CHAPITRE I
(Quand nous lûmes ensemble le petit traité que Cécilius a fait du sublime, nous trouvâmes que la bassesse de son style répondait assez mal à la dignité de son sujet.) C'est le sens que tous les interprètes ont donné à ce passage : mais, comme le sublime n'est point nécessaire à un rhéteur pour nous donner des règles de cet art, il me semble que Longin n'a pu parler ici de cette prétendue bassesse du style de Cécilius. 11 lui reproche seulement deux choses : la première, que son livre est beaucoup plus petit que son sujet ; que ce livre ne contient pas toute sa matière : et la seconde, qu'il n'en a pas même touché les principaux points : auyyoa.u.u.i?tov TflMretvoTepov ècpacvn! ~r.; o/.y.ç v—r.bia=Ms, ne peut pas signifier, à mon avis, « le style de ce « livre est trop bas, » mais, « ce livre est plus petit « que son sujet, » ou « trop petit pour tout son su- « jet. » Ce seul mot SXvis le détermine entièrement : et d'ailleurs on trouvera des exemples de rz-s'.vireptv pris dans ce même sens. Longin, en disant que Cécilius n'avait exécuté qu'une partie de ce grand dessein , fait voir ce qui l'oblige d'écrire après lui sur le même sujet.
( Cet auteur peut-être n'est-il pas tant à reprendre pour ses fautes qu'à louer pour son travail , et pour le dessein qu'il a eu de bien faire.) Dans le texte il y a deux mots, èimoia, et <urcu<$Si. M. Despréaux ne s'est attache qu'a exprimer toute la force du dernier ; mais il semble que cela n'explique pas assez la pensée
REMARQUES DE M. DACIER
de Longîn , qui dit que « Cécilius n'est peut-être pas « tant a blâmer pour ses défauts qu'il est à louer pour • son invention, et pour le dessein qu'il a eu de bien « faire : » s-îv.t?. signifie dessein, invention; el paie s ul mot Longin a voulu nous apprendre que Cécilius était le premier qui eut entrepris d'écrire du sublime.
(Il donne au discours une certaine vigueur noble, une force invincible qui enlève l'âme de quiconque nous écoute.) Tous les interprètes ont traduit de même ; mais je crois qu'ils se sont éloignés de la pensée île Longin , et qu'ils n'ont point du tout suivi la ligure qu'il emploie si heureusement. Ta i- v.jj. Trpto'vc'pcvTa (Siav est ce qu'Horace dirait e ' ri m ; au lieu de ravrè;, il faut -âvrw; avec un oméga, comme M. Lefebvre l'a remarqué. l\y.<:<>; £rc*v<i> tcû i>cpco)(i£vou «a.ôïoT*Tai est une métaphore prise du mariage, et pareille à celle dont Ana- Créon s'est servi , <j:j $' eux à/.ï'.; eux stc^w; ôti tt;; Èy.7;; fj/y;: -h,:'. /v'jv.;, « mais tu n'as point d'oreilles, et tu « ne sais point que tu es le maître de mon cœur. » Longin dit donc. : « Il n'en est pasainsi du sublime; « par un effort auquel on ne peut résister, il se rend « entièrement maître de l'auditeur. »
(Quand le sublime vient a éclater.) îsotre langue n'a (pie ce mot éclater pour exprimer le mol ili-iv/Jn-i , qui est emprunté de la tempête, et qui donne une idée merveilleuse, a peu près comme. ce mol de Virgile, abrupti imbibas ignés. Longin a vouju donner une image de la foudre, que l'on voit plutôt tomber que partir.