‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 3 sur 672 · SUPPLEMENT A LA VIE DE MALHERBE · texte numérisé non relu

SUPPLEMENT A LA VIE DE MALHERBE

Malherbe se piquait extraordinairement de noblesse; et ce n'est pas sans peine qu'il consentit à traiter pour son fils d'un office de conseiller au parlement de Provence. Ses amis lui représentèrent en cette occasion que M. de Foix , nommé à l'archevêché de Toulouse, était auparavant conseiller au parlement de Paris ; et qu'après un gentilhomme parent des rois , et allié de toutes les maisons souveraines de l'Europe, lefilsd'un gpntilhomme de Caen, quoique de la race de ceux qui suivirent en Angleterre Guillaume le Conquérant, pouvait sans scrupule exercer une charge de conseiller : cet exemple le décida. (Balzac, Entretien xvra.)

La dernière année de sa vie, Malherbe perdit son fils unique , qui fut tué en duel par un gentilhomme de Provence. Cette perte le toucha sensiblement. Je le voyais tous les jours dans le fort de son affliction, et je le trouvai agité de plusieurs pensées différentes. Il songea une fois à se battre contre celui qui avait tué son fils; et comme nous lui représentâmes, M. de Porchères d'Arbaud et moi, qu'il y avait trop de disproportion de so«s âge de soixantedouze ans à celui d'un homme qui n'en avait pas encore vingt-cinq : C'est à cause de cela que je me veux battre, nous répondit-il; ne voyez-vous pas que je ne hasarde qu'un denier contre une pistole?

On lui parla ensuite d'accommodement, et un conseiller du parlement de Provence, son ami particulier, lui porta parole de dix mille écus. Il en rejeta la proposition, et nous dit l'après-dînée ce qui s'était passé, le matin, entre^ui et son ami. Mais nous lui fîmes considérer que la vengeance qu'il désirait étant apparemment impossible, à cause du crédit que sa partie avait à la cour, il ne devait pas refuser cette légère satisfaction qu'on lui présentait, que nous appelâmes

Solatia luctus Exigua ingentis , misero sed débita patri.

Eh bien, dit-il, je croirai votre conseil: je pourrai prendre de l'argent, puisqu'on m'y force; mais je proteste que je ne garderai pas un teston pour moi de ce qu'on me baillera : j'employerai le tout à faire bâtir un mausolée à mon fils. 11 usa du mot de

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