‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 422 sur 672 · A BROSSETTE · texte numérisé non relu

A BROSSETTE

1er avril 1700.

C'est une chose très-dangereuse, monsieur, d'être aussi facile que vous l'êtes à pardonner à vos amis leurs fautes. Cela leur en fait encore faire de nouvelles , et ce sont les louanges que vous avez données à ma négligence, dans votre dernière lettre, qui m'ont rendu encore plus négligent à vous faire réponse. Je vous assure pourtant que cela ne vient point en moi de manque d'amitié ni de recon-

naissance ; mais je suis paresseux. Tel j'ai vécu, et tel je mourrai ; mais je n'en mourrai pas moins votre ami.

Ainsi, laissant là toutes les excuses bonnes ou mauvaises que je pourrais vous faire, je vous dirai que je n'ai aucun mal-talent contre M. de Bonnecorse du beau poëme qu'il a imaginé contre moi. Il semble qu'il ait pris à tâche, dans ce poëme, d'attaquer tous les traits les plus vifs de mes ouvrages; et le plaisant de l'affaire est que, sans montrer en quoi ces traits pèchent, il se figure qu'il suffit de les rapporter pour en dégoûter les hommes. Il m'accuse surtout d'avoir, dans le Lutrin, exagéré en grands mots de petites choses pour les rendre ridicules ; et il fait lui-même, pour me rendre ridicule, la chose dont il m'accuse. Il ne voit pas que, par une conséquence infaillible, si le Lutrin est une impertinente imagination, le Lutrigot est encore plus impertinent , puisque ce n'est que la même chose plus mal exécutée. Du reste , on ne saurait m'elever plus haut qu'il ne le fait, puisqu'il me donne pour suivants et pour admirateurs passionnés les deux plus beaux esprits de notre siècle , je veux dire M. Racine et M. Chapelle1. Il n'a pas trop bien profité de la lecture de ma première préface , et de l'avis que j'y donne aux auteurs attaqués dans mon livre , d'attendre, pour écrire contre moi, que leur colère soit passée. S'il avait laissé passer la sienne, il aurait vu que de traiter de haut en bas un auteur approuvé du public , c'est traiter de haut en bas le public même ; et que me mettre à califourchon sur le Lutrin, c'est y mettre tout ce qu'il y a de gens sensés ; et M. Brossette lui-même, qui méfait l'honneur

Meas esse aliquid putare nugas a.

Je ne me souviens pas d'avoir jamais parlé de M. de Bonnecorse a .M. Bernier, et je ne connaissais point le nom de Bonnecorse, quand j'ai parlé de la Montre dans mon épitre à M. de Seignelai. Je puis dire même que je ne connaissais point la Montre d'amour, que j'avais seulement entrevue chez M. Barbin, et dont le titre m'avait paru très-frivole, aussi bien que ceux de quantité d'autres ouvrages de galanterie moderne , dont je ne lis jamais que le premier feuillet.

Mais voilà , monsieur, assez parlé de M. de Boa-

1 Boileau disait de Chapelle qu'il avait certainement beaucoup de feu et bien du goût, tant pour écrire que pour juger; mais qu'à son f'oyaye près, qu'il estimait une pièce excellente , rien de Chapelle n'avait frappé les véritables coonaisseurs. (Bola-aim, n° lxxiii.) C'était dicter d'avance le jugement de la poMérité.

2 Catulle à Cornélius Népos, en lui dédiant le recueil de ses poésies. ( Carm. i , v. 4.)

LETTRES DE J30ILEAU.

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necorse; venons à M. Boursault, qui est, à mon sens, de tous les auteurs que j'ai critiqués, celui qui a le plus de mérite. Le livre où il rapporte de , moi le mot dont est question , ne m'est point encore tombé entre les mains ; la vérité est que j'ai en effet dit ce mot autrefois, et que c'est à M. l'abbé Dangeau « , à qul']e l'ai dit à Saint-Germain. Il en fut un peu confus ; mais il n'en garda pas moins ses bénéfices, et je crois que même aujourd'hui il en accepterait volontiers encore d'autres, au hasard de mourir moins content qu'il n'aurait vécu. J'ai fait vos compliments à tous ces messieurs que vous avez honorés de vos présents , et ils m'ont paru aussi satisfaits de vos honnêtetés que de votre recueil, dont ils font pourtant beaucoup d'estime. Je suis trèssincèrement....

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