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Dans ton repos, dit-on, saisi par Gaillerbois ' , Tu vis le jour alors pour la première fois. Chaque coup sur la chair laisse une meurtrissure : Déjà plus d'un guerrier se plaint d'une blessure. D'un le Vayer 2 épais Giraut est renversé : Marineau 3 , d'un Brébeuf à l'épaule blessé, En sent par tout le bras une douleur amère , Et maudit la Pharsale aux provinces si chère. D'un Pinchêne in-quarto Dodillon étourdi A longtemps le teint pâle et le cœur affadi. Au plus fort du combat, le chapelain Garagne, Vers le sommet du front atteint d'un Charlemagne 4 , ( Des vers de ce poème effet prodigieux ! ) Tout prêt à s'endormir, baille et ferme les yeux. A plus d'un combattant la Clélie5 est fatale : Girou dix fois par elle éclate et se signale. Mais tout cède aux efforts du chanoine Fabri. Ce guerrier, dans l'église aux querelles nourri , Est robuste de corps, terrible de visage, Et de l'eau dans son vin n-a jamais su l'usage. Il terrasse lui seul et Guibert et Grasset, EtGorillon la basse, et Grandin le fausset; EtGerbais l'agréable, et Guérin l'insipide.
Des chantres désormais la brigade timide S'écarte, et du Palais regagne les chemins. Telle, à l'aspectd'un loup,terreur des champs voisins, Fuit d'agneaux effrayés une troupe bêlante : Ou tels devant Achille, aux campagnes du Xanthe, Les Troyens se sauvaient à l'abri de leurs tours; Quand Brontin à Boirude adresse ce discours :
« Illustre porte-croix, par qui notre bannière N'a jamais en marchant fait un pas en arrière, Un chanoine lui seul, triomphant du prélat, Du rochet à nos yeux ternira-t-il l'éclat? Non , non : pour te couvrir de sa main redoutable6 , Accepte de mon corps l'épaisseur favorable. Viens ; et , sous ce rempart , à ce guerrier hautain Fais voler ce Quinault qui me reste à la main. »
A ces mots , il lui tend le doux et tendre ouvrage. l,f sacristain , bouillant de zèle et de courage, Le prend, se cache, approche, et, droitentrelesyeux,
ce roman , qui a fourni a Th. Corneille le Bujel de sa tragédie raffi, se nommait Jean-Ambroise Marini.
1 Pierre Tardieu , sieur de Gaillerbois, «avait été chanoine de laSainte-4 lhapelle ; il était frère du lieutenant criminel Tardieu, fameux par son avarice et par sa tin tragique. Voyez la satire \.
' François de la Mothe le Vayer, mort en 1672, a l'âge de quatre-vingt-cinq ans, était père de l'abbé le Vayer, à qui Boileau a adressé sa i\ satire. Sesœui res ont i té recueillies en trois volumes In-folio.
■ Marineau h Dodillon avaient été chantres de la Saintei hapelle. Giraut et Garagne sont deux personnages Bupposés.
• Voya les notes sur les éplt \m et i\. ' Roman de mademoiselle de S< udéri.
• //'■"/• ,u>. Vin, v. 267. Bon
Frappe du noble écrit l'athlète audacieux. Mais c'est pour l'ébranler une faible tempête ; Le livre sans vigueur mollit contre sa tête. Le chanoine les voit , de colère embrasé :
attendez, leur dit-il, couple lâche et rusé, Et jugez si ma main, aux grands exploits novice, Lance à mes ennemis un livre qui mollisse. ■
A ces mots , il saisit un vieil Infortiat « , Grossi des visions d'Accurse et d'Alciat » , Inutile ramas de gothique écriture , Dont quatre ais mal unis formaient la couverture, Entourée à demi d'un vieux parchemin noir, Où pendait à trois clous un reste de fermoir. Sur I'ais qui le soutient auprès d'un Avicenne3, Deux des plus forts mortels rébranleraient à peine : Le chanoine pourtant l'enlève sans effort , Et, sur le couple pâle et déjà demi-mort , Fait tomber à deux mains l'effroyable tonnerre. Les guerriers, de ce coup, vont mesurer la terre, Et, du bois et des clous meurtris et déchirés , Longtemps , loin du perron , roulent sur les degrés.
Au spectacle étonnant de leur chute imprévue, Le prélat pousse un cri qui pénètre la nue. Il maudit dans son cœur le démon des combats , Et de l'horreur du coup il recule, six pas. Mais bientôt rappelant son antique prouesse , Il tire du manteau sa dextre vengeresse ; Il part, et, de ses doigts saintement allongés, Bénit tous les passants, en deux (iles rangés. Il sait que l'ennemi, que ce coup va surprendre, Désormais sur ses pieds ne l'oserait attendre, Et déjà voit pour lui tout le peuple en courroux Crier aux combattants : « Profanes, à genoux! ■> Le chantre, qui de loin voit approcher l'orage, Dans son cœur éperdu cherche en vain du courage : Sa fierté l'abandonne, il tremble , il cède, il fuit. Le long des sacrés murs sa brigade le suit : Tout s'écarte à l'instant; mais aucun n'en réchappe; Partout le doigt vainqueur les suit et 1rs rattrape. Evrard seul, en-un coin prudemment retire. Se croyait à couvert de l'insulte sacré : Mais le prélal vers lui fait une marche adroite : Il l'observe de l'œil , et, tirant vers la droite , Tout d'un coup tourne à gauche, et, d'un bras fortuné Bénit subitement le guerrier consterné *.
1 [ivre de droil , d'une grosseur énorme. Boil.» ' sateurs ei Jurisconsultes célèbres, nés tous deux en Italie, et qui vivaient . le premier dans le douzième siècle, le
second au ( agencement du seizième.
dateur arabe. Boil. — Il a écrit sur la médecine, et ses œuvres formeM un volume in-folio.
i t n Jour que le cardinal de Retz faisait la procession avec son clergé, M. le Prince le grand Ooodé . qui était brouillé avec lui, vint k pa ser, et s'empressa de descendre de sa voi-
Le chanoine , surpris de la foudre mortelle , Se dresse , et lève en vain une tête rebelle ; Sur ses genoux tremblants il tombe à cet aspect, Et donne à la frayeur ce qu'il doit au respect.
Dans le temple aussitôt le prélat plein de gloire Va coûter les doux fruits de sa sainte victoire; Et de leur vain projet les chanoines punis S'en retournent chez eux éperdus et bénis.