‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 141 sur 672 · W. — AU ROI LOUIS XIII · texte numérisé non relu

W. — AU ROI LOUIS XIII

a l'occasion de la mort de son fils, qui fut tué en duel.

SlBE,

les mis que Votre Majesté vient de lire « passeront, s'il lui plaît, pour un très-humble remercîmenl de la promesse qu'elle m'a faite de ne donner jamais d'abolition à ceux qui ont assassiné mon Gis. I ii" bonté médiocre se fût contentée de me l'avoir dit nue fois. La Mitre, qui, en l'amour de la justice et en la hainedescrimes, n'est semblable qu'a soi-même, iprès me l'avoir réitère, y voulut encore ajouter ce favorable commandement, que je travaillasse à faire prendre les meurtriers, et que je ne me souciasse point du (lemeurant.il me semble bien, Sire, que des paroles prononcées de la bouche d'un roi, le plus grand et le meilleur qui soit au monde, me doivent être en telle révérence, que, sans être criminel moimême, je ne puisse faire doute de leur vérité: mais,

' Cettre Mire était apparen ait précédée de l'ode IX :

Donc un nouveau labeur à tes armes t'apprête.

Sire , sur quelle sûreté peut se reposer un esprit de qui le trouble est si grand et si déplorable comme le mien? Cauvet, conseiller d' \ix, beau-père de de Piles, et père de Bonnes, qui sont les deux abominables assassins de mon pauvre fils, prêche partout la vertu de ses pistoles, parle de la poursuite que j'en fais, non avec l'humilité d'un qui a besoin de miséricorde, mais avec la présomption d'un qui se tient assuré de triompher. C'est cela, Sire, qui m'amène une seconde fois à vos pieds, pour vous faire souvenir de votre promesse, et vous en demander la confirmation. Pour ce qui est des faveurs dont Carnet se promet d'être appuyé, je ne m'en mets point en peine; il en sera ce qu'il pourra; mais je sais bien qu'un homme d'honneur y pensera deux fois devant que de se ranger de son parti. Protéger une méchanceté, et la commettre, sont actions qui partent presque d'une même source; et qui fait l'un, Sire, ferait l'autre, s'il en espérait la même impunité. Puis, quand il se trouverait des âmes assez perdues pour l'assister, sur quelles apparences, s'ils ont quelque lumière de bon sens, sauraient-ils fonder leur intercession? Si par les qualités mes parties se pensent rendre considérables à mon préjudice, qui est-C qui ne sait point qu'un nombre infini de personne vivent encore à Marseille, qui ont vu arriver le père et l'oncle de Cauvet, et la. petits marebandots, avec des halles de cannelle, poivre, trinsembre, raisins et autres denrées, commencer leur trafic, qui de deux ou trois mille livres qu'ils pouvaient avoir alors, est abouti à près de deux millions, que tout le monde croit qu'ils aient aujourd'hui? Je n'ai parlé que du père et de l'oncle; mais Cauvet, tout hardi qu'il est, oserait-il nier qu'il n'ait fait le métier lui-même, et qu'assez de fois son nom n'ait ete écrit au livr l'écrivain de vaisseau? Quant a de Piles, si un secrétaire d'État, appuyé d'une personne qui pouvait tout auprès du (eu roi votre père, ne lui eût fait donner la chécive capitainerie du château d'If, vacant.' parla mort d'un valet de chambre de Henri In, ensuite de laquelle il a fait depuis quelques autres petites grivelées, ne serait-il pas à cette heure ou à Carpentras ou en tvignon . caché parmi ses parents dans les ordures de la honteuse condition i u il est né? Pour ce qui est de moi, Sire, il est bien vrai que la maison des Malherhe Saint- Ugnandont jesuis et dont je porte le nom. est depuis deux cents ans en si mauvais termes qu'elle ne saurait être pis. si elle n'était ruinée entièrement ; et quand je dis ne pense laisser rien a dire a mes ennemis : mais il est vrai aussi que non-seulement dans l'histoire de

Normandie, mais en la voi\ commune de tout I-

pays, elle est t. m;- pour l'une de celles qui suivi-

ŒUVRES DE MALHERBE

rent il y six cents ans le duc Guillaume à la conquête d'Angleterre, et que, pour le justifier, l'écusson de leurs armes est encore aujourd'hui , parmi trente ou quarante des principales du temps, en l'abbaye de Saint-Étienne de Caen , dans une salle que la fortune plutôt qu'autre chose exempta du ravage que fit la fureur des premiers troubles en tout le reste de cette maison. Si mes parties s'en veulent éclairer, qu'ils aillent sur le lieu : leur propre vue leur apprendra ce qui en est. Mais peut-être s'imaginent-ils qu'ils donneront à ce crime une couleur qui en diminuera l'abomination; c'est chose qu'ils ont déjà tentée inutilement : s'ils y retournent , je ne crois pas que ce soit avec plus de succès. Cette maudite affaire ne fut pas sitôt arrivée, que Cauvet, qui voudrait avoir des juges à sa fantaisie , ou plutôt qui n'en voudrait point avoir du tout, dépêcha par deçà un des siens pour avoir une interdiction du parlement de Provence, et en chemin faisant le chargea de conter la nouvelle de la façon qu'il lui était expédient qu'elle fût crue. Son homme s'acquitta de sa commission le mieux qu'il put; mais ce furent des ténèbres qui ne durèrent guère. Il arriva dans cinq ou six jours une infinité de lettres de Provence, qui, par des narrations véritables et non suspectes, démentirent ce que ridiculement ce messager avait publié. M. de Guise même , qui avait été prévenu de cette imposture , me fit l'honneur de me venir voir, et m'avoua que du premier abord il avait cru ce que l'homme de Cauvet avait dit; mais que, depuis, ceux qui font ses affaires en Provence lui avaient écrit au vrai comme la chose s'était passée, que l'action était très-vilaine, et que de bon cœur il m'assisterait en ce qui dépendrait de lui. Voilà comme réussit à Cauvet le premier essai qu'en cette occasion il fit d'abuser le monde. A cette heure que la chose est décriée comme elle est, et que, sur les informations faites par trois juges différents , et les dépositions de plus de quarante témoins, les assassins ont été condamnés à mort, je ne vois pas avec quelle apparence il pourrait reprendre le même chemin. Aussi crois-je bien que ce n'est pas là que lui et les siens jettent les plus assurés fondements de leur espérance. Ils me voient en un âge où il est malaisé que ma vie soit plus guère longue; ils font ce qu'ils peuvent pour en attendre la fin. Il ne se passe guère de semaine que sur des vétilles ils ne m'assignent au conseil. Contre tous leurs artifices, M. le garde des sceaux est mon refuge. Les bonnes causes sous lui ne doivent rien craindre, ni les mauvaises rien espérer. Son intégrité est une muraille d'airain; il n'y a moyen d'y faire brèche. Tout le monde bénit l'élection que Votre

Majesté en a faite : je crois qu'il ne sera pas marri que j'en fasse, de même, et qu'avec les autres je publie sa vertu, pource que véritablement elle est une des plus fortes et des plus nécessaires pièces dont Votre Majesté puisse composer la félicité de l'État. L'ordonnance veut que toute audience soit déniée aux criminels, que premièrement ils ne soient remis en prison. Je sais bien que c'est ce que mes parties ne feront pas, et par conséquent je me dois rire d'eux si, quoi qu'ils fassent dire en leur absence, ils s'imaginent d'être écoutés dans le conseil. Je suis trop long, Sire; j'abuse de votre loisir : mais si les plus faibles passions sont rebelles à la raison, il ne faut pas penser que les fortes demeurent dans l'obéissance. Je m'en vais finir, après que j'aurai dit à Votre Maj esté une chose que peut-être elle n'entendra pas sans étonnement. Mon pauvre fils, ayant été tué à quatre lieues d'Aix, y fut apporté, pour, selon son désir, être inhumé en l'église des Minimes, qui est au bout de l'un des faubourgs. Le peuple ne sut pas sitôt que le corps était arrivé , qu'il y courut en telle abondance, qu'il ne demeura au logis que les malades. Comme il fut question de le mettre en terre, ils dirent tous résolument qu'ils le voulaient voir encore une fois. Les religieux en firent quelque difficulté, mais il fallut qu'ils cédassent. La bière fut ouverte, le drap décousu, et le peuple satisfait de ce qu'il avait désiré. Quelles bénédictions furent alors données au pauvre défunt, et quelles imprécations faites contre les meurtriers! C'est chose vue et attestée de trop de gens pour m'y arrêter. Il suffit, Sire, que je supplie très-humblement Votre Majesté de considérer quelles étaient les mœurs d'un homme que toute une ville a regretté de cette façon. Ce n'est rien de nouveau de plaire à cinq ou six personnes; mais de plaire à tout un peuple, et lui plaire jusques à si haut point, il est malaisé que ce soit que par le moyen d'une vertu bien reconnue, et dont les témoignages aient une bien claire et bien générale approbation. Aussi ne douté-je point, Sire, que Votre Majesté, qui a une aversion de toutes sortes de crimes, ne trouve, en cette circonstance entraordinaire, de quoi faire sentir à mes parties un extraordinaire courroux. Tuer qui que ce soit est toujours un mauvais acte; mais tuer un homme de bien, et le tuer poltronnement et traîtreusement, c'est mettre le crime si haut qu'il ne puisse aller plus avant. J'ai certes de la peine à croire qu'il y ait homme qui osât parler pour ceux qui ont commis celui-ci. Toutefois, pource qu'il y a des esprits bossus et boiteux aussi bien que des corps, s'il avenait à quelque effronté d'en prendre la hardiesse, souvenez -vous, Sire,

que ceux qui vous prient d'une injustice vous tien nent capable de la faire, et là-dessus jugez quelle opinion vous devez avoir des personnes qui l'ont si mauvaise de Votre Majesté. Pour moi, qui ai accoutumé de nommer les choses par leur nom, je ne saurais dire sinon que je les tiens pour gens sans conscience, et à qui le succès de vos affaires bon ou mauvais est indifférent. Qu'on examine vos prospérités comme on voudra, il ne s'en trouvera point d'autre cause que la sainteté de votre v'e. Je n'ôte rien a la gloire de votre épée. Nos mains avaient bien à peine la force de la ;:iettre hors du fourreau , que Votre Majesté en fit des choses qui furent admirées de toute l'Europe. Je n'ôte rien non plus aux soins incomparables qu'apporte M. le cardinal de Richelieu à la direction de vos affaires, aux profusions excessives qu'il fait de son bien pour votre service , ni aux assiduités infatigables qu'il y rend avec un péril extrême de sa santé. Au contraire , j'estime ce très-grand prélat jusque-là que je ne le vois jamais tant soit peu indisposé, que je ne soupçonne quelque grande indignation de Dieu contre l'État. Mais, Sire, qu'en cette occasion de l'île de Khé la mer se soit humiliée devant vous; que, de si revêche qu'elle est, elle soit devenue si complaisante; c'est, pour en parler comme il faut, une affaire où il y a quelque chose de plus que de l'homme. Je sais bien les Revotions qu'a faites pour vous la reine votre nuit', reine aussi grande qu'elle est bonne mère, aussi bonne qu'elle est grande reine, et telle, en toutes ses qualités, que c'est ne savoir que c'est de perfection, que de croire qu'il y ait rien à désirer. Je n'ignore pas aussi celles que la reine y a contribuées : reine si belle et si vertueuse, que, hors l'honneur qu'elle a eu d'épouser Notre Majesté, le monde ne lui pouvait donner de mari qui la méritât. Mais quelque ardeur de prière qu'elles y eussent apportée l'une et l'autre, eussent-elles obtenu pour un prince de piété commune ce qu'elles onl obtenu pour vous? Vin. non. Sire; il n'y a personne qui raisonnablement s.' puisse plaindre, quand je dirai que Notre Majesté n'.i mis ses affaires au bon état où elles sont,

que par le soin de pi, lire a I >ieu. et la crainte de l'offenser. Continuez, Sire.de marcher dans un chemin si assure. Baissez toujours le mal : Dieu vous fera toujours du bien. Je ne crois pas qu'il v ait Chose au monde que VOUS désiriez et qui vous soit

m désirable < omme d'être père. Vous le serez. Sire,

par beaucoup de raisons; mais ce n'en sera pas une des moindres que la compassion (pie vous aurez eue d'un père affligé comme je le suis: et , dans peu de jour Votre Majesté remettra tellement lesremai m uni .

belles dans leur devoir, que ce que j'ai dit sera véritable :

Enfin mon toi les a mis bai ,

Ces murs qui de tant de combats

Furent les tragiques matières.

La Rochelleest en pondre, el ses champs déserti -

N'ont race que de cimetières Ou gisent les Titans qui les ont habités.

C'est là, Sire, que tendent les vœux de tous les gens de bien, et, autant que de nul autre, ceux de votre très-humble, très-obéissant et très-affectionné

serviteur,

F. DE M VLHKHBE.

LETTRES

ET FBAGMKNTS

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