SUR LA PRISE DE MARSEILLE
Enfin , après tant d'années , Voici l'heureuse saison Où nos misères bornées Vont avoir leur guérison.
Les dieux , longs à se résoudre , On fait un coup de leur foudre , Qui montre aux ambitieux Que les fureurs de la terre Ne sont que paille et que verre A la colère des cieux «.
Peuples , à qui la tempête A fait faire tant de vœux , Quelles fleurs à cette fête Couronneront vos cheveux?
1 C'est Ronsard qui a introduit le mol grec ù$r, dans notre langue.
• Henri IV.
3 Marseille révoltée fut replacée bous l'autorité royale par Charles il*' Lorraine . duc, de Guise, fils aîné du Balafré. Malherbe était alors en Provence. Cette ode, qui peut être regardée c me si >i i coup d'essai dans la poésie lyrique, est bien
Inférieure à celles qui suivent, et cependant on ne connaissait
rien eueiiie qui pùl lui être comparé.
* Racine, dans ses Chœurs d'Esther, fait parler ainsi une jeune Israélite qui implore le secours du Dieu de Sion :
nue les méchants apprennent aujourd'hui
A craindre ta colère .
Qu'Us soient comme la pondre et la paille légère Que le venl chasse devant loi.
Ai te i . ic. v.
Comme Malherbe, il parait avoir emprunté cette idée de ces passsgn de l'Écriture : Sint tanquam puhri» cmte facien vend. — Et sicut stipulant antejaciem vetiti. i Pauls, un . V. ■:>; iawii . V. 12.)
Quelle victime assez grande Donnerez-vous pour offrand- Et quel Indique séjour
I ne perle fera naître D'assez de lustre pour être La marque d'un si beau jour ?
Cet effroyable colosse, Cazaux >, l'appui des mutins, A mis le pied dans la fosse Que lui cavaient les destins.
II est bas, le parridice :
UnAlcide . Iil> d' \leide, A qui la France a prêté Son invincible génie,
A coupé sa tyrannie D'un glaive de liberté1.
Les aventures du monde Vont d'un ordre mutuel , Comme on voit au bord de l'onde Un reflux perpétuel.
L'aise et l'ennui de la vie Ont leur course entre-suivie Aussi naturellement Que le chaud et la froidure; Et rien, afin que tout dure, Ne dure éternellement.
Cinq ans Marseille, volée V son juste possesseur , Vvait langui désolée Aux mains de cet oppresseur.
Enfin I»' temps l'a remise En sa première franchise:
Et les maux qu'elle endurait Ont eu ce bien pouréchai
1 Charles Cazaux, on Cazaut, c ni de Marseflli
tendu maître absola dans cette ville, av< i,« M
appelé les Espagnols B BOO W COUTS . BOUC >'> maintenir . MUR
les rurces du roi, o mman là i par le duc de Guise. • kUostoa s Pierre de Ubi rtal . qui, aide de son frète Bar- , tua ( sxaui Rayon, leur IHsaJeul, aval) icquls ce Mine. m de / ifc Hat p.mr avoir délivré < aW de deui qui la voulaient livrer aux Esp - • v" oyea Vomtton fintéi.r, de Pierrt it Ubt Hat, par du ! air
ŒUVRES DE MALHERBE
Qu'elle a vu parmi la fange Fouler ce qu'elle adorait.
Déjà tout le peuple more A ce miracle entendu ; A l'un et l'autre Bosphore »
Le bruit en est répandu :
Loutesles plaines le savent Que l'Inde 2 et l'Euphrate lavent ; Et déjà , pâle d'effroi , Memphis se pense captive, Voyant si près de la rive Un neveu de Godefroi 3.
AU ROI
SUR LE MÊME SUJET
Soit que, de tes lauriers la grandeur poursuivant, D'un cœur où l'ire juste et la gloire commande Tu passes comme un foudre en la terre flamande, D'Espagnols abattus la campagne pavant;
Soit qu'en sa dernière tête
L'hydre civile t'arrête;
Boi , que je verrai jouir
De l'empire de la terre ,
Laisse le soin de la guerre,
Et pense à te réjouir.
Nombre tous les succès où ta fatale main, Sous l'appui du bon droit aux batailles conduite , De tes peuples mutins la malice a détruite Par un heur* éloigné de tout penser humain.
Jamais tu n'as vu journée
De si douce destinée;
Non celle où tu rencontras
Sur la Dordogne en désordre
L'orgueil à qui tu fis mordre
La poussière de Coutras 5.
Cazaux 6 , ce grand Titan qui se moquait des cieux ,
1 Lp Thracien et le Ciramérien. ( Mén.)
2 L'Inclus.
3 Celait alors une opinion reçue parmi le peuple, et convenue entre les poètes, que la maison de Lorraine tirait son origine de Godefroi de Bouillon; mais les généalogistes n'en demeuraient pas d'accord.
* Heur, pour bonheur, n'est plus en usage que dans cette phrase : il n'y a qu'heur et malheur en ce monde.
5 Henri n'était encore que roi de Navarre, lorsqu'il gagna la bataille de Coutras. Cette bataille, dans laquelle le duc de Joyeuse perdit la vie, se donna le 20 octobre Ii>87.
6 Voyez l'ode précédente.
A vu parle trépas son audace arrêtée; Et sa rage infidèle, aux étoiles montée, Du plaisir de sa chute a fait rire nos yeux
Ce dos chargé de pourpre , et rayé de clinquants , A dépouillé sa gloire au milieu de la fange, Les dieux, qu'il ignorait, ayant fait cet échange Pour venger en un jour les crimes de cinq ans.
La mer en cette furie
A peine a sauvé Dorie 2 ;
Et le funeste remords
Que fait la peur des supplices
A laissé tous ses complices
Plus morts que s'ils étaient morts.