‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 135 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Monsieur mon cousin,

Il ne me souvient pas que j'aie reçu une seule de

vos lettres sans y avoir fait réponse à l'beure même,

sinon par le même messager, au moins par quelque

autre qui partait le même jour; que s'il est avenu

. autrement, je vous prie de croire qu'il y a euquel-

! que empêchement que je n'ai pu éviter. Je suis as-

LETTRES CH0IS1KS

sez religieux en ces choses-là; si en toutes autres je Tétais autant, je pourrais passer pour un grand homme de hien. Je vous remercie des vers que vous m'avez envoyés : il ne partira jamais rien de M. Patrie que je n'estime pour son mérite, et que je n'aime pour l'affection que je crois qu'il me porte. Je vous enverrais en revanche ceux des ballets du roi et de la reine; mais il est trop tard pour les recouvrer; et certainement vous n'y trouveriez rien, à mon avis, qui vaille les désirer; s'ils ont quelque recommandation, c'est qu'ils sont fait.s à la cour et pour Leurs .Majestés. Vous trouverez en ce paquet un petit écrit que vous lirez avec plus de merveille que vous ne feriez cette poésie de carême-prenant. L'histoire est assez particulièrement écrite; ce qui y manque, c'est la punition du calomniateur qui fut pendu il y a cinq ou six jours à la croix du Tiroir. Et m'a-t-on dit que l'on avait envoyé à Baye sur Haye pour prendre et amener ici un certain ecclésiastique que l'on prétend avoir été instigateur de cette belle affaire. Pource que vous vous plaignez de ce que je vous avais écrit que ceux qui avaient hranlé ne tomberaient pas, je ne vous ai rien écrit en cela qui ne fût selon l'opinion générale de toute la cour. Entre plusieurs raisons que je vous en pourrais donner, j'en choisirai une que je crois que vous jugerez avoir été suffisante pour me faire écrire ce que je vous ai écrit

Si je ne me lassais d'écrire, je vous en dirais bien davantage, pour vous faire connaître qu'il n'est pas possible que quelquefois on n'écrive des choses qui ne sont pas véritables. Eu voici une où il n'y a point de réponse. 11 y eut samedi huit jours que le roi, étant venu voir la reine sa mère, lui dit tout haut, et je l'ouïs avec beaucoup d'autres, qu'Alberstat avait été pris par le pays, qui s'était élevé contre lui, l'avait pris dans une maison assez faible, et l'avait mené pieds et poings liés a l'empereur. Cette nouvelle lui avait été écrite par son ambassadeur, qui réside à Bruxelles : et cependant elle s'est trouvée si fausse . que l'on tient que lui et le comte de Mansfeld seront ici dans cinq ou six jours. Vous pouvez juger, si je vous avais cent cette nouvelle-là . la tenant de la bouche du roi , s'il y aurait eu de quoi m'accuser. En voilà trop, monsieur mon cousin , pour ma justification , et même .1 l'endroit d'un juge qui m'aime

comme vous faites. Nos nouvelles sont que le nu lord

Rieb e>t ici depuis le soir i\u ballet. Il ne \ ienl pas, ce dit-on, de la part du roi d' Angleterre, mais seulement pour passer son temps en cette cour. Toutefois

ou croit qu'il vient pour sentir les volontés sur le maria je de madame et du prince de Galles. Il y en a

toujours qui veulent croire que le mariage d'Espagne se fera. Pour moi, je persiste en ma première opinion, qu'il ne se fera point. La fin des États d' \ngleterre nous en apprendra la vérité. Je suis las de vous écrire : c'est assez pour cette fois. Je vous envoie demi-douzaine de copies d'un sonnet que j • donnai au roi il y a cinq ou six jours. Vous en donnerez, s'il vous plaît, une a M. d'Escagneul, et l'autre à M. Patris ; des autres vous en ferez ce que bon vous semblera. L'effet qu'il a eu, c'a été cinq cents cens que le roi m'a donnés par acquit patent, où j'ai été si favorablement traité, que .M. de Champigny, qui l'a contrôlé, l'a voulu envoyer lui-même. p;ir M. des Noyers, son neveu, a M. le garde des sceaux, qui tout aussitôt l'a scellé avec toutes sortes d'éloges, à ce que m'a dit M. des Noyers. Adieu, monsieur mon cousin. Je suis votre très-humble et très-affectionné serviteur.

A Paris , ce 2S fie février IG2i.

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