‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 173 sur 672 · LAI · texte numérisé non relu

LAI

n. Bon.

Sans cesse vous brillez de voir tous \os parents Engloutir à la cour charges, dignités, rangs. Votre bon naturel en cela pour eux brille ; Dieu ne nous défend point d'aimer notre famille. D'ailleurs tous vos parents sont sages, vertueux ; Il est bon d'empêcher ces emplois fastueux D'être donnés peut-être a des âmes mondaines, Eprises du néant des vanités humaines.

Laissez là , croyez-moi , gronder les indévots , Et sur votre salut demeurez en repos. ■ [nonce. Sur tous ces points douteux c'est ainsi qu'il pro- Alors, croyant d'un ange entendre la réponse, Sa dévote s'incline, et, calmant son esprit, \ et ordre d'en haut sans réplique souscrit. Ainsi, pleine d'erreurs qu'elle croit légitimes, Sa tranquille vertu conserve tous ses crimes; Dans un cœur tous les jours nourri du sacrement Maintient la vanité, l'orgueil, l'entêtement, Et croit que devant Dieu ses fréquents- Sont pour entrer au ciel d'assurés pri\ ili . Voilà le digne fruit des soins de son docteur. Encore est-ce beaucoup si , ce guide imposteur Par les chemins fleuris d'un charmant quiétisme ' , Tout à coup l'amenant au vrai molinosisme . 11 ne lui fait bientôt, aide de Lucifer. Goûter en paradis les plaisirs de l'enfer. Mais dans ce doux état, molle, délicieuse, La hais-tu plus , dis-moi , que cette bilieuse Qui , follement outrée en sa sévérité , Baptisant son chagrin du nom de piété, Dans sa charité fausse où l'amour-propre abonde, Croit que c'est aimer Dieu que haïr tout le monde. Il n'est rien où d'abord son soupçon attaché Ne présume du crime et ne trouve un pèche. Pour une fille honnête et pleine d'innocence . Croit-elle en ses valets voir quelque complaisance : Réputés criminels, les voila tous chass Et chez elle a l'instant par d'autres rempl Son mari, qu'une affaire appelle dans la \ille, Et qui chez lui sortant a tout laisse tranquille, Se trouve assez surpris, rentrant dans la maison, De voir que le portier lui demande son nom ; Et que parmi ses gens . changés en son absence . Il cherche vainement quelqu'un de connaissance.

Fort bien! le trait est bon ! Dans les femmes . dis- Enfin vous n'approuvez ni \ ice ni vertu. [tu ,

\ «'ili le sexe peint d'une noble manière : Et Théophraste même . aide de la Bruj

1 il reste* petaelesouvenirdecelte inintelligible dispute du Quû tisrm . .i laquelle les dodu ')•• Bossuçt el de Pénélon I n. nui seuls une Importance qu'elle ne méritai! pas. Migui I IfolinoB, qui Introduisit le quii lisme .i Hume, fut condamné l>,u l'inquisition ■« une prison perpétuelle. i i. .;. , . i lui) les Cu

Ne m'en pourrait pas faire un plus riche tableau.

C'est assez : il est temps de quitter le pinceau ;

Vous avez désormais épuisé la satire.

Epuisé , cher Alcippe ! Ah tu me ferais rire!

Sur ce vaste sujet si j'allais tout tracer,

Tu verrais sous ma main des tomes s'amasser.

Dans le sexe j'ai peint la piété caustique :

Et que serait-ce donc si , censeur plus tragique ,

J'allais t'y faire voir l'athéisme établi,

Et , non moins que l'honneur, le ciel mis en oubli ;

Si j'allais t'y montrer plus d'une Capanée ■

Pour souveraine loi mettant la destinée ,

Du tonnerre dans l'air bravant les vains carreaux,

Et nous parlant de Dieu du ton de Des-Barreaux 2 ?

Mais sans aller chercher cette femme infernale , T'ai-je encor peint, dis-moi , la fantasque inégale Qui, m'aimantle matin, souvent me hait le soir? T'ai-jepeint la maligne aux yeux faux, au cœur noir? T'ai-je encore exprimé la brusque impertinente? T'ai-je tracé la vieille à morgue dominante, Qui veut, vingt ans encore après le sacrement, Exiger d'un mari les respects d'un amant? T'ai-je fait voir de joie une belle animée Qui souvent, d'un repas sortant tout enfumée, Fait, même à ses amants, trop faibles d'estomac, Redouter ses baisers pleins d'ail et de tabac? T'ai-je encore décrit la dame brelandière Qui des joueurs chez soi se fait cabaretière 3 , Et souffre des affronts que ne souffrirait pas L'hôtesse'd'une auberge à dix sous par repas? Ai-je offert à tes yeux ces tristes Tisiphones , [nés, Ces monstres pleins d'un fiel que n'ont point les lion- Qui , prenant en dégoût les fruits nés de leur flanc , S'irritent sans raison contre leur propre sang; Toujours en des fureurs que les plaintes aigrissent , Battent dans leurs enfants l'époux qu'elles haïssent, Et font de leur maison , digne de Phalaris < , Un séjour de douleurs, de larmes et de cris? Enfin t'ai-je dépeint la superstitieuse, La pédante au ton lier, la bourgeoise ennuyeuse , Celle qui de son chat fait son seul-entretien , Celle qui toujours parle et ne dit jamais rien ?

tait ceux de son siècle. (Boil.) — Jean delà Bruyère mourut d'apoplexie en igog. Il était âgé de cinquante-scpl ans.

1 Capanée était un des sept chefs de l'armée qui mil le siège devant Thèbes. Les poètes ont dit que Jupiter le Foudroya a cause de son impiété. (Bon..)

2 On dit qu'il se convertit avant que de mourir. (BoiL. — Jacques de Vallée, seigneur Des-Barreaux, né à Paris, 1602. mourut à Chàlons-sur-Saône en 1674. On le regarde généralement comme l'auteur du fameux sonnet :

Grand Dieu, tes Jugements sont remplis d'équité , etc.

i 11 y a des femmes qui donnent à souper aux joueurs , de pt'iir de ne les plus revoir, s'ils sortaient de leur maison. (Bon.. 4 Tyran en Sicile très-cruel. (Boil.)

Il en est des milliers ; mais ma bouche enfin lasse Des trois quartspour le moins veut bien te faire grâce.

J'entends : c'est pousser loin la modération. Ah! finissez, dis-tu, la déclamation.

Pensez-vous qu'ébloui de vos vaines paroles J'ignore qu'en effet tous ces discours frivoles Ne sont qu'un badinage, un simple jeu d'esprit D'un censeur dans le fond qui folâtre et qui rit , Plein du même projet qui vous vint dans la tête Quand vous plaçâtes l'homme au-dessous de la bêle ? Mais enfin vous et moi c'est assez badiner, Il est temps de conclure; et, pour tout terminer, Je ne dirai qu'un mot. La fille qui m'enchante, Noble, sage, modeste, humble, honnête, touchante, N'a pas un des défauts que vous m'avez fait voir. Si , par un sort pourtant qu'on ne peut concevoir , La belle, tout à coup rendue insociable, D'ange, ce sont vos mots, se transformait en diable, Vous me verriez bientôt , sans me désespérer, Lui dire : E^h bien! madame, il faut nous séparer; Nous ne sommes pas faits, je le vois, l'un pourl'autre. Mon bien se monte à tant : tenez , voilà le vôtre. Partez : délivrons-nous d'un mutuel souci.

A lcippe , tu crois donc qu'on se sépare ainsi ? Pour sortir de chez toi sur cette offre offensante , As-tu donc oublié qu'il faut qu'elle y consente? Et crois-tu qu'aisément elle puisse quitter Le savoureux plaisir de t'y persécuter?

Bientôt son procureur, pour elle usant sa plume, De ses prétentions va t' offrir un volume : Car, grâce au droit reçu chez les Parisiens , Gens de douce nature, et maris bons chrétiens, Dans ses prétentions une femme est sans borne Alcippe , à ce discours je te trouve un peu morne. Des arbitres, dis-tu, pourront nous accorder. Des arbitres!... Tu crois l'empêcher de plaider! Sur ton chagrin déjà contente d'elle-même , [me. Ce n'est point tous ses droits, c'est le procès qu'elle ai- Pour elle un bout d'arpent qu'il faudra disputer Vaut mieux qu'un fief entier acquis sans contester. Point de procès si vieux qui ne se rajeunisse ; Avec elle il n'est point de droit qui s'éclaircisse , Et sur l'art de former un nouvel embarras Devant elle Rolet mettrait pavillon bas. Crois-moi, pour la fléchir trouve enfin quelque voie . Ou je ne réponds pas dans peu qu'on ne te voie Sous le faix des procès abattu , consterné, Triste, à pied , sans laquais, maigre, sec, ruiné, Vingt fois dans ton malheur résolu de te pendre, Et , pour comble de maux . réduit à la reprendre.

SATIRES

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