde. La force et la prudence sont de puissantes machines; mais si le destin n'est avec elles, une chènevotteet cela c'est tout un. Vos philosophes d'état ont bon temps de vous donner les appréhensions qu'ils vous donnent : dormez, mon cher cousin, sûrement et sur ma parole. S'il est question du présent, j'en sais, non pas autant qu'eux, mais autant que de bien plus huppés qu'ils ne sont. Si je ne suis du conseil, je vois des geus qui en sont, et <jui, s'ils ne sont au lever et au coucher du roi , ne laissent pas d'en savoir jusques aux moindres particularités; et s'il faut méditer sur l'avenir, je crois que j'y vois aussi avant qu'ils sauraient Caire, qui qu'ils soient; mais tous ces orages qu'ils se figurent sont pures visions; l'envie qu'ils ont de faire croire a ceux qui sont hors de la cour qu'ils ont grande part aux affaires, leur fait faire tous ces discours à perte de vue. Monsieur mon cousin, le texte est clair et net. tout le mondé le voit et l'entend; pour les gloses, chacun les tait à sa fantaisie. Les affaires du roi vont bien: et souvenezvous qu'elles iront toujours bien . et que de plus de cinq ou six ans vous n'entendrez parler que d'o|. s

OEUVRES DE MALHERBE

Bance, et de paix par conséquent. M. le cardinal de Guise a désarmé; M. du Maine, M. d'Épernon, et généralement tous en ont fait de même ; il n'y a plus personne armé que le roi seul. Si vous me demandez pourquoi, je crois que c'est pourBéarn; c'est là, à mon avis , que le paquet s'adresse ; mais ils ne seront si mal avisés d'attendre le coup. M. de la Force, à qui l'on imputait ce refus d'obéir, est en cour avec les soumissions telles qu'on saurait les désirer. Jusqu'à cette heure les pauvres huguenots ont fait les mauvais , sur une opinion qu'ils avaient qu'on n'oserait les fâcher ; mais je ne leur conseille pas à l'avenir d'avoir cette présomption : le roi les fera jouir sans doute de ce qui leur a été accordé par les édits des feus rois, mais aussi il faudra qu'ils se contiennent dans les bornes qui leur sont prescrites. Le roi est parti pour aller en Guyenne, mais les reines n'y vont point; tellement que je ne crois pas que son voyage soit long, et ne pense pas que, de quelque côté qu'il aille, il trouve, non pas de la résistance, mais du murmure. Mauregard , le curé deMillemont, et tous les autres faiseurs de prophéties, mentent ; vos astrologues ne sont pas plus clairvoyants qu'eux : il ne faut pas avoir peur de leurs almanachs plus que des autres. En voilà trop ; adieu , monsieur mon cousin ; ne m'épargnez pas vos lettres, quoi que dient les crocheteurs de Guerin. Quand je serais ménager, ce que je ne suis pas , ce ne serait pas en choses qui me sont chères comme vos lettres. Surtout aimez-moi toujours , et me tenez toujours pour votre serviteur très-humbie.

MONSIEUB MON COUSIN,

Vous ne recevez jamais de mes lettres sans quelque importunité , et moi jamais des vôtres sans quelque faveur. Votre paquet me vient d'être rendu , et dedans, le contrat de la constitution de rente que je désirais. Je vous ai déjà protesté que le nombre de vos bienfaits a épuisé mes remercîments; n'en attendez donc plus de moi. Je suis marri de ne vous pouvoir offrir quelque revanche ; mais il faudrait être mieux avec la fortune que je ne suis pour en attendre cette gratification : elle en fera ce que bon lui semblera. Ma consolation est que, comme vous m'avez toujours aimé gratuitement, vous en ferez de même à l'avenir, et donnerez votre affection , non à l'espérance de quelque revanche, mais à la seule satisfaction de votre bonté. Je continue toujours en la volonté de faire venir mon fils par deçà; mais avec quel succès ce sera, il faudrait pour le deviner être plus clairvoyant que je ne suis. Dieu lui a donné

des grâces dont ses amis peuvent espérer du service ; il y ajoutera , s'il lui plaît , celle de les employer avec quelque fruit. Pour nos nouvelles, je m'assure que l'on vous aura conté le passage du prince de Galles; je crois que par cette impatience il a voulu témoigner à sa maîtresse la grandeur de son amour. Il vit recorder le ballet de la reine, et y vit celle qu'autrefois il a désirée pour femme : ce sera à lui , quand il aura vu celle d'Espagne, de juger s'il a perdu ou gagné. Quant à moi , mon cousin , je vous dirai sans cajolerie que la nôtre est une des plus gentilles princesses qui soient au monde , et que je ne crois point qu'il y ait, non une personne de sa qualité, mais une demoiselle en France de qui l'esprit ne perdît sa cause s'il était mis en comparaison avec le sien. J'ai été ce matin à l'audience du milord Hay, de laquelle je n'ai rien entendu; mais j'ai pris garde que le roi lui a fait bon visage et à l'accueil et au congé. Le sujet de l'audience était l'excuse du prince de Galles en ce petit équipage, et ainsi déguisé comme il était. Nous attendons M. le Prince cette semaine. Il y en a qui s'imaginent quelque nouveauté à sa venue; pour moi , je ne suis pas de leur avis. On avait grandement parlé d'un voyage de Picardie; mais s'il n'est tout à fait rompu, il est pour le moins différé , au grand contentement de toute la cour, et de moi particulièrement, qui eusse eu la peine d'aller faire donner mon arrêt à Comuiègne. Je ne baillerai point votre lettre à M. de Saint-Clair que je ne voie qu'il en soit besoin; mais étant les choses comme elles sont, je pense que ce soit une œuvre superérogatoire. J'oubliais à vous dire qu'il y eut hier huit jours que le roi envoya un courrier à Montpellier pour faire lâcher M. de Rohan, que M. de Valence avait retenu; je ne sais ce qu'il en sera. Tant y a que M. de Soubise est toujours ici, ce qui ne serait pas si son frère avait eu quelque mauvaise intention; mais vous savez comme aux affaires d'État la défiance et la sûreté vont l'une quand et l'autre. Monsieur mon cousin, je vous baise bien humblement les mains, comme votre très-humble et très-affectionné serviteur.

A Paris , ce 13 de mars 1623.

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