‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 18 sur 672 · LIVRE I, ODES · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODES

Qu'on allait voir une saison OÙ nos brutales perfidies Feraient naître des maladies Qui n'auraient jamais guérison?

Qui ne pensait que les Furies Viendraient des abîmes d'enfer En de nouvelles barbaries Employer la flamme et le fer ; Qu'un débordement de licence Ferait souffrir à l'innocence Toute sorte de cruautés, Et que nos malheurs seraient pires Que naguères sous les Busires « Que cet Hercule avait domptés?

Toutefois, depuis l'infortune De cet abominable jour, A peine la quatrième lune Achève de faire son tour ; Et la France a les destinées Pour elle tellement tournées Contre les vents séditieux , Qu'au lieu de craindre la tempête 11 semble que jamais sa tète Ne fut plus voisine des cieux.

Au delà des bords de la Meuse, L'Allemagne a vu nos guerriers Par une conquête fameuse2 Se couvrir le front de lauriers.

Tout a fléchi sous leur menace ; L'aigle même leur a fait place , Et, les regardant approcher Comme lions à qui tout cède , N'a point eu de meilleur remède Que de fuir 3 et se cacher.

() reine qui , pleine de charmes Pour toute sorte d'accidents, \s borné le flux de nos larmes En ces miracles évidents, Que peut la fortune publique

1 Buslris était un tyran d'Egypte fameux par ses cruautés. Son histoire est si connue, que ce serait abuser du loisir des lecteurs que de la rapporter Ici. Quia mit Eurytthea durum, autillaudati nescil. Busiridisaras ■ Isocrate, dans son oraison Intitulée lu Louange de Busiris, dit que Hercule el Buslris n'ont pas vécu en même temps; ce qu'il prouve par le témoigagne dés historiens. Hais, outre qu'il y a eu plusieurs Hercules . el qu'il peul > en avoir eu un du temps de Busiris . les

i tes, comme nous l'avons déjà dit, sont obligés de suivre

la Fable , el non l'histoire. Ml vi

J i.a ville de Juliers . re] rise par le maréchal de la I hatre .

joint ;in prince M. nuire de Nassau.

1 Pair est aujourd'hui monosyllabe.

I e \ ouer d'assez magnifique , Si , mise au rang des immortels Dont ta vertu suit les exem] Tu n'as avec eux dans nos temples Des images et des autels?

Que saurait enseigner aux prin

ad démon qui les instruit , Dont ta sagesse eu nos provinces Chaque jour n'épande le fruit?

Et qui justement ne peut dire, A te voir régir cet empire , Que, si ton heur étail part il A tes admirables met Tu ferais dedans ses limites1 Lever et coucher le soleil ?

Le soin qui reste à nos pensées, O bel astre! c'est que toujours Nos félicités commencées Puissent continuer leur cours.

Tout nous rit , et notre navire A la bonace qu'il désire :

Mais, si quelque injure du sort Provoquait l'ire de Neptune.

Quel excès d'heureuse fortune .Nous garantirait de la mort?

Assez de funestes batailles Et de carnages inhumains Ont fait en nos propres entrailles Rougir nos déloyales mains :

Donne ordre que sous ton - Se termine cette manie, Et que, las de perpétuer Une si longue malveillance, Nous employions notre vaillance Ailleurs qu'à nous entre-tuer*.

La Discorde aux crins de couleuvres Peste fatale aux potentats, \e Huit ses tragiques oeuvres

Qu'en la fin même des I tat8.

D\ Ile naquit la frénésie De la Grèce contre r \

El d'elle | rirent le flambeau Dont ils désolèrent leur terre.

■ Équivoque, il B'agH Ici des limites de la t r mec, 1 1 i

de celle du soleil.

, m, i . dit Mi n ige, n'< il p is de la belle p dans nos vers, le simple doil être préfën ils ,>ht tous deux m me signiticatio M que que ruern'aurail pas rendu la pensée d M i 'i rote.

ŒUVRES DEMALHERBE.

Les deux frères de qui la guerre ' Ne cessa point dans le tombeau.

C'est en la paix que toutes choses

Succèdent selon nos désirs;

Comme au printemps naissent les roses ,

En la paix naissent les plaisirs ;

Elle met les pompes aux \ i Mes ,

Donne aux champs les moissons fertiles ,

Et, de la majesté des lois

Appuyant les pouvoirs suprêmes ,

Fait demeurer les diadèmes

Fermes sur la tête des rois.

Ce sera dessous cette égide Qu'invincible de tous côtés Tu verras ces peuples sans bride Obéir à tes volontés; Et, surmontant leur espérance, Remettras en telle assurance Leur salut , qui fut déploré , Que vivre au siècle de Marie , Sans mensonge et sans flatterie , Sera vivre au siècle doré.

Les Muses , les neuf belles fées * Dont les bois suivent les chansons, Rempliront de nouveaux Orphées La trou ne de leurs nourrissons; Tous leurs vœux seront de te plaire; Et si ta faveur tutélaire Fait signe de les avouer, Jamais ne partit de leurs veilles Rien qui se compare aux merveilles Qu'elles feront pour te louer.

En cette hautaine entreprise, Commune à tous les beaux esprits , Plus ardent qu'un athlète à Pise 3 Je me ferai quitter le prix ; Et quand j'aurai peint ton image, Quiconque \ erra mon ouvrage Avouera que Fontainebleau, Le Louvre, ni les Tuileries, En leurs superbes galeries N'ont point un si riche tableau.

' La guerre de Thébes entre Ëtéocle et Polynice, lils d'OEdipe.

2 Ce mot est très-beau. Il vient du latin. fiita , faite; et ainsi il convient bien aux Muses. Les poètes s'en servent aussi en la signification des Nymphes. (Men.)

3 Ville dTÉlide dans le Péloponèse, près du fleuve Alphée, ou, de cinq ans en cinq ans, on célébrait les jeux olympiques

Apollon à portes ouvertes»

Laisse indifféremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes Qui gardent les noms de vieillir.

Mais l'art d'en faire des couronnes N'est pas su de toutes personnes ; Et trois ou quatre seulement, Au nombre desquels 2 on me range , Peuvent donner une louante Qui demeure éternellement.

A LA REINE

PENDANT SA EEGENCE.

Si quelque avorton de l'Envie Ose encore lever les yeux, Je veux bander contre sa vie 4 L'ire de la terre et des cieux, Et dans les savantes oreilles Verser de si douces merveilles , Que ce misérable corbeau , Comme oiseau d'augure sinistre Banni des rives de Caïstre 5, S'aille cacher dans le tombeau.

Venez donc , non pas habillées6 Comme on vous trouve quelquefois, En jupes dessous les feuillées Dansant au silence des bois; Venez en robes où l'on voie Dessus les ouvrages de soie.

1 C'est un des proverbes des Grecs, que les portes des Muses sont ouvertes a tout le monde : àvEufi&évau pCcuaûv bJzz:.

(MÉN.)

2 Lequel est banni de la poésie. Malherbe pouvait dire : au nombre de qui l'on me range ; mais son vers n'eut pas élé si harmonieux. Du reste, il est à remarquer que , dans toutes ses poésies, il ne s'est servi de lequel qu'en cet endroit, et dans l'ode a M de Bellegarde. (MÉN.)

3 Racan disait que cette oie n'avait ni commencement ni fin, et ne la regardait que comme un fragment.

4 On a critiqué ce vers comme présentant à l'esprit une idée obscène. Les anciens ont repris de même arrige aura, dans Térence, et arrigere animai dans Salluste. Il faut avoir l'imagination extrêmement gàlée pour trouver dans les auteurs de semblables-ordures. Quodsi recipias, nihil loqui tutum est, dit Quinlilien , an suji t de celui qui trou\ ait une obscénité en ces mots de Virgile : incipiunt agilala tumesa re. '<;i s.)

5 Fleuve de Lydie très-fréquente par les cygnes, s'il faut en croire les poètes. On dirait aujourd'hui du ('oisir*-.

6 Malherbe invoquait peut-être les Muses dans une strophe qui n'est pas venue jusqu'à nous, mais peut-être aussi a-l-ilcru sa pensée, assez clairement exprimée pour n'avoir pas besoin de les nommer ici.

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