‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 145 sur 672 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

Vous êtes le premier qui m'avez donné des nouvelles du succès de mon affaire. Il y a longtemps que je sais votre soin à obliger vos amis. Tout le inonde n'y va pas de même pied que vous. Je vous en remercie de tout mon cœur, et désire qu'en une meilleure occasion je vous puisse témoigner la même diligence. La favorable expédition que j'en ai eue a bien été ma première joie , mais la plus grande a été la confirmation que j'y vois de la bienveillance de monseigneur le garde des sceaux. S'il m'en vient quelque chose, je ne le tiendrai d'autre que de lui, comme certainement son appui est la seule considération qui me tient à la cour. Dieu me fera, s'il lui plaît, la grâce que, devant que je prenne le dernier congé des muses , je ferai quelque ouvrage qui me déchargera , non de ce que je lui dois , car il y aurait de la présomption de l'espérer, mais du blâme d'ingratitude que je mériterais infailliblement si je ne disais rien d'une vertu si grande et que j'ai eu l'honneur de connaître de si près. Pour les lettres patentes qu'il me faut avoir en conséquence de cet arrêt, je n'ose vous en importuner; mais s'il vous plaît en solliciter M. Salomon, qui a acheminé l'affaire là où elle est, vous m'obligerez infiniment. Il faudra, s'il vous plaît, que ce soit M. du Pusieux qui les expédie, et non autre, pour une occasion que je vous dirai à notre première vue. Cela vient assez à propos , pource que c'est lui qui fit la réponse de mon placet. Pour la Conchine , je crois que vous aurez loisir de la voir en ses beaux atours ; car, à ce que m'ont dit des gens qui le doi-

vent bien savoir, la chose ira jusques à samedi. Je baillai moi-même hier votre lettre à M. Hervier. Il avait pris médecine, ce qui me donna loisir de l'entretenir deux heures : aussi fut-ce là que j'appris des nouvelles de cette affaire. Il me dit qu'il ne vous écrirait point, et que vous aviez entendu de M. de Modène tout ce qu'il vous en pouvait mander. Je reçus hier sur le midi votre paquet , et m'étonnai qu'étant recommandé comme il était, il fût demeuré si longtemps par les chemins. Cela m'a fait douter de vous répondre parla voie de la poste que je voyais si mal assurée. D'ailleurs ayant eu l'honneur de dîner avec madame Alleaume, à laquelle j'avais baillé votre lettre dès hier, j'ai appris d'elle que monseigneur le garde des sceaux avait écrit à M. Ribier que mardi prochain il partirait de Fontainebleau. Toutefois enfin je m'y suis résolu afin que vous fussiez servi à votre gré. Je vous envoie les lettres qui avaient été adressées par M. de la Guillaumiechez M. Ribier. Elles étaient entre les mains de madame Alleaume, qui faisait difficulté de les vous envoyer sur le bruit que la cour serait ici au premier jour. Elles sont dans ce paquet. Si vous le recevez, vous les recevrez aussi. Madame Alleaume croit qu'elles viennent de M. de Riez; et pour cette opinion, avec la considération que je vous ai dite, elle ne s'était point hâtée de les vous envoyer. C'est, monsieur, tout ce que j'ai à vous dire. Si vous voyez M. de Racan , vous lui direz , s'il vous plaît, qu'il ne s'en aille pas de chez lui sans voir un spectacle qui vaut bien que l'on vienne du bout de la France pour le voir. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et suis votre très-humble et très-obéissant serviteur.

F. de Malherbe.

A Paris , ce dimanche 25 de juin 1617. OBSERVATIONS

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