‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 385 sur 672 · RACINE A BOILEAU · texte numérisé non relu

RACINE A BOILEAU

Au Quesnoy, 30 mai IG93.

T.e roi lait demain ses dévotions. Je parlai hier de

1 Tout ce qui est en caractères italiques a depuis été change par railleur. (Voyez sa satire x.) ' Nièce de madame de Maintenon.

monsieur le doyen « au père de la Chaise; il me dit qu'il avait reçu votre lettre, me demanda des nouvelles de votre santé, et m'assura qu'il était fort de vos amis et de toute la famille, j'ai parlé ce matin à madame de Maintenon , et je lui ai même donné une lettre que je lui avais écrite sur ce sujet, la mieux tournée que j'ai pu , afin qu'elle la pût lire au roi. M. de Chamlai, de son côté, proteste qu'il a déjà fait merveilles , et qu'il a parlé de monsieur le doyen comme de l'homme du monde qu'il estimait le plus ,et qui méritait le mieux les grâces de Sa Majesté. il promet qu'il reviendra encore ce soir à la charge. Je l'ai échauffé de tout mon possible , et l'ai assuré de votre reconnaissance et de celle de monsieur le doyen et de MM. Dongois 2. Voilà, mon cher monsieur, où la chose en est. Le reste est entre les mains du bon Dieu , qui peut-être inspirera le roi en notre faveur. Nous en saurons demain davantage.

Quant à nos ordonnances, M. de Pontchartrain me promit qu'il nous les ferait payer aussitôt après le départ du roi. C'est à vous de faire vos sollicitations, soit par M. de Pontchartrain le fils, soit par M. l'abbé Bignon 3. Croyez-vous que vous fissiez mal d'aller vous-même une fois chez lui? Il est bien intentionné; la somme est petite; enfin, on m'assure qu'il faut presser, et qu'il n'y a pas un moment à perdre. Quand vous aurez arraché cela de lui, il ne vous en voudra que plus de bien. Il faudrait aussi voir ou faire voir M. de Bie, qui est le meilleur homme du monde, et qui le ferait souvenir de vous quand il ferait l'état de distribution.

Au reste, j'ai été obligé de dire ici, le mieux que j'ai pu , quelques-uns des vers de votre satire à monsieur le Prince : nosti hominem. Il ne parle plus d'autre chose , et il me les a redemandés plus de dix fois. M. le prince de Conti voudrait bien que vous m'envoyassiez l'histoire du lieutenant criminel , dont il est surtout charmé. Monsieur le Prince et lui ne font que redire les deux vers :

La mule et les chevaux au marché s'envolèrent; Deux grands laquais , a jeun , sur le soir s'en allèrent.

Je vous conseille de m'envoyer tout cet endroit , et quelques autres morceaux détachés, si vous pouvez : assurez-vous qu'ils ne sortiront point de mes mains. Monsieur le Prince n'est pas moins touché de ce que j'ai pu retenir de votre ode. Je ne suis point surpris de la prière que M. de Pontchartrain le fils vous

1 Jacques Boileau , frère de Despréaux, doyen de la cathédrale de Sens.

* L'ahbé Dongois, et Antoine Dongois, grenier de lagrand'chamhre du parlement de Paris, neveux, de Despreaux et frères de madame de la Cliapelle.

3 Jean-Paul Bignon, neveu de M. de Pontchartrain.

a fuite en faveur de Fontenelle. Je savais bien qu'il avait beaucoup d'inclination pour lui; et c'est pour cela même que M. de la T^oubère l n'en a guère; mais enfin vous avez très-bien répondu ; et pour peu que Fontenelle se reconnaisse , je vous conseillerais aussi de lui faire grâce. Mais , à dire vrai , il est bien tard, et la stance a fait un furieux progrès.

Je n'ai pas le temps d'écrire ce matin a M. de la Chapelle. Ayez la bonté de lui dire que tout ce qu'il a imaginé , et vous aussi , sur l'ordre de Saint- Louis , me paraît fort beau; mais que, pour moi, je voudrais simplement mettre pour type la croix même de Saint-Louis, et la légende Ordo militaris x, etc. Chercherons-nous toujours de l'esprit dans les choses qui en demandent le moins? Je vous écris tout ceci avec une rapidité épouvantable, de peur que la poste ne soit partie.

Il fait le plus beau temps du monde. Le roi , qui a eu une fluxion sur la gorge, se porte bien : aussi nous serons bientôt en campagne. Je vous écrirai plus à loisir, avant que de sortir du Quesnoy.

Au Quesnoy, le 31 mai au soir I6t»3.

Vous verrez, par la lettre que j'écrivis à M. l'abbé Dongois, les obligations que vousavez à Sa Majesté. Monsieur le doyen est chanoine de la Sainte-Chapelle, et est bien mieux encore queje n'avais demandé. Madame de Maintenon m'a chargé de vous faire ses baisemains. Elle mérite bien que vous lui fassiez quelque remercîment, ou du moins que vous fassiez d'elle une mention honorable qui la distingue de tout son sexe, comme en effet elle en est distinguée de toute manière.

Je suis content au dernier point de M. de Chamlai ; et il faut absolument que vous lui écriviez , aussi bien qu'au père de la Chaise , qui a très-bien servi monsieur le doyen.

Tout le monde m'a chargé ici de vous faire ses compliments, entre autres M. de Cavoie et M. de Sérignan. M. le prince de Conti même m'a témoigné prendre beaucoup de part à votre joie.

Tsous partons mardi pour aller camper sous Mons. Le roi se mettra à la tête de l'armée de M. de Boufflers; M. de Luxembourg, avec la sienne, nous côtoiera de fort près. Le roi envoie les dames a Mau-

• L'Académie le reçut pour plaire à M. de Pontchartrain ; ce qui fit dit a Chaulieu :

C'est un impôt que Pontchartrain Veut mettre sur l'Académie.

1 L'ordre militaire de Saint-Louis fut institué le 10 mai 1693.

bcuge : ainsi nous voilà à la veille de grandes nou- | \ es1. En vérité, mon cher monsieur, je tremble qu'ils

velles. Je vous donne le bonsoir, et suis entièrement à vous.

Songez à nos ordonnances. Prenez aussi la peine de recommander à M. Dongois le petit Mercier, valet de chambre de madame de Maintenon. Il voudrait avoir pour commissaire , pour la conclusion de son affaire, M. l'abbé Brunet ou M. l'abbé Petit '. Si cela se peut faire dans les règles, et sans blesser la conscience, il faudrait tâcher de lui faire avoir ce qu'il demande.

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