A BROSSETTE
Paris, 25 mars 1690.
La maladie de M. Racine , qui est encore en fort grand danger, ;i été cause, monsieur, que j'ai tardé quelques jours à vous faire réponse. Je vous assure punit. mi que j'ai reçu votre lettre avec fort grand plaisir. Mais pour le livre de M. de Bonnecorse, il ne m'a ni afllim- ni rejoui. J'admire sa mauvaise humeur (■(Mitre moi, mais que lui a fait la pauvre Terpsichore,pour la faire une muse de plus mauvais goûl que ses autres sœurs? Je le trouve bien hardi d'envoyer un si mauvais ouvrage à Lyon ; ne sait-il pas
1 Le Jonas Inconnu sèche dans la poussière. Satin- i\
1 Cizeron-Rival croit que ce portrait , peint par Sanlerre. était, en 17711, dans la bibliothèque des Auyustins de Saint- Vlncent, a Lycu.
que c'est la ville où l'on obligeait les méchants écrivains à effacer eux-mêmes leurs écrits avec la langue1? n'a-t-il point peur que cette mode ne se renouvelle contre lui, et ne le fasse/ '///r :
Ut Lugdunensem rhetor dicturus ad arani2?
Je suis bien aise que mon tableau y excite la curiosité de tant d'honnêtes gens; et je vois bien qu'il reste encore chez vous beaucoup decel ancien esprit qui y faisait haïr les méchants auteurs , jusqu'à les punir du dernier supplice. C'est vraisemblablement ce qui a donné de moi une idée si avantageuse. L'épigramme qu'on a faite pour mettre au bas de ce tableau est fort jolie. Je doute pourtant que mon portrait donnât si^ne de vie dès qu'on lui présenterait un sot ouvrage, et l'hyperbole est un peu forte. Ne serait-il point mieux de mettre , suivant ce qui est représenté dans cette peinture :
Ne cherchez point comment s'appelle L'écrivain peinl dans ce tableau :
A l'air dont il resarde et montre la Pucelle , Qui ne reconnaîtrait Boileau?
Je vous écris tout ceci , monsieur, au courant de la plume; mais si vous voulez que nous entretenions commerce ensemble, trouvez bon, s'il vous plaît, quejeneine fatigue point, ethanc veniatnpetimusf/ue dûmusqve vicissim; et surtout évitons les cérémonies, et ces grands espaces de papier vides d'écriture à toutes les pages, et ne me donnez point, par les termes respectueux dont vous m'accablez, occasion de vous dire :
Vis te , Sexte , a>li ; volebam amare.
Kn un mot, monsieur, mettez-moi en droit, par la première lettre que vous me ferez l'honneur de m'écrire , de n'être plus obligé de dire si respectueusement que je suis...