‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 420 sur 672 · A BROSSETTE · texte numérisé non relu

A BROSSETTE

Paris, 5 février 1700.

Il est arrivé, monsieur, ce que vous avez prévu, et vos présents sont arrives deux jours devant vos lettres. Cela a causé quelque petite méprise, mais cela n'a pourtant fait aucun mal , et chacun a reçu ce qui lui appartenait. M. de Lamoignon m'a écrit une lettre pour me prier de vous faire ses rcmercîments,et M. Dongois et M. Gilbert3 m'ont assuré qu'ils vous feraient au premier jour le leur. Je ne sais si cela pourra un peu distraire la juste affliction où vous êtes. Je la conçois telle qu'elle doit être, quoique je n'en aie jamais éprouve une pareille; ma

t Le célèbre comédien Baron. Boileau affecte de l'appeler Ici le Baron, par allusion sans doute à l'importance risible i|n'il se donnait dans le monde.

' Depuis le maréchal duc de Noailles.

1 M. Gilbert, président ;mv enquêtes, avait épousé mademoiselle Dongois, petite-nièce de Boileau.

mère, comme mes vers vous l'ont vraisemblablement appris, étant morte que je n'étais encore qu'au berceau. Tout ce que j'ai à vous conseiller, c'estde vous rassasier de larmes. Je ne saurais approuver cette orgueilleuse indolence des stoïciens qui rejettentfollement ces secours innocents que le nature envoie aux affligés, je veux dire les cris et les pleurs. .Ne point pleurer (ïu?ie mère ne s'appelle pas de la fermeté et du courage , cela s'appelle de la dureté et de la barbarie. Il y a bien de la différence entre se désespérer et se plaindre. Le désespoir brave et accuse Dieu ; mais la plainte lui demande des consolations. Voilà , monsieur, de quelle manière je voua exhorte à vous affliger, c'est-à-dire en vous consolant, et en ne prétendant pas que Dieu fasse pour vous une loi particulière qui vous exempte de la nécessité à laquelle il a condamné tous les enfants, qui est de voir mourir leurs pères et mères. Cependant soyez bien persuadé que je vous estime infiniment , et que si je ne vous écris pas aussi souvent que je devrais , ce n'est pas manque de reconnaissance, mais manque de cet esprit de vigilance el d'exactitude que Dieu donne rarement aux poètes , surtout lorsqu'ils sont historiographes. Je suis avec beaucoup de respect et de sincérité....

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