RACINE A BOILEAU
Paris, 2i juillet 1687.
Je commençais àm'ennuyerbeaucoupdenepoint recevoir de vos nouvelles, et je ne savais même que répondre à quantité de gens qui m'en demandaient. Le roi , il y a trois jours, me demanda a son dîner comment allait votre extinction de voix : je lui dis que vous étiez à Bourbon. Monsieur prit aussitôt la parole , et me lit là-dessus force questions , aus-i bien que Madame « ; et vous fîtes l'entretien de plus de la moitié du dîner. Je me trouvai le lendemain sur le chemin de M. de Louvois, qui me parla aussi de vous , mais avec beaucoup de bonté , et me disant en propres mots qu'il était très-fàché que cela durât si longtemps. Je ne vous dis rien de mille autres qui me parlent tous les jours de vous; et quoique j'espère que vous retrouverez bientôt votre voix tout entière, vous n'en aurez jamais assez pour suffire i tous les remercîments que vous aurez à faire.
Je me suis laissé débaucher par M. Félix pour aller demain avec le roi a Maintenon : c'est ur. voyage de quatre jours. M. de Termes nous mené dans son carrosse; et j'ai aussi débauché M.Hessein pour faire le quatrième. Il se plaint toujours beaucoup de ses vapeurs, et je vois bien qu'il espère se soulager par quelque dispute de longue haleine ': mais je ne suis guère en état de lui donner contentement , me trouvant assez incommodé de ma gorge dès que j'ai parle un peu de suite. Cela va pourtant mieux que quand vous êtes parti , mais je ne suis pas encore hors d'affaire : ce qui m'embarrasse, c'est que M. Fagon et plusieurs autres médecins tres-habiles m'avaient ordonné, comme vous savez, de boire beaucoup d'eau de Sainte-Heine et des tisanes de chicorée; et j'ai trouvéchez M. Mcole un médecin qui me parait fort sensé, qui m'a dit qu'il connaissait mon mal a fond ; qu'il en a guéri plusieurs gens en sa vie, et que je ne L'iierirais jamais tant que je boirais de l'eau ou de la tisane: que le seul moyeu de sortir d'affaire était de ne boire que pour la seule nécessité, et tout au plus pour détremper les aliments dans l'estomac. Il a appuyé cela de quelques raisonnements qui m'ont paru assez solides. Ce qui
1 ËHsabeUnCbarlotte de Bavière, serr>nde femme de Kok- 8ii i k . et mère du dm' d'< >i léans.
' M.Hessein secrétaire du roi , leur ami commun et fréra de madame de la Sablière , avait beaucoup d'espril et de lettres; mais il aimait a disputer et a contredite L R
est arrivé de là, c'est que présentement je n'exé- j cute ni son ordonnance ni celle de M. Fagon : je ne me noie plus d'eau comme je faisais, je bois à ma soif; et vous jugez bien que par le temps qu'il fait on a toujours soif; c'est-à-dire , à vous parler francbement, que je me suis remis dans mon train de vie ordinaire, et je m'en trouve assez bien. Le même médecin m'a assuré que, si les eaux de Bourbon ne vous guérissaient pas, il vous guérirait infailliblement. Il m'a cité l'exemple d'un chantre de Notre- Dame (je crois que c'était unebasse) à qui un rhume avaitfait perdre entièrement la voix depuis six mois, et il était sur le point de se retirer; le médecin que je vous dis l'entreprit, et avec une tisane d'une herbe qu'on appelle, je crois, erysimum, il le tira d'affaire en trois semaines; en telle sorte que, non-seulement il parle, mais il chante très-bien, et a la voix aussi forte qu'il l'ait jamais eue. Ce chantre a, dit-il, plus de quarante ans. J'ai conté la chose aux médecins de la cour ; ils avouent que cette plante $ erysimum est très-bonne pour la poitrine ; mais ils disent qu'ils ne lui croient pas la vertu que dit mon médecin. C'est le même qui a deviné le mal de M. Nicole : il s'appelle M. florin z , et il est à mademoiselle de Guise 2. M. Fagon en fait un fort grand cas. J'espère que vous n'aurez pas besoin de lui; mais cela est toujours bon à savoir; et si le malheur voulait que les eaux ne fissent pas tout l'effet que vous souhaitez, voilà encore une assez bonne consolation que je vous donne. Je ne vous manderai point cette fois-ci d'autres nouvelles que celles qui regardent votre santé et la mienne. Je vous dirai seulement que j'ai encore mes deux chevaux sur la litière. J'ai 3....