A M. DE LA CHAPELLE
Paris, 3 Janvier 1700-
Je vous ai bien de l'obligation , mon très-cher neveu, de votre souvenir et de l'agréable flatterie que vous m'avez écrite au commencement de l'année. On ne peut pas plus agréablement louer un oncle, que de lui dire que l'on le regarde comme une espèce de père; car il n'y a ordinairement rien de moins père qu'un oncle. Vous n'ignorez pas ce que veut dire en latin : Ne sispatruus mihi, et patruus palruissimus. Vous avez grande raison de ne me point mettre au rang de ces oncles trop oncles, et je n'ai pour vous que des sentiments qui tirent droit au paternel. Je suis bien aise de la bonne opinion que AI. le Baron ' a de moi ; et j'ai trouvé son compliment à M. le comte d'Ayen2 très-joli et très-spirituel. Il est dans le goût des compliments de Molière; c'est-à-dire que la satire y est adroitement mêlée à la flatterie, afin que l'une fasse passer l'autre. J'y ai trouvé seulement un peu à dire qu'il y mette les sots poètes si proches d'Apollon. La racaille poétique dont il parle est logée au pied et dans les marais du mont Parnassien, où elle rampe avec les grenouilles et avec l'abbé de Pure; et Apollon est logé tout au haut avec les Muses et avec Corneille, Racine, Molière, etc. Jamais méchant auteur n'y arriva, et quand quelqu'un eu veut approcher, musse furcillis prxcipitem ejiciunt. Adieu, mon très-cher neveu ; témoigne/, bien à M. le Baron que je fais de lui le cas que je dois , et croyez que je suis cette année , encore plus que les précédentes , entièrement à vous.