‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 309 sur 672 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Voilà un léger échantillon du nombre infini de fautes que M. P*** a commises en voulant attaquer les défauts des anciens. Je n'ai mis ici que celles qui regardent Homère et Pindare : encore n'y en ai-je mis qu'une très-petite partie, et selon que les paroles de Longin m'en ont donné l'occasion; car, si je voulais ramasser toutes celles qu'il a faites sur le seul Homère, il faudrait un très-gros volume. Et que serait-ce donc, si j'allais lui faire voir ses puérilités sur la langue grecque et sur la langue latine , ses ignorances sur Platon , sur Démosthène , sur Cicéron, sur Horace, sur Térence, sur Virgile, etc.-, les fausses interprétations qu'il leur donne, les solécismes qu'il leur fait faire, la bassesse et le galimatias qu'il leur prête? J'aurais besoin pour cela d'un loisir qui me manque.

Je ne réponds pas néanmoins, comme j'ai déjà dit , que , dans les éditions de mon livre qui pourront suivre celle-ci , je ne lui découvre encore quelquesunes de ses erreurs , et que je ne le fasse peut-être repentir de n'avoir pas mieux profité du passage de Quintilien « qu'on a allégué autrefois si à propos à un de ses frères 2, sur un pareil sujet. Le voici :

Modeste tamen et circumspectojudicio de tanlis viris pronunciandum est, ne, quod plerisque accidit, damnent quœ non intelligunt.

« 11 faut parler avec beaucoup de modestie et de circons- « pection de ces grands hommes , de peur qu'il ne vous arrive « ce qui est arrivé à plusieurs , de blâmer ce que vous n'en- « tendez pas. »

M. P***. me répondra peut-être ce qu'il m'a déjà répondu, qu'il a gardé cette modestie, et qu'il n'est point vrai qu'il ait parlé de ces grands hommes avec le mépris que je lui reproche; mais il n'avance si hardiment cette fausseté que parce qu'il suppose, et avec raison, que personne ne lit ses dialogues : car de quel front pourrait-il la soutenir à des gens qui auraient seulement lu ce qu'il dit d'Homère?

Il est vrai pourtant que , comme il ne se soucie point de se contredire, il commence ses invectives contre ce grand poète par avouer qu'Homère est peut-être le plus vaste et le plus bel esprit qui ait jamais été. Mais on peut dire que ces louanges forcées qu'il lui donne sont comme les fleurs dont il couronne la victime qu'il va immoler à son mauvais sens, n'y ayant point d'infamies qu'il ne lui dise dans la suite , l'accusant d'avoir fait ses deux poè-

1 Liv. X, chap. i.

2 Pierre Perrault. — Voyez Racine, dans la préface de son Fphigénie.

RÉFLEXIONS CRITIQUES

mes sans dessein, sans vue, 6ans conduite. Il va même jusqu'à cet excès d'absurdité de soutenir qu'il n'y a jamais eu d'Homère; que ce n'est point un seul homme qui a fait l'Iliade et l'Odyssée, mais plusieurs pauvres aveugles qui allaient, dit-il, de maison en maison réciter pour de l'argent de petits poèmes qu'ils composaient au hasard, et que c'est de ces poèmes qu'on a fait ce qu'on appelle les ouvrages d'Homère. C'est ainsi que , de son autorité privée, il métamorphose tout à coup ce vaste et bel esprit en une multitude de misérables gueux. Ensuite il emploie la moitié de son livre à prouver, Dieu sait comment, qu'il n'y a dans les ouvrages de ce grand homme ni ordre, ni raison, ni économie , ni suite , ni bienséance , ni noblesse de mœurs ; que tout y est plein de bassesses, de chevilles, d'expressions grossières, qu'il est mauvais géographe, mauvais astronome, mauvais naturaliste : finissant enfin toute cette critique par ces belles paroles qu'il fait dire à son chevalier : « Il faut que Dieu ne fasse « pas -irand cas de la réputation de bel esprit, « puisqu'il permet que ces titres soient donnés, •• préférablement au reste du genre humain, à deux « hommes comme Platon et Homère : à un philo- « sopbequi a des visions si bizarres, et à un poète « qui dit tant de choses si peu sensées. » A quoi monsieur l'abbé du dialogue donne les mains en ne contredisant point, et se contentant de passer à la critique de Virgile.

C'est lace que M. P*** appelle parler avec retenue

d'Homère , et trouver, comme Horace , que ce grand

poète s'endort quelquefois. Cependant comment

peut-il se plaindre que je l'accuse à faux d'avoir

dit qu'Homère était de mauvais sens ? Que signifient

donc ces paroles : •< Un poète qui dit tant de choses

« si peu sensées? » Croit-il s'être suffisamment

justifié de toutes ses absurdités, en soutenant hardiment, comme il a fait, qu'Erasme et le chancelier Bacon ont parlé avec aussi peu de respect que

lui des anciens? ce qui est absolument faux de

l'un et de l'autre, et surtout d'Érasme, l'un des

plus grands admirateurs de l'antiquité : car, bien

que cet exi! lient homme se soit moqué avec raison

de ces scrupuleux grammairiens qui n'admettent

d'autre latinité que celle de Cicéron, et qui ne croient

pas qu'un mot soit latin s'il n'est dans cet orateur,

jamais homme, au fond, n'a rendu plus de justice

aux bons écrivains de l'antiquité, et à CîSéron même,

qu'Érasme.

H. I'"' ne saurait donc plus s'appuyer que sur le

seul exemple de Jules Scaliger; et il faut avouer

qu'il l'allègue avec un peu plus de fondement. En

effet, dans le dessein que cet orgueilleux savant

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