‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 16 sur 672 · LIVRE I, ODES · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODES

Thétis ne suivit-elle pas Ta bonne grâce et tes appas Comme un objet émerveillable?

Et jura qu'avecque Jason Jamais Argonaute semblable N'alla conquérir la toison.

Tu menais le blond Ii> menée, Qui devait solennellement De ce fatal accouplement « Célébrer rbeureusc journée.

Jamais il ne fut si paré, Jamais en son liabit doré Tant de richesses n'éclatèrent ; Toutefois les nymphes du lieu , Non sans apparence, doutèrent Qui de vous deux était le dieu.

De combien de pareilles marques, Dont on ne me peut démentir, Ai-je de quoi te garantir Contre les menaces des Parques, Si ce n'est qu'un si long discours A de trop pénibles détours , Et qu'à bien dispenser les choses Il faut mêler, pour un gui ■ i x, A peu de myrte et peu de roses Eorce palme et force laurier!

Achille était haut de corsage2; L'or éclatait en ses cheveux ; Et les darnes avecque vœux Soupiraient après son visage; Sa gloire à danser3 et chanter, Tirer de l'arc, sauter, lutter, A nulle autre n'était seconde :

Mais , s'il n'eût rien eu de plus beau , Son nom , qui vole par le monde, Serait-il pas dans le tombeau?

■ Pour relever le mol accouplement, Je lui aurais donné Pépitbète de divin, au I îr-n de fatal; mais Malherbe a une grande prédilection poux ce dernier adjectif, i Mi v l

1 Lycophron lui donne neuf coudées, et Pbilostra qu'il avait dix-huit pieds.

Le mot conagi est vieux, mais il est beau, et je ne sais pourquoi on ne s'en sert plus, [Mén. ) — Ilapasséde i ode dans la pastorale.

» Je ne me souviens point d'avoir lu qu'Achille sût bien danser. Hais Stace lui attribuant la connaissance il" lotis les ex< rcices, Malherbe a pu dire qu'il exe liait dans celui de la danse; et même il pouvait se passer de l'autorité de Stace. Sénéque dit de Scipion qu'il aimait ;i danser : Scipio triumphaU i / rroorpus movit ad numéros. M.ii.-> il ajoute : Non molliter .<;<• infringens , ni nunc mot i st , etiam incessu ipso ultra muliebrem molli tient jluentibus, sed ut illi antiqiti viri ■ inier lusum ac/esta tempora, virilem in modum tripudiare: nonfacturi deirimentum, etiam si a/> hottibut suis un ctan ntttr, Min

S'il n'eût, par un bras homicide '

Donl rien ae repoussait l'effort,

Sur [lion vengé li tort

Qu'avait reçu le jeune ktride,

De quelque adresse qu'au - r m

Ou de Phœnix, ou de Chiron*,

Il eût fait son .

Notre à^'e aurait-il aujourd'hui

Le mémorable t

Que la Grèce a donne de lui ?

C'est aux magnanimes exemples Qui , sous la bannière de Mars , Sont faits au milieu des hasards , Qu'il appartient d'avoir des temples ; Et c'est avecque ces couleurs Que l'histoire de nos malheurs Mi rquera si bien ta mémo Que tous les siècles à v< nir N'auront point de nuit assez noire Pour en cacher le souvenir.

En ce longtemps où les manies D'un nombre infini de mutins Pousses dans nos mauvais destins Ont assouvi leurs féloi Par quels faits d'armes valeureux , Plus que nul autre aventuri ui .

- loire * ;i estime, Et déclare ta passion Contre l'espoir illégitime De la rebelle ambition !

Tel que d'un effort difficile

Un lleuve3 au travers de la mer,

Sans que son goût devienne amer,

i lide en la Sicile ;

Ses Ilots, par moyens inconnus

En leur douceur entretenus

Aucun mélange ne reçoivent .

Et, dans Syracuse arrivant ,

Sont trouve.- de ceui qui i s boivent

Ausm peu salés que devant :

Tel, entre ces esprits trafiques, Ou plutôt d( ; Qui de nos dommag - ; Tramaient i - fui si - pratiqni - .

Tu ne t'es jamais diverti

■ Mauvaise <-\ lb< te • e n'< -< pas honorer m lui donner un br is b mkide. Sr-M u •

3 Chiron fui le premier gouverneur d'Achille, et : le second, Mi it.

i Uphée . fleuve <lu l'tl< «p>

ŒUVRES DE MALHERBE

De suivre le juste parti ; Mais, blâmant l'impure licence De leurs déloyales humeurs , As toujours aimé l'innocence , Et pris plaisir aux bonnes mœurs.

Depuis que , pour sauver sa terre , Mon roi , le plus grand des humains , Eut laissé partir de ses mains Le premier trait de son tonnerre, Jusqu'à la fin de ses exploits , Que tout eut reconnu ses lois , A-t-il jamais défait armée , Pris ville, ni forcé rempart, Où ta valeur accoutumée N'ait eu la principale part?

Soit que, près de Seine et de Loire Il pavât les plaines de morts, Soit que le Rhône outre ses bords Lui vît faire éclater sa gloire , Ne l'as-tu pas toujours suivi , Ne l'as-tu pas toujours servi, Et toujours par dignes ouvrages Témoigné le mépris du sort Que sait imprimer aux courages Le soin de vivre après la mort?

Mais quoi ! ma barque vagabonde Est dans les syrtes bien avant , Et le plaisir, la décevant, Toujours l'emporte au gré de l'onde.

Bellegarde , les matelots Jamais ne méprisent les flots, Quelque phare qui leur éclaire :

Je ferai mieux de relâcher ', Et borner le soin de te plaire Par la crainte de te fâcher.

L'unique but où mon attente Croit avoir raison d'aspirer, C'est que tu veuilles m'assurer Que mon offrande te contente :

Donne-m'en, d'un clin de tes yeux, Un témoignage gracieux; Et, si tu la trouves petite , Ressouviens-toi qu'une action Ne peut avoir peu de mérite Ayant beaucoup d'affection.

Ainsi de tant d'or et de soie

' Les poètes doivent éviter ces mots propres des arts, et dire les choses figurément. iMén.)

Ton âge dévide son cours , Que tu reçoives tous les jours Nouvelles matières de joie !

Ainsi tes honneurs fleurissants De jour en jour aillent croissants , Malgré la fortune contraire !

Et ce qui les fait trébucher De toi ni de Termes ton frère Ne puisse jamais approcher !

Quand la faveur, à pleines voiles, Toujours compagne de vos pas , Vous ferait devant le trépas Avoir le front dans les étoiles, Et remplir de votre grandeur Ce que la terre a de rondeur, Sans être menteur, je puis dire Que jamais vos prospérités N'iront jusques où je désire, Ni jusques où vous méritez.

A LA REINE

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