‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 275 sur 672 · B')IL · texte numérisé non relu

B')IL

TRAITE DU SUBLIME

ces endroits-là il y a beaucoup plus de fable et de narration que d'action.

Je me suis étendu là-dessus , comme j'ai déjà dit , afin de vous faire voir que les génies naturellement les plus élevés tombent quelquefois dans la badinerie , quand la forcedeleur esprit vient à s'éteindre. Dans ce rang on doit mettre ce qu'il dit du sac où Éole enferma les vents, et des compagnons d'Ulysse changés par Circé en pourceaux, que Zoile appelle de petits cochons larmoyants. Il en est de même des colombes qui nourrirent Jupiter comme un pigeon, de la disette d'Ulysse, qui fut dix jours sans manger après son naufrage , et de toutes ces absurdités qu'il conte du meurtre des amants de Pénélope. Car tout ce qu'on peut dire à l'avantage de ces fictions, c'est quece sont d'assez beaux songes, et, si vous voulez , des songes de Jupiter même. Ce qui m'a encore obligé à parler de l'Odyssée, c'est pour vous montrer que les grands poètes et les écrivains célèbres, quand leur esprit manque de vigueur pour le pathétique, s'amusent ordinairement à peindre les mœurs. C'est ce que fait Homère quand il décrit la vie que menaient les amants de Pénélope dans la maison d'Ulysse. En effet, toute cette description est proprement une espèce de comédie, où les différents caractères des hommes sont peints.

Page 1