‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 278 sur 672 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Ce que c'est qu'Amplification.

Je ne saurais approuver la définition que lui donnent les maîtres de l'art. L'amplification , disent-ils , est un Discours qui augmente et qui agrandit les choses. Car cette définition peut convenir tout de même au sublime, au pathétique et aux figures, puisqu'elles donnent toutes au discours je ne sais quel caractère de grandeur. Il y a pourtant bien de la différence. Et premièrement , le sublime consiste dans la hauteur et l'élévation ; au lieu que l'amplification consiste aussi dans la multitude des paroles. C'est pourquoi le sublime se trouve quelquefois dans une simple pensée : mais l'amplification ne subsiste

TRAITE DU SUBLIME

que dans la pompe et dans l'abondance. L'amplification donc , pour en donner ici une idée générale, est un accroissement de paroles, que l'on peut tirer de toutes les circonstances particulières des « choses , et de tous les lieux de l'oraison, qui rem- « plit le discours et le fortifie, en appuyant sur ce « qu'on a déjà dit. » Ainsi elle diffère de la preuve , en ce qu'on emploie celle-ci pour prouver la question , au lieu que l'amplification ne sert qu'à étendre et à exagérer1....

La même différence, à mon avis, est entre Démosthène et Cicéron pour le grand et le sublime, autant que nous autres Grecs pouvons juger des ouvrages d'un auteur latin. En effet, Démosthèneest grand en ce qu'il est serré et concis; et Cicéron au contraire en ce qu'il est diffus et étendu. On peut comparer ce premier, à cause de la violence, de la rapidité , de la force et de la véhémence avec laquelle il ravage, pour ainsi dire, et emporte tout, à une tempête, et à un foudre. Pour Cicéron, on peut dire, à mon avis, que, comme un grand embrasement , il dévore et consume tout ce qu'il rencontre, avec un feu qui ne s'éteint point, qu'il répand diversement dans ses ouvrages, et qui, à mesure qu'il s'avance, prend toujours de nouvelles forces. Mais vous pouvez mieux juger de cela que moi. Au reste, le sublime de Démosthène vaut sans doute bien mieux dans les exagérations fortes et dans les violentes passions, quand il faut, pour ainsi dire, étonner l'auditeur. Au contraire, l'abondance est meilleure, lorsqu'on veut, si j'ose me servir de ces termes, répandre une rosée agréable a dans les esprits. Et certainement un discours diffus est bien plus propre pour les lieux communs , les péroraisons , les digressions, et généralement pour tous ces discours qui se font dans le genre démonstratif. Il eu

1 Cet Iroit est fort défectueux. L'auteur, après avoir fait

quelques remarques encore sur l'Amplification, \ enail ensuite a comparer deux orateurs donton ne peul pas deviner les noms : il reste même dans le texte trois ou quatre lignes de celte comparaison , que j'ai supprimées dans la traduction, parc ■ que cela aurail embarrassé le lecteur, et aurait été inutile , puisqu'on ne sait point qui .sont ceux dont l'auteur parle. Voici pourtant le* paroles cpii en restent : Celui-ci est plus « abondant et plus riche. On peut comparer Bon éloquence ic a une grande mer qui occupe beaucoup d'espace, et se répand « en plusieurs eieir.ni>. L'un, a mon avis, est bien plus pa- » théUque, et a bien plus île {, u et d'éclat. L'autre, demeurant

• iirs dans une certaine gra\ ile pompeuse, n'est pas froid

« a la vérité, niais n'a pas aussi tant d'activité ni de mouve-

ii. ni n i.e traducteur latin a cru que ces paroi a regardaient

m et Démosthène; mais, à mon avis, Use trompe. Bon,.

' M. Lefébvreet H. Dacier donnent à ce passage une inter-

prétaUon fort subtile : mais je ne suis point de leur avis, et je

• ici le mut de y.x-Xi-/:7.i7A dans son sens le plus naturel, \fratchir, qui est le propre du Btyle abondant opposé m style sec, Bon

est de même pour les histoires, les traités de physique, et plusieurs autres semblables matières.

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