SUPPLKMEM A LA VIE DE MALHERBE
mausolée, au lieu de celui de tombeau, et fit le poète partout.
Peu de temps après il fit un voyage à la cour, qui était alors devant la Rochelle, et apporta de Tannée la maladie dont il vint mourir à Paris. Ainsi le traité des dix mille écus ne fut point conclu, et le dessein du mausolée demeura dans son esprit. Il fit seulement imprimer un factum, el trois sonnets qui n'ont point été mis dans le corps de ses autres ouvrages.
L'un de ces sonnets commençait par le vers suivant :
Mon (ils qui fut m brave, et que j'aimai si fort.
Ils étaient tous excellents, et ce n'est pas une petite perte que celle que nous en avons faite. (Balzac, Entretien xxxvil.)
Il disait les plus jolies choses du monde; mais il ne les disait point de honne grâce, et il était le plus mauvais récitateur de son temps. INous l'appelions l'anti-mondory. Il gâtait ses beaux vers eu les prononçant, outre qu'on ne l'entendait presque pas, à cause de l'empêchement de sa langue et de l'obscurité de sa voix. Il crachait pour le moins six fois en récitant une stance de quatre vers, et ce fut ce qui obligea le cavalier Marin a dire de lui qu'il n'avaitjamais vu d'homme plus humide, ni de poëte plus sec. (Ibid.)
Malherbe était un des courtisans les plus assidus de madame Desloges, et la visitait règlement de deux jours l'un. Un de ces jours-là, ayant trouvé sur la table de son cabinet le gros livre du ministre Dumoulin contre le cardinal du Perron, et l'enthousiasme l'ayant pris à la seule lecture du titre, il demanda une plume et du papier sur lequel il écrivit ces dix vers :
Quoique l'auteur de ce gros livre
Semble D'avoir rien ignoré,
Le meilleur est toujours <le suivre
Le pro le notre curé.
Toutes les doctrines u<>u\elles Ne plaisent qu'aux folles cervelles; l'our mol , comme une humble brebis, Nuis la houlette |e me range :
Il n'esl permis d'aimer le change Que des femmes el des habits.
Madame Deslorres ayant lu les vers de Malherbe, piquée d'honneur et de zèle, prit la même plume, et de l'autre côté du papier remit ces autres vers :
( "i i tous donl l'audace nouvelle
A rejeté L'antiquité,
Et Dumoulin ne vous rappelle
Que ce il1"' tous avei quitté;
\ « > * i — ■ aimez mieui croire a la mode :
( 'est bien la foi la plus commode
Pour ceux que le momie a charmés ;
Les fiemm j sont ros i | Hais à grand tort tous les a,; Vooi • i ■ 1 1 ii'. m / que des paroles.
f.a conclusion des deux épigrammes plaira sans doute aux profanes et à ceux qui font les galants. Pour moi. je tiens que, sur les matières de religion , il faut toujours s'éloigner du genre et La première n'est pas assez ^raw pour un homme qui parle tout de bon; et l'autre est trop gaillarde pour une femme qui parle a un homme. \\ uv \< .
Un jour que Malherbe se promenail < M. le Picard, conseiller au bailliage de cette ville, un pauvre vient à passer et leur demanda l'aumône. Malherbe, qui avait l'âme assez tendre, et qui était charitable, le rebuta en disant : Voyez-vous bien ce coquin: il est velu depuis la plat pieds jusqu'au sommet de la tète, velu par velu par les bras et les mains, \> lu par les jambes, velu par tout le corps : Ergo aut rot dices, aut lascivus; s'il estfort, qu'il travaille; s'il est riche, il n'a besoin de rien; s'il est libertin, je ne dois pas fournir a ses débauches. M deBrd ; \ . lettre II . page f m.
Il reprenait une faute dans des vers qu'on lui montrait, < t l'auteur lui disant qu'il n'avait fait que l'imiter: <■ Si je faisais un p.. repartit i voudriez-vous en faire un aussi is.
Madame de Rambouillet avait pour lui \- aucoup d'estime : « Il parle peu , disait-elle; mais il ne dit rien qui ne mérite d'être écrit. /.' ».
Il est impossible de rien faire de pari on s'est bien gêné pour contenter la plus partie du monde, où va cette renommée? a diminuer notre fortune, et bien souvent à noui passer en récompense comme j'ai appris «pie Malherbe disait autrefois; pour de grands arrangeurs de syllabes, et pour des personnes qui ont eu une puissance suprême sur les lettres et sur les mots. afin de leur faire trouver leur place et leur ordre un peu mieux que le commun. /.' même.
Lassé île terminer par ./' mains
ses lettresa madame d'Auchy, qu'il a immortalisée sous le nom de Caliste, et voulant lui marquer plus de respect, il remplaça cette formule épistolaire par je vous baise les pieds; ce qui taisait dire plaisamment a Balzac que Malherbe ne baisait les pieds a C iliste que parce qu'elle portait le nom d'un p ipe.
La |amcip,ileoceiipat ion de Malherbe .-tant d'exercer sa critique sur le langage français, à quoi on l croj lit fort expert . quel rues-uns de ses amis le prièrent an jour de faire une grammaire de notre langue. Il leur répondit que. Bans qu'il prît cette peine, on n'avait qu'à lire sa traduction du XX XIII*
ŒUVRES DE MALHERBE
livre de Ïite-Live, et que c'était de cette sorte qu'il fallait écrire. (Sohel, Bibliolh. française.)
Malherbe fut un homme supérieur : son nom marque la seconde époque de notre langue. Marot n'avait réussi que dans la poésie galante et légère : Malherbe fut le premier modèle du style noble, et le créateur de la poésie lyrique. Il en a l'enthou-
siasme , les mouvements et les tournures. Né avec de l'oreille et du goût, il connut les effets du rhythme , et créa une foule de constructions poétiques adaptées au génie de notre langue. Il nous enseigna l'espèce d'harmonie imitative qui lui convient , et comment on se sert de Tinversion avec art et avec réserve. ( La Haupe.)