CHAPITRE XII
De la manière d'imiter.
Toutes les fois donc que nous voulons travailler à un ouvrage qui demande du grand et du sublime , il est bon de faire cette réflexion : Comment est-ce qu'Homère aurait dit cela ? Qu'auraient fait Platon , Démosthène , ou Thucydide même , s'il est question d'histoire , pour écrire ceci en style sublime ? Car ces grands hommes que nous nous proposons à imiter, se présentant de la sorte à notre imagination, nous servent comme de flambeau , et nous élèvent l'âme presque aussi haut que l'idée que nous avons conçue de leur génie, surtout si nous nous imprimons bien ceci en nous-mêmes : Que penseraient Homère ou Démosthène de ce que je dis, s'ils m'écoutaient, et quel jugement feraient-iis de moi? En effet , nous ne croirons pas avoir un médiocre prix à disputer, si nous pouvons nous figurer que nous allons, maissérieusement,rendrecomptedenosécrits devant un si célèbre tribunal , et sur un théâtre où nous avons de tels héros pour juges et pour témoins. Mais un motif encore plus puissantpour nous exciter,
1 II y a dans le grec , et f«i Ta û-' Ïv<5Vj; xai o! ïrspî Âa- (AÉytov. Mais cet endroit vraisemblablement est corrompu. Car quel rapport peuvent avoir les Indiens au sujet dont il s'agit ici?
c'est de songer au jugement que toute la postérité fera de nos écrits. Car si un homme, dans la défiance de ce jugement « , apeur, pour ainsi dire, d'avoir dit quelque chose qui vive plus que lui , son esprit ne saurait jamais rien produire que des avortons aveugles et imparfaits, et il ne se donnera jamais la peine d'achever des ouvrages qu'il ne fait point pour passer jusqu'à la dernière postérité.