‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 23 sur 672 · À.U SUJET DE SON HISTOIBE SAINTE · texte numérisé non relu

À.U SUJET DE SON HISTOIBE SAINTE

La Garde , tes doctes écrits Montrent les soins que tu as pris A savoir tant de belles choses; Et ta prestance et tes discours Étalent un heureux concours De toutes les grâces écloses.

Davantage, tes actions Captivent les affections Des cœurs , des yeux et des oreilles , Forçant les personnes d'honneur

' Quand Paul III demanda au Tasse de lui nommer le plus grand poète de l'Italie , le Tasse regarda fixement le pape , et se posant le doigt sur l'estomac, répondit : Io, c'est-à-dire, moi. Il est presque naturel à tous les grands hommes de parler librement d'eux-mêmes. Le comte Maurice de Nassau , prince d'Orange, à qui on demandait quel était le plus grand capitaine de l'Europe, répondit que le marquis de Spinola était le second; quelque modeste que fut la réponse, lecomte lit voir qu'il mettait le marquis de Spinola au-dessous de lui. MÉ.v.)

Quel nombre! quelle cadence ! quelle beauté d'expression! On doit pardonner a Malherbe cette sorte de jactance, permise aux poètes quand on peut les supposer inspirés, un peu ridicule quand on sent qu'ils ne le sont pas, et dans tous les cas sans conséquence. (L* Harpe.)

2 Cette ode n'était sûrement pas destinée a voir le jour. Tirée par le P. Bougerel des Lettres de Malherbe à M. dePeiresc, elle lut imprimée pour la première fois dans la continuation des Mémoires de littérature et d'histoire de Sallengre. Malherbe la composa sur la fin de ses jours, et déjà atteint de la maladie dont il mourut : l'étal de faiblesse ou il se trouvait ne lui permit pas de faire disparaître les nombreuses négligences qu'elle renferme.

3 N. de Villeneuve, seigneur delà Carde, du Freinet et de la Motte, frère cadet d'Amauld de Villeneuve, gentilhomme ordinaire de Henri III, ensuite capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances, et gouverneur de la ville de Draguignan. Ces deux hères étaient de la maison de Villeueuye, l'une des plus illustres de Provence. (ST-liAKC.)

ŒUVRES DE MALHERBE

De te souhaiter tout bonheur Pour tes qualités nonpareilles.

Tu sais bien que je suis de ceux

Qui ne sont jamais paresseux

A louer les vertus des hommes ;

Et dans Paris , en mes vieux ans ,

Je passe à ce devoir mon temps ,

Au malheureux siècle où nous sommes.

Mais, las! la perte de mon fils1, Ses assassins d'orgueil bouffis , Ont toute ma vigueur ravie ; L'ingratitude et peu de soin Que montrent les grands au besoin De douleurs accablent ma vie.

Je ne désiste pas pourtant D'être dans moi-même content D'avoir vécu dedans le monde , Prisé, quoique vieil, abattu, Des gens de bien et de vertu ; Et voila le bien qui m'abonde.

Nos jours passent comme le vent; Les plaisirs nous vont décevant; Et toutes les faveurs humaines Sont hémérocalles * d'un jour :

Grandeurs, richesses, et l'amour, Sont fleurs périssables et vaines.

INous avons tant perdu d'amis , Et de biens par le sort transmis Au pouvoir de nos adversaires !

Néanmoins nous voyons , du port , D'autrui les débris et la mort , En nous éloignant des corsaires.

Ainsi puissions-nous voir longtemps Nos esprits libres et contents Sous l'influence d'un bon astre !

Que vive et meure qui voudra :

La constance nous résoudra Contre l'effort de tout désastre.

Le soldat , remis par son chef, Pour se garantir de méchef , En état de faire sa garde , N'oserait pas en déloger

1 Vovez au commencement de ce volume l'Extrait de Balzac, placé à la suite des Mémoires de Racan; et le u3 48 des Lettres choisies.

> Hémérocalles , éphémères, dont la beauté ne dure qu'un jour. D'un jour, fait ici un nléouasm».

Sans congé , pour se soulager, Nonobstant que trop il lui tarde.

Car s'il procédait autrement , Il serait puni promptement Aux dépens de sa propre vie :

Le parfait chrétien tout ainsi , Créé pour obéir aussi, Y tient sa fortune asservie.

Il ne doit pas quitter ce lieu Ordonné par la loi de Dieu ; Car l'âme qui lui est transmise Félonne ne doit pas fuir Pour sa damnation encourir, Et être en l'Érèbe remise.

Désolé je tiens ce propos ,

Voyant approcher Atropos

Pour couper le nœud de ma trame;

Et ne puis ni veux l'éviter,

Moins aussi la précipiter :

Car Dieu seul commande à mon âme.

Non, Malherbe n'est pas de ceux Que l'esprit d'enfer a déceus ■ Pour acquérir la renommée De s'être affranchis de prison Par une lame , ou par poison , Ou par une rage animée.

Au seul point que Dieu prescrira

Mon âme du corps partira

Sans contrainte ni violence;

I )e l'enfer les tentations ,

Ni toutes mes afflictions ,

Ne forceront point ma constance.

Mais , la Garde , voyez comment On se disvague » doucement , Et comme notre esprit agrée De s'entretenir près et loin , Encor qu'il n'en soit pas besoin , Avec l'objet qui le récrée.

.T'avais mis la plume à la main

Avec l'honorable dessein

De louer votre sainte Histoire;

Mais l'amitié que je vous dois

Par delà ce que je voulais

A fait débaucher ma mémoire.

Déçus.

On te fourvoie.

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