‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 253 sur 672 · CYRUS · texte numérisé non relu

CYRUS

Eh ! de grâce , généreux Pluton , souffrez que j'aille entendre l'histoire d'Aglatidas et d'Amestris qu'on nie va conter. Rendons ce devoir à deux illustres malheureux. Cependant voici le fidèle Féraulas que je vous laisse, qui vous instruira positivement de l'histoire de ma vie , et de l'impossibilité de mon bonheur.

PLUTON

Je m'en veux point être instruit, moi. Qu'on me chasse Ce grand pleureux.

CYBUS.

Eh, de grâce!

PLUTON

Si tu ne sors...

CYBUS.

En effet...

Si tu ne t'en vas...

CYBUS.

En mon particulier...

PLUTON

Si tu ne te retires... A la fin le voilà dehors. A-t-on jamais vu tant pleurer?

DrOGÈNÉ.

Vraiment! il n'est pas au bout, puisqu'il n'en est qu'à l'histoire d'Aglatidas et d'Amestris. Il a encore neuf gros tomes à faire ce joli métier. PLUTON.

Eh bien ! qu'il remplisse, s'il veut, cent volumes desesfolies. J'ai d'autres affaires présentement qu'à l'entendre. — Maisquelleest cette femmeque je vois qui arrive?

DIOGÈNK.

Ne reconnaissez-vous pas Thomyris?

PLUTON

Quoi ! cette reine sauvage des Massagètes, qui fit plongerjatétedeCyrusdansùn vaisseau de sang humain. Celle-ci ne pleurera pas, j'en réponds. Qu'estce qu'elle cherche?

THOMVBIS.

Que l'on cherche partout mes tablettes perdues; Mais que sans les ouvrir elles me soient rendues '. DIOGÈNE.

Des tablettes! je ne lésai pas, au moins. Ce n'est pas un meuble pour moi que des tablettes-, et l'on prend assez de soin de retenir mes bons mots, sans que j'aie besoin de les recueillir moi-même dans des tablettes.

PLUTON

Je pense qu'elle ne fera que chercher. Fille a tantôt visité tous les coins et recoins de cette salle. Qu'y avait-il donc de si précieux dans vos tablettes, grande reine ?

THOMVEIS.

Un madrigal, que j'ai fait ce matin pour le charmant ennemi que j'aime.

MIXOS.

Hélas! qu'elle est doucereuse!

DIOGÈNE

Je suis fâché que ces tablettes soient perdues. Je serais curieux de voir un madrigal massagète.

PLUTON

Mais qui est donc ce charmant ennemi qu'elle aime?

DIOOKNF..

C'est ce même Cyrus qui vient de sortir tout ;i l'heure.

PLUTON

Ron! aurait-elle fait égorger l'objet de sa passion?

D10GKNE.

Égorger ! C'est une erreur dont on a été abusé seulement durant vingt-cinq siècles; et cela par la faute du gazetier de Scytbie, qui répandit mal à propos la nouvellede sa mort sur un faux bruit. On est détrompé depuis quatorze ou quinze ans.

PLUTON

Vraiment , je le crois encore. Cependant , soit que le gazetier de Scytbie se soittrompé ou'non, qu'elle s'en aille dans les galeries chercher, si elle veut, son charmant ennemi, et qu'elle ne s'opiniàtre pas davantage à retrouver des tablettes que vraisemblablement elle a perdues par sa négligence . et que sûrement aucun de nous n'a volées. — Mais quelle est cette voix robuste que j'entends là-bas qui fredonne un air?

DI0OÈ>E.

C'est ce grand borgne d'Horatius Coclès, qui chante ici proche, comme m'a dit un de vos gardes,

1 Ce sont les d< ai premiers rers de la tragédie de Cyrus, faite par M.Qiiiiunlt ; cl c'est Thomyris qui ouvre le théâtre par ces deux mis. (Bon..) — Voyez Cyrus , acte I", se. v.

à uq écho qu'il y a trouvé l , une chanson qu'il a faite pour Clélie.

PLUTOT*

Qu'a donc ce fou de Minos, qu'il crève de rire?

MINOS

Et qui ne rirait? Horatius Coclès chantant à l'écho!

Il est vrai que la chose est assez nouvelle. Cela est à voir. Qu'on le fasse entrer, et qu'il n'interrompe point pour cela sa chanson , que Minos vraisemblablement sera bien aise d'entendre de plus près.

MINOS

Assurément.

hohatius coclès , chantant la reprise de la chanson qu'il chante clans Clélie.

Et Phénisse même publie Qu'il n'est rieD si beau que Clélie.

DIOGÈNE

Je pense reconnaître l'air. C'est sur le chant de Toinon la belle jardinière 2.

HOBATIUS COCLÈS.

Et Phénisse même publie Qu'il n'est rien si beau que Clélie.

PLUTON

Quelle est donc cette Phénisse?

DIOGÈNE

C'est une dame des plus galantes et des plus spirituelles de la ville de Capoue , mais qui a une trop grande opinion de sa beauté, et qu'Horatius Coclès raille, dans cet impromptu de sa façon, dont il a composé aussi le chant, en lui faisant avouer à ellemême que tout cède en beauté à Clélie.

MINOS

Je n'eusse jamais cru que cet illustre Romain fût si excellent musicien et si habile faiseur d'impromptus. Cependant je vois bien par celui-ci qu'il est maître passé.

Et moi, je vois bien que, pour s'amuser à de semblables petitesses, il faut qu'il ait entièrement perdu le sens. Hé! Horatius Coclès, vous qui étiez autrefois si déterminé soldat , et qui avez défendu vous seul un pont contre une armée 3 , de quoi vous êtesvous avisé de vous faire berger après votre mort , et qui est le fou ou la folle qui vous ont appris à chanter ?

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